Catherine Dethis

Après l’exécution de Jean Colau et d’Anne Mathy, le 29 janvier 1608, la justice de Noville-les-Bois put enfin se donner le temps de respirer un peu … quelques bouffées d’air pur … jusqu’au jour où les propos malveillants d’un mari soupçonneux ravivèrent en elle la nostalgie des belles flambées d’antan.
Laurent Gustin vint en effet affirmer que lors des exécutions de 1607, son épouse, CATHERINE DETHIS (101) , avait quitté le domicile conjugal, trois semaines durant : elle craignait d’être arrêtée. Gustin soupçonne d’ailleurs sa femme d’avoir fait mourir une de leurs génisses ; il le lui a dit, mais elle n’a fait que nier … D’autres fermiers viennent aussi se plaindre de morts suspectes dans leur bétail ; parmi eux, le célèbre François Quentin, de la ferme de l’Abbaye, à Tillier, que la mort de Jean Colau n’a pas délivré de ses mauvais sorts. Ses chevaux, gémit-il, meurent subitement, sans maladie, alors qu’ils sont bien nourris et travaillent peu ; c’est pourquoi, il « at craincte que c’este à cause de l’abondances des sorciers que l’on dist estre en la seignorie de Fernelmont et appendice » (102) .

Pour toutes ces raisons, Catherine Dethis fut donc invitée, le 9 septembre, à prendre un peu de repos derrière les verrous. Le 12, la cour de Noville appréhendait un jeune garçon qui s’accusait de sorcellerie : c’était NICOLAS DOUCET, le fils que la prisonnière avait eu de son premier mariage. Catherine passe aux aveux, mais se rétracte le lendemain (103) . Cependant, le 17, le jeune Nicolas, âgé à peine d’une douzaine d’années, se met à faire des aveux complets, ce qui amène la justice à condamner Catherine Dethis à la question rigoureuse. C’est ainsi qu’on apprend (104), le 22, qu’elle avait reçu du démon l’ordre d’initier son fils au satanisme. Comme elle refusait d’obéir, elle y fut contrainte : un soir, flanquée d’une diablesse noir vêtue, elle s’en vint réveiller Nicolas et l’emmena danser sous le « gaillier » (105)de leur jardin, au Quambau. Et le jeune garçon se laissa séduire par les appas diaboliques d’un succube au nom délicieusement bizarre de Fort-en-grand-dangier .

(101) Après la mort de Noël Doucet, son premier mari, Catherine Dethis a épousé Laurent Gustin, un homme certainement plus jeune qu’elle puisqu’il n’a que vingt-huit ans, alors qu’elle-même a déjà un fils âgé d’une douzaine d’années : Nicolas Doucet, dont il va être question.
(102) Damide Jamart, informations préparatoires.
(103) Fonds du château de Franc-Waret, loc. cit.
(104) La confession de Catherine Dethis, dont le dossier n’a pas été conservé, figure, comme pièce justificative, dans le procès de Nicolas Doucet.
(105) Le noyer.