La sorcellerie à Fernelmont au XVII ès

Une épidémie de sorcellerie à Noville-les-Bois au début du XVIIès.

Jacques Beckman - Extrait des Annales de la Société archéologique de Namur - Tome LIV (1968) pages 419 à 470

Avec l'aimable autorisation de Serge Chasseur

 

Quoique déjà initié aux mystères inquiétants de la sorcellerie (1), le lecteur fidèle de cette revue apprendra certainement avec surprise que le célèbre château de Fernelmont (2), à Noville-les-Bois (3) , fut, au début du XVIIe siècle, le foyer d’une véritable flambée de démonomanie. En effet, lorsqu’on parcourt la liste chronologique des satanisants jugés dans le comté de Namur publiée par M. Emile BROUETTE (4) , on se fait de la sorcellerie dans ce village une idée très vague et très incomplète, car ce relevé y mentionne à peine quatre procès (5) pour une période de cent cinquante ans :

 

un bannissement en 1574 ; deux procès, en 1608, dont l’issue n’est pas connue ; et enfin un nouveau bannissement en 1622. Se basant sur cet inventaire en apparence exhaustif, on se devait de considérer Noville-les-Bois comme un village relativement paisible … jusqu’au jour où le hasard s’amusa à bouleverser les données pour placer parmi les points chauds de la répression démoniaque une localité qu’on avait trop tôt mésestimée.

 

Dans le cas présent, le hasard se concrétisa sous la forme d’une grosse liasse de procès de sorcellerie miraculeusement conservés dans un fonds (6) nouvellement confié aux Archives de l’Etat, à Namur. Une étude attentive de ces documents devait nous permettre d’établir un inventaire (7) très différent. Noville a en effet connu vingt procès au moins, dont dix-huit entre 1607 et 1612. Treize de ces affaires se soldèrent par le bûcher. Parmi les inculpés figurent non seulement des femmes, mais aussi des hommes et des enfants.

 

Voilà certes des éléments qui donnent à réfléchir et laissent supposer que la répression de la sorcellerie dans notre région fut plus intense qu’on ne le croit généralement. C’est là un aspect du problème sur lequel nous reviendrons après avoir présenté les documents.

 

Il serait certainement téméraire d'affirmer que Noville-les-Bois n'a souffert de démonomanie qu'au début du XVIIe siècle ; d'ailleurs la chose est peu probable, car, dès le XVIe, les localités limitrophes sont gagnées par la contagion ; ainsi, Cortil-Wodon (8), en 1522, puis Hanret (9) , en 1524. En 1565, Béatrice Francquotte, accusée par Sainton Francquotte, sa belle-sœur, et par Mago Houtain, toutes deux exécutées, doit quitter le village de Franc-Waret (10) .

Probablement compromise par les deux mêmes sorcières, Marguerite de Serret (11), dite La Vireux, est bannie de Noville-les-Bois l’année suivante. La malheureuse se réfugie au pays de Liège, à Vaux-et-Borset, où l’hospitalité sera de courte durée : en 1574, menacée d’arrestation par la justice locale, la prétendue sorcière prend la fuite et revient naïvement dans son cher Noville-les-Bois qui l’accueille avec des verges, la fustige consciencieusement, la bannit à nouveau et l’envoie se faire brûler ailleurs.
Ensuite, le calme semble (12) revenir à Noville … le calme avant la tempête du XVIIe siècle ….
 

Les premiers bûchers.....

CATHERINE SABART, la veuve COLAU : le premier procès
Jean Colau
Les époux Dumont
Beatrice Destra
Françoise Modave

Anne Mathy
Les sœurs Bernard et Jehenne Jamollet
Catherine Dethis
Nicolas Doucet
Damide Jamart
Catherine Bernard et Gertrude Le Vieux Was
Les déboires du Bailli Demonceau.....
Les derniers soupçonnés...


 

 

1) Voyez notamment : N. E., Un procès de sorcellerie en 1652, dans Annales de la Société Archéologique de Namur (ASAN), t. XI, 1871, pp. 393-462 ; Ch. De VILLERMONT, Les procès de sorcellerie dans la baronnie de Vierves au XVIIe siècle, dans ASAN, t. XXIXX, 1910, pp. 153-235 ; Emile. BROUETTE, La sorcellerie dans le comté de Namur au début de l’époque moderne (1509-1646), dans ASAN, t. XLVII, 1953-1954, pp. 359-420. Dans l’article de M. Em. BROUETTE, le lecteur trouvera, sur le sujet, bon nombre d’indications bibliographiques qu’il ne nous est pas possible de reprendre ici.
 

 

 
(2) La plupart des noms de lieu cités dans cet article sont repris sur un plan, en annexe.
 

 

 
(3) Province de Namur, arrondissement de Namur, canton d’Eghezée.
 

 

 
(4) E. BROUETTE, op. cit., annexe I.

 

(5) Ibid., n° 175, 267, 268 et 331.
(6) Il s’agit du Fonds de Franc-Waret, déposé récemment par M. le comte A. d’Andigné, dont l’inventaire, en cours d’établissement, a été confié à Melle F. Ladrier, assistant aux Archives de l’Etat nouvellement confié aux Archives de l’Etat, à Namur. C’est elle qui découvrit les procès de Noville-les-Bois et qui eut l’amabilité de nous les signaler. Référence des documents : Fonds du Château de Franc-Waret, Greffes scabinaux, Noville-les-Bois, Procès de sorcellerie, 1607-1622 (n° provisoire 2610)
 

 

 
 
(7) Voyez le tableau synoptique en annexe
(8) E. BROUETTE, op. cit., annexe I, n° 25.
 
(9) Ibid., n° 31.
 
(10) Ibid., n° 146 et 149. Lire 1565 et non 1561. La référence du n° 149 est inexacte :lire Archives de l’Etat à Namur (AEN), Conseil Provincial, n° 345, fol. 114 1°. Même référence pour Sainton Francquotte omise dans le relevé.
 
(11) AEN, Cour de Feix, n° 162, fol. 174 v° ; E. BROUETTE, op. cit., annexe I, n° 175.
 
(12) Les archives scabinales de Noville présentant des lacunes, il serait imprudent de se montrer catégorique.