La reddition



Le massif du centre n’est plus qu’un brasier infernal et les projectiles se mettent à éclater les uns après les autres. Heureusement, le magasin à poudre n’est pas atteint. C’eût été une effroyable catastrophe, il contenait, disait-on, plusieurs milliers de kilos de poudre.

Au-dessus de la rampe, je suis capturé par les Allemands qui avancent en tirailleurs. Le fort de Cognelée est tombé, le nôtre est pris. Soudain, les hommes du coffre de tête, isolés et ignorant qu’un drapeau blanc est levé, exécutent fidèlement leur consigne. Le feu cesse.

Gaspari, originaire d’Arlon et soldat au fort, discute avec les Allemands qui, finalement, acceptent les explications. Le commandant Duchâteau, blessé, le lieutenant Caussin, affreusement brûlé, qui s’étaient avancés sur le massif pour respirer et s’abriter dans un entonnoir, sont faits prisonniers. L’officier allemand qui les reçoit les félicite de leur conduite héroïque. Les deux officiers belges, des blessés, et un convoi de prisonniers dont je fais partie, sont conduits à la ferme de Pierre Caume. Les blessés sont affreux à voir; nous ne les reconnaissons plus. La tête, la figure et les mains ne sont qu’une plaie; les cartilages du nez, des paupières et des oreilles ne forment plus que des amas de gélatine. Ils sont étendus sur des brancards à même le fumier. C’est alors que les troupes allemandes, musique en tête, montent sur le glacis du fort pour fêter leur victoire.

Le commandant Duchâteau, le lieutenant Caussin et quelques blessés marchant difficilement, sont transportés au couvent de Champion transformé en “feld-lazarett”.

Lorsque l’automobile qui amène le commandant du fort de Marchovelette et son lieutenant pénètre dans la cour du couvent, le colonel d'Etat-major, qui est venu les prendre, fait sortir une compagnie pour rendre les honneurs. Commandant la 3e division de la Garde et visitant les blessés, il félicite le commandant Duchâteau et lui déclare: “On est fier, lorsqu’on a affaire à des adversaires tels que vous”.