Les tumuli






L'occupation romaine a laissé des traces profondes dans le tissu physique de notre région.
A la limite de la province de Namur, le long du chemin allant de Seron à Meeffe, se dressent trois monticules coniques, appelés familièrement "les tombes"; De leur sommet dominant la campagne de cinq à six mètres et pourvu que le temps le permette, on peut apercevoir d'autres tumuli analogues disséminés dans la plaine environnante : tombe de Mirteaux à Merdop, tombes du soleil à Ambresin, tombe de l'empereur à Villers-le-Peuplier et tombe d'Avesnes à Braives. D'autres tumuli ont été arasés par les hommes. Nous pensons à ceux de Hanret, de Névaucourt (Cortil-Wodon) ou à celui de Baugnet.

En novembre 1854, Monsieur Eugène Del Marmol commença une campagne de fouilles dans les tumuli de Seron. Le résultat, sans être négligeable, n'en fut pas pour autant exceptionnel.

Dans la plus méridionale de ces buttes, on ne trouva que quelques débris de poteries sigillées*, cassée de façon évidente à dessein, débris ayant tous appartenu à des écuelles ou à des soucoupes.

Les découvertes dans la tombe centrale furent un petit peu moins décevantes.


copyright Musée Archéologique de Namur

Outre quelques petits fragments d'ossements humains calcinés, l'on découvrit une urne côtelée en verre vert-blanc, une petite bouteille carrée en verre vert-blanc, une grande bouteille hexagonale en verre vert-bleu, un bol côtelé en verre vert foncé, deux gobelets en verre blanc, une grande cruche de poterie brune, une cruche en terre grise, un pot de terre rougeâtre avec anse, une petite cruche de terre jaune, une urne grossière en poterie grise, un petit vase de terre brune très fine, une douzaine de soucoupes en terre sigillée de diverses formes et dimensions et un sesterce d'Hadrien.

Dans la troisième tombe, celle du Nord, Monsieur Del Marmol rencontra à peu près au centre du tertre et au niveau du sol de la campagne avoisinante, les restes d' un ancien cercueil de bois d'environ un mètre trente dans tous les sens. Dans ce cercueil dont il ne restait que quelques fragments de planches et de clous, il trouva un certain nombre d'ossements humains calcinés et quelques poteries : trois lampes en terre rougeâtre de diverses formes et dimensions, un pot à fossettes en terre rouge, une urne en poterie noire, un vase en terre brune avec pied, un autre vase semblable mais plus petit, une cruche de poterie grise, deux soucoupes en poterie grise et, chose curieuse, un vase en terre jaune.


Cruches Gobelet, lampe à huile et pot en terre cuite.

Ce mobilier archéologique que l'on peut voir au Musée archéologique de Namur, démontre de façon assez péremptoire la raison d'être des tumuli de Seron.

Néanmoins on reste assez étonné devant ces amas considérables de terre érigés dans le but de recouvrir de simples dépouilles.
Celles-ci étaient, suivant une tradition fortement ancrée dans la région, celles de généraux ou autres chefs de guerre tués au combat et sur laquelle chaque soldat venait jeter une certaine quantité de terre. Il est de loin plus vraisemblable que ce furent les dernières demeures de quelques riches propriétaires des "villas" des environs, de gros "cînsis", dont les nombreux esclaves effectuaient ces énormes transports de terre.

Les tumuli de Seron n'attirent ni les photographes ni les touristes. Cependant, ils se trouvent être parmi les plus importants tant par leur nombre que par leurs dimensions.


Plats sigillés de la tombe II
La datation de ces tombes a été heureusement simplifiée par la découverte de la monnaie représentant l'empereur Hadrien (117-138) en toge, assis sur un siège avec, à sa gauche, un officier en toge et à sa droite un intendant, ces deux derniers debout.
Après étude du matériel archéologique retrouvé dans les différents tumuli, les spécialistes avancent pour le tumulus central une date de construction estimée entre 120 et 140, et pour le tumulus du nord, vers 150-160.


Les trois tumuli sont classés comme monuments et les alentours comme site.


* sigillé : se dit d'une céramique gallo-romaine décorée ou signée à l'aide de poinçons ou de sceaux.

Un autre témoignage important de tumulus peut être observé au nord d'Eghezée, il s'agit de la tombe d'Hottomont.

Ces explications sont extraites du livre de Serge Chasseur intitulé "Le ban de Meeffe" , publié aux Editions de la Ligue des Familles en 1999.




Les découvertes faites dans les tombes de Seron sont exposées au Musée Archéologique de Namur ,
rue du Pont 21 à 5000 Namur. Tél.: 081/23 16 31.
Ouvert du mardi au vendredi de 10h00 à 17h00 et le week-end de 10h40 à 17h00. Entré : Adultes : 2 euros;
groupes et enfants : 1 euro.


Bibliographie utile :

Tumuli belgo-romains de la Hesbaye occidentale : Seron, Hanret, Bois de Buis, Penteville par Jean Plumier. Edité par le Musée archéologique de Namur, 1986