La reconnaissance de la nation



Après la bataille, les Allemands enterrèrent leurs morts. Nos héros reposèrent çà et là. Vainqueurs et vaincus sont couchés côte à côte au bord de la route dans la campagne désolée. Des pèlerinages s’organisèrent bientôt et des mains reconnaissantes déposèrent, en secret, d’humbles bouquets sur les tertres de nos braves. Par la suite, le service des sépultures fit transporter nos morts héroïques dans le cimetière provisoire de Boninne.

Tous les corps furent ramenés plus tard au cimetière militaire de Marchovelette. Au pied de chaque tombe ou s’étale un rosier nain, une pierre grise haute de 0,50 cm au sommet de laquelle est incrusté un médaillon tricolore recouvert d’une petite croix en bronze, indique l’identité du héros ou signale avec tristesse “Soldat inconnu”. Un monument grandiose, taillé dans la pierre de France, a été élevé à la mémoire des soldats tombés dans la région. Au sommet de cet ouvrage d’art, une femme agenouillée, symbole de la Patrie, se penche sur deux soldats. Elle tient en main une palme de lauriers. Le soldat belge, coiffé d’un shako et armé d’un fusil, le soldat français, portant le képi et brandissant une épée, prennent une attitude de défense. Ces statues sont plus hautes que la grandeur naturelle.

Sur le socle, deux blasons taillés dans la pierre représentent à droite, le coq français, à gauche, le lion belge. Entre ces deux emblèmes on peut lire: "Aux Belges et Français morts en août 1914, dans le 4 S. de la P. F. N. pour le droit et la liberté. Sur les escaliers repose une palme en bronze. Au dos du monument nous lisons difficilement les inscriptions suivantes :

1. Fort de Marchovelette, fort de Cognelée, poste de Jette-Faux, point d’appui de Beauloy, tranchées de Marche-les-Dames; point d’appui de Boninne, érigé par les survivants du fort de Marchovelette sous la présidence du général Duchâteau, commandant le fort en 1914.

2. Lieutenant-général Michel. Ct la D.A., Gouverneur de la P. de N., 8e de Forteresse, 8e de Ligne, 10e de Ligne, 18e de Ligne, 28e de Ligne, 80e de Ligne, A. De F.N., A. 10 B. M., 4 A, général de la P.E.N., 45 R. I. Français R.A.B.R.I. français.

3. Inauguré par S.M. le roi Albert, en octobre 1928.

Dans ce cimetière très bien entretenu, à l'ombre d’un superbe monument, 600 Belges et Français dorment leur dernier sommeil.

Lors de l’inauguration du monument, le roi Albert, entouré de M. Forthomme, ministre de la Défense nationale, des généraux Michel et Duchâteau, de Monseigneur Heylen, évêque de Namur et du baron de Gaiffier d’Hestroy, gouverneur de la province, a salué les 38.000 braves qui, pendant quatre jours, du 20 au 24 août 1914, arrêtèrent les 120.000 Allemands du général Von Gallwitz.

Honneur et gloire à nos héros dont le sacrifice suprême est malheureusement trop oublié de nos jours!