Forville : Ferme de Thiribut


Architecture

La ferme de Thiribut n'est pas reprise dans le Patrimoine Monumental de la Belgique. Les bâtiments que l'on peut voir aujourd'hui, situés en bordure du village de Forville en allant vers Bierwart, sont le résultat de nombreuses reconstructions, tant l'édifice semble avoir connu des avatars au cours de son histoire, le moindre n'étant sans doute pas l'incendie qui ravagea le 14 octobre 1719 les étables, la bergerie et la grange. Un ancien rapport de visite (du propriétaire?), non daté, mais apparemment antérieur à l'incendie, fait par ailleurs mention de l'état de délabrement sinon de ruine dans laquelle se trouvaient tant la maison du censier que des granges et des étables.


En descendant à partir de la rue de Pontillas le chemin menant à la ferme, on découvre à droite, au bout d'une courte allée, les bâtiments imposants, modèle typique de ferme traditionnelle en carré ; dressé au creux d'un petit vallon, profitant des ombrages d'alignements de peupliers et de la fraîcheur du ruisseau de Pontillas proche, l'ensemble ne manque pas de charme, surtout en été.

Les étables

Même si la plupart des ouvrages anciens ne sont plus visibles, les différentes parties forment un ensemble harmonieux, très bien entretenu et bien préservé du point de vue architectural. La cour intérieure, fermée, et trahissant peu l'activité agricole, est particulièrement agréable et n'a pratiquement subi aucune "agression" telle que transformations en étables modernes, adjonction directe de constructions industrielles préfabriquées, etc....


Le corps de logis présente une belle façade équilibrée en briques et pierres de taille, se distinguant du reste des constructions, qui sont eux essentiellement en briques. Son intérieur est aménagé et décoré avec beaucoup de goût et un luxe sans excès qui met en valeur les lieux, contribution des derniers et actuels propriétaires à l'édifice.

Historique
La cense de Thiribut appartenait au monastère du Val-Saint-Lambert de Seraing. Le 11 février 1221, le pape Honorius III prend sous sa protection l'abbaye ainsi que toutes ses propriétés dans lesquelles est comprise la grange de Thiribut. Petit à petit, suivant un usage assez courant chez les moines cisterciens, cette grange se transforma en ferme avec son propre métayer. En 1350, Thiribut se trouvera être une des six fermes que possédait l'abbaye. Les moines resteront jusqu'à la Révolution française les véritables propriétaires du bien-fonds.
Au 14ème siècle, comme partout ailleurs, les abbayes qui doivent faire face à la défection des vocations, ne sont plus en mesure d'exploiter leurs fermes en faire-valoir direct et recourent à l'affermage. Les locataires sont appelés des "arrenteurs". Souvent, ils n'exploitent pas eux mêmes les fermes, mais les sous-louent à des fermiers. C'est le cas pour la ferme de Thiribut. Les différents arrenteurs verseront toujours au Val-Saint-Lambert une importante indemnité.
La plupart des fermiers qui sous-loueront la ferme sont issus de Forville ou des villages environnants. Au travers de baux ou registres de rentes anciens, on peut établir une liste d'une quinzaine de fermiers de 1528 à 1827 mais, mis à part leurs noms, peu d'informations nous sont parvenues les concernant.

La superficie totale de l'exploitation variera de 273 hectares en 1352 à 176 hectares en 1779.

Le premier arrenteur connu est Jean de Bawegnée (Baugnet), fils cadet d'un aristocrate local, probablement descendant des NOVILLE. Il échangera son nom contre celui de THIRIBU. Il avait épousé Helwy de SERON, fille de Libert. Il mourut en 1390.
Son fils, Beauduin de THIRIBU, lui succède. Il devient Echevin de la cour de Meeffe et épouse Basiele, fille de Robert de PONTILLAS, chevalier. L'épouse décède le 15 mars 1414 ; Beauduin la suivra dans la tombe en 1423.
La ferme est reprise à cette date par son fils, Robert de THIRIBU. Il devient peu après Bourgeois de Huy. Les THIRIBU joueront d'ailleurs un rôle marquant dans le patriarcat de cette ville. Robert fit, on peu le croire, un mariage intéressant en épousant Marie, fille naturelle de Robert de NAMUR, frère de Guillaume, Comte de Namur.
C'est durant l'arrentage de Robert que l'on dresse le cadastre de 1425. Son testament, daté du 14 juin 1439, ne fait évidemment pas mention de la cense de Thiribut, puisqu'il n'en était pas propriétaire.
Ses descendants quittent la ferme et même la région, vendant les autres biens qu'ils possédaient dans les environs.
Le Val-Saint-Lambert, par besoin d'argent afin de restaurer leur église brûlée et détruite par la foudre et la tempête, décident alors de donner Thiribut en affermage héréditaire.
C'est Henri de HUN, seigneur de Bierwart, Hun et Goyet, qui signera le contrat en 1478. On ignore comment fut gérée la ferme entre 1439 et 1478. Robert de Thiribu a-t-il quitté la ferme en 1439 ? La rédaction d'un testament n'implique pas le décès immédiat.
Henri de HUN épouse en secondes noces Alix de HOSDEN de la Chapelle, fille de Wuillaume et d'Elise de SERON. C'est une de leur fille, Adrienne, qui héritera du bail. Cette dernière épouse, en 1510, Gilles delle LOYE, seigneur de Wavremont et de Cruppet (cour foncière située à Wasseiges), fils de Gérard et de Marguerite de CRUPET. Elle se remarie vers 1539 avec Adrien de BLOIS, seigneur de Warelles, Hartelstein, Donstienne, gouverneur et capitaine d'Avesnes-en-Hainaut. Elle héritera de Thiribut et le transmettra à une fille née du premier mariage.
Anne delle LOYE, Dame de Wavremont et de Cruppet, leur succède. Elle épouse en secondes noces Jean de CARONDELET, chevalier, seigneur de Solre-sur-Sambre. C'est leur fils puiné (2), Guillaume de CARONDELET, chevalier, Vicomte de Wavremont et de Cruppet, qui reprendra Thiribut. Des traces de sa gestion apparaissent dès 1580-1581. Epoux de Jeanne de BRANDEBOURG, de la puissante famille luxembourgeoise, il meurt sans enfant. Son neveu, Jean de CARONDELET, chevalier, seigneur de Solre-Sur-Sambre et d'Harveng, est son héritier. Il épouse Anne de DAVE de MERLEMONT, et au décès de cette dernière en 1639, la ferme passa à sa fille Charlotte de CARONDELET. Celle-ci apporte en dot également la ferme de Forville, lors de son mariage avec Gilles de BRANDEBOURG, vicomte d'ESCLAY, seigneur de Château-Thierry et de Bioul. Leur fille, Anne-Eugène de BRNADEBOURG, reçoit la cense. Elle épouse en 1641 Jean Hubert de BERLAYMONT, seigneur de la Chapelle, Famelette et Odeur, grand bailli de Moha, gentilhomme de la Chambre de S.A. l'Evêque et Prince de Liège. C'est une de leurs filles qui reçoit Thiribut, Marie-Henriette-Jacqueline de BERLAYMONT, qui épouse en 1662 Jean-Baptiste d'OULTREMONT, baron de HAN, seigneur de LAMINE et CHEVETOGNE. C'est ainsi que Thiribut entrera dans le patrimoine de cette famille qui la conservera trois siècles.
Par testament du 5 janvier 1680, ils cèdent le bloc domanial à leur troisième fille, Jeanne-Olympe d'OULTREMONT qui se marie avec Claude, baron d'HEMRICOURT, seigneur de Seron et du ban de Meeffe. Mais le mariage sera malheureux. Très rapidement, ils se sépareront et n'auront pas d'enfant. Une chance est passée de réunir sous une même tête toutes les terres de Forville et de Seron.
Olympe désigne comme héritier en 1740 son neveu Florent d'OULTREMONT et de WARFUSEE, grand bailli de Moha. Celui-ci épouse en 1748 Anne-Louise de LANNOY-CLERVAUX. Leur fils Louis-Adrien deviendra nu-propriétaire du bail. Mais ces deux derniers ne profiterons pas des revenus de la ferme. En effet, Jeanne-Olympe avait désigné ses soeurs Marie-Catherine, Olympe-Charlotte et Jeanne-Marie-Aldegonde comme usufruitières. La dernière décédera en 1776. Ce sera la veuve de Florent qui, à cette date, bénéficiera à son tour de l'usufruit jusqu'en 1789. A cette date, Louis-Adrien est décédé. C'est son frère Théodore d'OULTREMONT qui entre en possession de Thiribut.
La famille d'OULTREMONT restera propriétaire de la cense jusqu'en 1977, date à laquelle Monsieur Maurice FROGNEUX, rachète l'exploitation au compte Edouard d'OULTREMONT.


Avec la collaboration de S. CHASSEUR


(1) Arrenter : donner ou louer contre une rente.
(2) Puiné : le plus jeune