Documentation sur Hemptinne

Avec l'aimable autorisation de Serge Chasseur.




1. Hemptinne (Eghezée) par le Chanoine Roland et le curé Guilmin
2. La chapelle "à la tourelle" d'Hemptinne
3. Le TRESOR de HEMPTINNE (BRONZES (aes 2) de GRATIEN À MAGNUS MAXIMUS-
4. VILLA BELGO-ROMAINE A HEMPTINNES-LEZ-EGHEZEE
5. MONNAIES ROMAINES TROUVEES A HEMPTINNE
6. Les petites chapelles de chez nous XIII – Chapelle Saint-Roch
7. BICENTENAIRE DE L’EGLISE D’ HEMPTINNE


ROLAND, chanoine
GUILMIN, curé d’Hemptinne

Hemptinne (Eghezée)


1907

Table des Matières


Sources



SOURCES


Si, pour reconstituer le passé d’Hemptinne, nous n’avions eu à notre disposition que des archives locales, nous aurions renoncé à notre projet. De ces archives, en effet, quelques épaves seulement ont échappé aux désastres des temps, à l’incurie et au vandalisme des hommes ; elles sont conservées aux Archives de l’Etat à Namur, savoir : un carton contenant six parchemins de 1317, 1378, 1429, 1438, 1575, 1569, et un extrait sur papier d’un registre aux comptes de l’abbaye d’Aywières, de 1365-1432, concernant le moulin d’Hemptinne : une liasse intitulée Histoire et administration, renfermant quelques actes du XVIIIe siècle ; deux registres des comptes de la levée des tailles, 1762-1764, et 1782 ; une liasse, comprenant plusieurs documents intéressants relatifs à la paroisse, depuis 1563 jusque 1787. Au château de Mirwart, il existe assez bien de papiers de la cour échevinale de Hemptinne (1). Nous n’avons pas été en mesure de les consulter.
A la cure, on conserve deux registres qui nous ont fourni de précieux renseignements ; ils sont intitulés :
1° Registre et extrait des biens et revenus de la fabrique, des pauvres et de la cure de Hemptinne, faict et renouvellez par Maître Herman Collart, pasteur dudit lieu, l’an 1673.
2° Registre appartenant à la cure d’Hemptinne, bailliage de Wasseige et diocèse de Namur, renouvellé par Dom Pierre Michaux, curé, en 1764.
Les anciens registres paroissiaux, remis à la commune, ne remontent pas haut : de 1746 à 1802 pour les baptêmes, de 1758 à 1800 pour les décès, de 1772 à 1803 pour les mariages.
Nous avons eu la bonne fortune de découvrir dans les archives de l’ancienne abbaye d’Aywières de précieux documents pour l’histoire de notre paroisse. Aux archives du Royaume à Bruxelles, il existe un cartulaire de cette abbaye, écrit au XVIIIe siècle ; il s’en trouve un second, également du XVIIIe siècle, à la bibliothèque de l’abbaye de Maredsous. Nous avons extrait de ces deux recueils plusieurs chartes que nous reproduisons in extenso à la fin de notre notice. En outre, dans les archives d’Aywières, conservées à Maredsous, il se trouve : dans la liasse n° 3, un cahier relatif à Hemptinne où sont transcrits intégralement bon nombre d’actes de 1208 à 1603 ; un « Inventaire et répertoire des lettriages et documents » de l’an 1640, et un « Registre ou stock as lettre des menues rentes ».
Egalement nous avons pu recueillir quelques renseignements dans certains fonds du dépôt de l’Etat à Namur, principalement dans les archives du Souverain Bailliage et dans la Correspondance du Procureur général.
Quant aux sources imprimées, nous avons surtout mis à profit : BORMANS, Les Fiefs du comté de Namur ; DE RADIGUES, Les seigneuries féodales du comté de Namur dans Les Annales de la Société archéologique de Namur, t. XXII, pp. 600-604 ; DE RIEMAECKER, Histoire et généalogie de la famille de Hemptinne. Toutefois nous avo,ns dû parfois rectifier ou compléter les données de ces auteurs en recourant aux sources manuscrites.

(1) Cfr. Les Communes luxembourgeoises, t.VI, p.1124.
CHAPITRE I

TOPOGRAPHIE


La commune de Hemptinne, au canton d’Eghezée, est bornée au N., par Boneffe, Branchon et Wasseiges (Liège), à l’E., par Wasseiges et Meeffe (liège), au S., par Forville et Hanret, à l’O., par Hanret. Elle confine donc au N. et à l’E. à la province de Liège.
Son territoire mesure une superficie de 442 hectares 80 ares. Sa population au 31 décembre 1906 était de 761 habitants.
Le point le plus élevé de la commune est à l’altitude de 159 mètres, dans la campagne située à l’O. ; le point le plus bas est à l’altitude de 133 m. à l’E., en aval du village.
La commune est traversée du S.-O. au N.-E. par le ruisseau appelé le Soile, que la carte militaire ne désigne que sous les appellations banales de ruisseau d’Hanret, de la Batterie, de Hemptinne (2) . Ce cours d’eau prend sa source au S.-O. de Waret-la-Chaussée, arrose Leuze et Hanret ; à Hemptinne, au S. du village, il se grossit de l’Hénemont, formé à Hambraine par la réunion de deux ruisseaux venant l’un de Cortil-Wodon, l’autre nommé le Petit-Hoyoux, de Noville-les-Bois. En quittant Hemptinne, la Soile pénètre dans la province de Liège, arrose Meeffe et se jette dans la Mehaigne près d’Ambresineaux, hameau de la commune d’Ambresin.
Cette petite rivière coule à Hemptinne entre les deux coteaux sur lesquels est bâti le village, dont la partie la plus considérable occupe la rive gauche et comprend notamment l’école communale des garçons et trois grosses fermes. Sur la rive gauche se trouvent l’église, le presbytère et l’école des filles. Deux ponts de pierre relient les deux rives : celui qui est en amont s’appelle, aujourd’hui comme autrefois le Pont de l’Ile ; celui qui est en aval se nommait autrefois le pont à Frane (1285) ou le Pont au Frêne (1760) : ce n’est plus actuellement que le Pont-de-Pierre. Le ruisseau arrose de fertiles prairies, dont les plus étendues sont situées entre le village et la province de Liège.
La commune est traversée par la route d’Hanret à Wasseiges. Des chemins vicinaux relient le village à Seron (Forville), à Meeffe, à Branchon et à Boneffe.
Compris dans la zone limoneuse hesbayenne, son sol est très fertile en froment, orge, avoine, lin, trèfle, betteraves à sucre. Il ne reste aucun terrain boisé.
Des noms particuliers servent à désigner les différentes parties du territoire. Ce sont les lieux-dits.
Voici les principaux lieux-dits anciens et modernes du territoire d’Hemptinne. Ceux qui ont disparu sont précédés d’un astérisque.
*Aminoine fontaine : terre gisant deseur Aminoine fontaine (1367).
*Auffin : terres en Auffin (1385).
*Balsay : terres à Balsay (1367).
Basse : terre à la Basse.
*Boganfosse : la voie de Boganfosse (1385)
Bourse : terre de Bourse vers Boneffe (1742), aujourd’hui Es Bourse.
*Caves : en Caves (1385) ; deseur les Caves, entre Hemptinne et Meeffe(1344).
*Champs d’Alne : terres en Champs d’Alne (1385). Champs donnés à l’abbaye d’Aulne en 1238.
Charnois : en Charnois (XVIIIe s.) ; aujourd’hui Fonds de Chaunois, vers Bolinne.
Chavées : terres aux Chavées.
*Familheumont : terres à Familheumont (1385).
*Fons de Bouck : terres en Fonds de Bouck (1385). Peut-être faut-il lire : Fonds de Bourse.
Fontenelle : terres à Fontenelle (1372) ; tige de la Fontenal (1742).
Gillodeau : pré en Gillodeau (1569), en Gilodiau (1643).
Goffe : le Goffe(1385), deseur le Gouffe (1536), terre al Goffe, au S. de l’église (1760).
*Grossesaut les Coviers, terres (XIVe s.) ; Al Gosse souche (1742).
Hayelette : terre à la Hayelette (1385).
Hourkinette : terre à la Hourkinette.
Ile : maison, jardin et tenure gisante en l’Isle (1393). Une île y était jadis formée par la courbe que la Soile y décrit et le canal du moulin primitif des dames d’Aywières, déjà démoli en 1317.
Marliers : aux Marliers vers Montigny (1569).
Meez, traduction romane de mansus, petite ferme : Campaigne del Metz (1402) ; fonds del May (1742), campagne située entre les chemins de Branchon et de Boneffe.
*Navire : terre à le Navire (1385).
Neuvecourt : terre qu’on dit Nuevecourt (1367).
Prale, Praule, Preal, nom roman signifiant prairie, du latin pratellum : pré del Preal (1326), prés à la Prale, terre derrière le Prale (1385) ; aujourd’hui les Praules, vers Meeffe.
Renneau : le Renneau ou fonds del May (1742).
Rives (Les), terres longeant la Soile vers Hanret.
Ronce : terre à la Ronce.
*Sauch : terre au lieu dit al Sauch.
*Senchial : terres à Senchial (1385).
Tiges, chemins élevés : les Tiges, allant de Waya à Boneffe. En 1378, il est fait mention du « tiege qui vat à Boneffe ».
Tomballe : deux lieux-dits, l’un au-delà du fonds de Chaunois, et l’autre vers Seron.
Tombe : terre proche delle Tombe (1502).
Traux : terres entre la Soile et l’île.
Troz : terre à Troz, au chemin de Boneffe.
Vache : campagne à la Vache, entre Chaunois et fond del May.
*Vases : terre en lieu dit en Vases (1452). C’est peut-être le même que le précédent.
Warischay (Le), 1536.
*Waulsay : terre en Waulsay (1367). Dans une autre copie de l’acte de 1367, c’est écrit Balsay.
WAYA, nom donné à l’extrémité S.-O. du village : deseur les Wayaux (1452), Wayalz (1424), Wayaux (1429), Wayas (1438), Wayaux (1742). Le village de Wayaux, en Hainaut, qui se présente sous des variantes identiques, se disait Wadeal en 1148 ; or Wadeal est l’équivalent roman du bas-latin vadellum, wadellum, petit gué, petit wez (réservoir). Cette interprétation se justifie aussi au Waya d’Hemptinne.
La plupart des noms qui précèdent s’appliquent aux campagnes qui s’étendent au N. du village. Si partant du pont, dit Pont-de-Pierre, sur la Soile, vers Meeffe, nous rencontrons successivement sur la rive gauche : le pré Sengler ou Sanglier (nom d’une ancienne ferme), le pré aux arbres, le pré des triches, le pré du berger et la terre de l’eau ; puis sur la rive droite, en revenant : le pré Bontemps, les Grands Pachis ou Grandes Prairies, la Campagne au-delà de l’eau, la Tomballe, les Chavées de Seron (chemin de Hemptinne à Seron-Forville), arrivant ainsi aux Saules du mayeur, à la Campagnette, aux Triches de Montigny, au pré de Soile, au ruisseau de Hénemont, au Cornupré, au pré du berger, au sentier de Montigny, à la Vieille Brassine (aujourd’hui jardin avec construction récente), à la fontaine de la Batterie, au pré du moulin (où sec trouvait le moulin banal des dames d’Aywières), au petit Warichet, aux Falizes, à l’île, au pré du Stordois, près de la Tombe, qui touche au Pont-de-Pierre cité plus haut et où se voyait autrefois un tumulus romain.

(2) Sur ce cours d’eau, voyez ROLAND, Toponymie namuroise, t.1, p.168.
CHAPITRE II

ETYMOLOGIE ET ORIGINE DE HEMPTINNE

Etymologie

Le nom d’Hemptinne se présente dans les documents sous de multiples variantes, dont voici les principales :
1° Formes latines : Haimentinas : in villa Haimentinis nuncupata (1050) ; de territirio Haimentinarum (1208) ; - Hammetinas : de Hammentinis (1166).
2° Formes romanes : Haimetines (1046, 1224) ; Haimetinnes (1229) ; - Hammetines (v. 1220) ; Hametines (1222) ; - Hemmetines (1220, 1221, 1228, 1238, 1246, etc.) ; Hemetines (1235, 1317, 1326, 1342, etc.) ; - Hemtines (1317) ; - Hemptines (1224, 1261, 1342) ; Hiemetines (1288) ; Hyemetines (1343) ; - Himetines (1358) ; Huimetines (1343).
Le village d’Hemptinne au canton de Florennes revêt des formes analogues dans les copies modernes d’actes du XIe et du XIIe siècle : Hammmetinas, Hemmetinas et Hemmetines, Hemetinas (3) .
Après avoir soumis à une étude attentive différentes hypothèses, le rapprochement de ce vocable avec Helentina, Haltinnes, Grammentinas, Gramptinne, Anentinas, Emptinne, Rumendinas, Romedenne, nous porte à croire que ces dénominations dérivent, par l’adjonction du suffixe -ina, -inas, des noms d’hommes germaniques Haimo, Halo, Grammo, Ano, Rumo, relevés dans le répertoire de Foerstemann. Ce suffixe, il est vrai, ne s’applique pas ici immédiatement au radical, comme dans Bolinas, Bolinne, de BOLO, nom d’homme ; Boninas, Boninne, de BONO ; Hesminas, Emine, de HESMO ; mais avec l’épenthèse de -ent- : Haim-ent-inas. C’est une particularité qui se remarque dans quelques vocables géographiques dérivés aussi de noms d’homme, mais avec un autre suffixe équivalent : -iacus, -iacas. Exemples : Wad-ent-iacus, lieu cité en 876 ; War-ent-iacus, Warzy, Warzée ; Bol-ent-iacas, Bolzée ; Gom-ent-iacas, Gomezée ; Har-ent-iacas, Harzé ; Ug-ent-iacas, Eghezée ; dénominations greffées sur les noms d’hommes francs Wado, Waro, Bolo, Gomo, Harto, Ugo (4)
Nous concluons donc que le village doit son nom à un leude mérovingien nommé Haimo, vocable qui prend aussi les formes Hamo, Hemmo, Haimund, Hemmund (5) , tout comme la première partie de Haimentinas, Hametines, Hemmetines.


(3) BERLIERE, Documents inédits, t.I, pp. 7, 8, 10, 12, 24, 27.
(4) Cfr ROLAND, Toponymie namuroise, t.1, p.399.
(5) FOERSTEMANN, Altdeutsches Namenbuch, Personennamen, pp. 589-591, 597.

Origine

Le territoire d’Hemptinne, dont l’extrémité Nord n’est qu’à 2 kilomètres de la chaussée romaine de Bavay à Tongres, était habité à l’époque gallo-romaine.
Il existait une villa romaine à l’Ouest du village, à 200 mètres environ des dernières maisons. Ses ruines sont traversées aujourd’hui par le chemin empierré qui va de Hemptinne à Hanret. Des fouilles, malencontreusement interrompues, y ont été pratiquées, il y a environ vingt-cinq ans, par le docteur Tihon, de Theux, et ont mis au jour différents objets, notamment trois monnaies appartenant aux règnes de Valentinien II (383-392), de Théodose I (379-393) et d’Eugène (392-394). Ces objets, acquis par la ville de Liège, furent cédés en 1895, par l’Institut archéologique liégeois à la Société archéologique de Namur (6) . Il est regrettable que celle-ci n’ait pu faire de cet établissement une exploration complète et scientifiquement dirigée.
A quelque distance de là, un cultivateur, en extrayant de la terre pour faire des briques, découvrit, en 1876, une urne qui contenait 1122 monnaies appartenant presque toutes à la fin du ive siècle, et dont les plus récentes, au nombre de plus de 400, sont des Magnus Maximus (383-388). C’est évidemment la crainte fondée d’une invasion qui aura déterminé le possesseur de ce trésor à l’enfouir dans son jardin à proximité de son habitation dont les vestiges ont été reconnus. En effet, une invasion franque vint, à la fin du IVe siècle, dévaster ces contrées et ruiner les villas romaines, notamment celle de Taviers (7). La ruine fut complète et l’enfouisseur du trésor de Hemptinne ne put venir reprendre son bien.
Dans une prairie, appelée encore Pré à la Tombe, qu’un chemin sépare du jardin du presbytère, s’élevait, il y a quelques années un tumulus romain semblable à ceux de Seron, de Wasseiges, d’Ambresin, de Leuze, de Hottomont, etc. Les vieillards de l’endroit l’ont vu niveler. Le nom de Tombale, conservé parmi les lieux-dits, indique qu’il exista aussi autrefois deux petites tombes, l’une à l’O. du territoire vers Bolinnes, l’autre au S.-E. dans la direction de Seron.
Quel nom portait la localité sous l’occupation romaine ? Nous l’ignorons. Il disparut avec ses habitants gallo-romains. Lorsque, plus tard, le leude franc Haimo vint s’y fixer avec sa famille et ses serfs, le groupe d’habitations qu’il établit constitua les Casas Haimentinas, et Haimentinas devint désormais le nom du village.

(6) Annales de la Société archéologique de Namur, t.XXI, p.290.
(7) Ibid., t.XIV, pp 106 ; t.XIII, p.523. Ce trésor a été acquis par le Musée archéologique de Namur.
CHAPITRE III

JURIDICTION ANCIENNE


A l’époque franque, Hemptinne fut compris dans le pagus de Hesbaye. Nous allons voir qu’il est encore attribué à ce district en 1050.
Est-ce qu’au XIe siècle, cette partie de la Hesbaye était déjà attachée au comté de Namur ? Il est probable que non. Nous constatons, en effet, que l’évêque de liège y possédait de nombreux domaines et que les transmissions de propriété s’y accomplissaient sans l’intervention ou l’autorisation du comte de Namur. Nous en produirons quelques exemples.
En 1016, l’évêque Baldéric dote l’abbaye Saint-Jacques, à Liège, des villages de Hanret (8) et de Matignée (Saint-Germain) avec toutes leurs dépendances. Comme témoins à sa charte figurent entre autres, Godefroid, duc de Lotharingie, Arnoul, comte de Looz, Godescalc de Saint-Germain, et non le comte de Namur (9) .
En 1034, l’évêque Réginard donne à l’abbaye de Saint-Laurent, à Liège, cent manses de son vaste domaine de Wasseiges (10).
En 1046, l’évêque Wazon abandonne à la collégiale de Saint-barthélemy, à Liège, tout ce qu’il possède à Harlue, à Taviers et à Hemptinne : apud Herlaus et Tavers, apud Haimetines (11) .
Dans un synode général tenu à Liège, le 28 octobre 1050, l’évêque Théoduin acquiert des religieux de Waulsort trois manses au village de Hemptinne, en Hesbaye : in villa Haimentinis nuncupata in pago Hasbanico, en échange de la dîme de Piétrebais (12) .
En 1066,emême évêque dispose de deux manses au village de Tillier en faveur de l’église Notre-Dame de Huy (13) .
Si nous passons au siècle suivant, nous voyo,ns que c’est l’évêque Otbert qui, en 1112, autorise la cession à l’abbaye de Saint-Jacques, de deux manses que les moines de Lobbes possédaient sous la juridiction de cette abbaye à Hanret, savoir l’une à Harlue, l’autre à Jennevaux (14).
En 1125, Walter de Trognée donne au chapitre d’Incourt sa part de la terre de Wodon (sous Cortil-Wodon) ; c’est l’évêque Albéron Ier qui ratifie cette libéralité (15).
Il est à supposer que cette partie de la Hesbaye était autrefois comprise dans le comté de Huy, qui fut uni à la principauté de Liège en 985. En effet, un texte de 981(16) rattache à ce comté Grand-Rosière, un autre de 1125 y rattache Wodon (17) ; Hemptinne est situé entre ces deux localités.
Quand et comment Hemptinne, Wasseiges, Branchon, Taviers, Tillier, Harlue, Cortil-Wodon et autres localités de la Hesbaye passèrent-elles sous la juridiction des comtes de Namur ? Nous l’ignorons. Ce qui est établi, c’est qu’au début du XIIIesiècle, Hemptinne faisait partie du compté de Namur, et ressortissait au Souverain Bailliage de cette ville. Au cours du siècle suivant, Hemptinne est compris dans le bailliage de Wasseiges, de création plus récente.
Les premiers droits acquis par le comte de Namur dans la région semblent avoir été les droits d’avouerie que l’empereur Conrad conféra en 1035 au comte Albert II sur le domaine de Wasseiges, concédé l’année précédente à l’abbaye de Saint-Laurent par l’évêque de Liège (18). L’avouerie n’attribuait au comte que des droits restreints, savoir le droit de prélever annuellement, à la Saint-Remy, un muid d’avoine et quatre deniers par ménage, et celui de percevoir, aux trois plaids généraux, quatre sols pour ses frais et le troisième denier dans les amendes. En outre, la protection qu’il devait aux sujets et aux biens de l’abbaye à Wasseiges impliquait au moins une part dans l’administration de la justice criminelle.
Au XIIe siècle, les comtes de Namur outrepassèrent leurs droits d’avoué par des impôts et des exactions (19) . C’est probablement Henri l’Aveugle qui finit par convertir ces droits en droits de souveraineté.

(8) Baldéric avait reçu l’alleu de Hanret, consistant en dix-sept manses, de Lambert, comte de Louvain. Charte originale de 1015 au chartrier de Saint-Jacques à Liège.
(9) MIRAEUS et FOPPENS, Opera diplomatica, t.III, p.297.
(10) Ibid., t.III, p.300.
(11) Ibid., t.III, p.303.
(12) Analectes pour servir à l’histoire ecclésiastique, t.XVI, p.6. – On appelle manse, une exploitation rurale comprenant une maison avec ses dépendances et un certain nombre de bonniers de terre.
(13) Bulletin de la Commission royale d’histoire, série IV, t.I, p.91.
(14) Chartrier de Saint-Jacques, aux Archives de l’Etat, à Liège.
(15) Bulletin de la Société d’art et d’histoire de Liège, t.VIII, p.348.
(16) DUVIVIER, Hainaut ancien, p.379. Pour la date, cfr LAHAYE, Etude sur Waulsort, pp.27-29.
(17) Bulletin précité note5.
(18) Bulletin précité, t.II, p.239.
(19) idem, pp.238, 239.


CHAPITRE IV

SEIGNEURIES ET FIEFS DE HEMPTINNE

Seigneurie hautaine

Le comte de Namur nous apparaît dès le XIIIe siècle, comme ayant sur la terre de Hemptinne, non seulement le droit de souveraineté, mais encore tous les droits du seigneur haut-justicier.
Dans le Registre aux Aisselles de 1265, il est dit à l’article Hemptinne : « Si a li cuens (comte) ses tailles II fies l’an (à Pâques et à la Saint-Remy) : se vaut par an XX sols lovengnis, se croist ou abaisse. – Et si a le cuens ses mortumains, ses formortures, ses commans et ses corvées, l’ost et le chevaucie (service militaire à pied et à cheval) et toute justice plainement. »
Le comte avait donc le droit de lever des tailles ou contributions sur les habitants, la formorture, c’est-à-dire le droit de recueillir l’héritage de l’habitant décédé sans enfant légitime, la morte-main ou le droit de choisir le meilleur meuble du défunt qui ne laisse pas d’héritier direct, le droit de requérir ses sujets pour des corvées ou pour le service militaire, enfin la haute justice, c’est-à-dire le droit de juger et d’exécuter les criminels avec toutes les prérogatives accessoires.
La seigneurie hautaine de Hemptinne, comme tout le domaine utile du comte de Namur, passa à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, lorsqu’il acquit le comté de Namur, en 1421. Elle fut dévolue à ses successeurs, princes des Pays-Bas.
Au commencement du XVIIe siècle, les souverains de nos provinces trouvèrent dans la vente définitive ou dans l’engagère temporaire des droits seigneuriaux un moyen de rétablir leurs finances obérées. Moyennant des sommes souvent considérables, ils concédèrent la seigneurie hautaine de nombreux villages à des propriétaires opulents qui étaient charmés de porter désormais le titre de seigneur de la localité où ils possédaient maisons de plaisance, manoirs, censes, champs, bois, d’y jouir de droits nouveaux et d’y avoir le prestige de l’autorité.
Ce fut le cas pour Hemptinne. Comme nous le verrons bientôt, la famille de Marotte avait acquis, dès le XVIe siècle, la ferme de la Neuve-Court avec le fief du Tourteau qui y était annexé ; plus tard, elle acheta deux autres fiefs dits du Manoir et deux terres censales qui en dépendaient. Elle détenait, vers 1620, une grande partie du territoire. Elle était alors représentée par Jean de Marotte, fils de Nicolas Marotte, seigneur foncier d’Arbre et d’Anne Charlet de Pontillas. Par son mariage avec Henriette Haweau, il était devenu seigneur de Yernée et de Montigny-lez-Hanret. Il demanda et obtint que la seigneurie hautaine de Hemptinne lui fut engagée.
Le 7 novembre 1626, l’acte de concession lui fut expédié au nom de Philippe IV, roi d’Espagne. Il lui attribuait le pouvoir d’exercer la justice, haute moyenne et basse, de nommer les membres et les suppôts de la haute cour, de percevoir à son profit les amendes, les confiscations, les deniers seigneuriaux (doit de mutation fixé à un vingtième de le valeur des immeubles aliénés), les droits d’afforage (deux pots de bière par tonneau mis en perce). Il lui accordait, en outre, la chasse et la pêche dans toute l’étendue de le seigneurie et les tailles que les habitants avaient payées jusqu’alors aux receveurs du prince à la Saint-Rémy de chaque année : 14 sous pour les censiers, 2 sous 3 deniers pour les simples manouvriers.
En échange de ces avantages, Jean de Marotte à partir de ce jour seigneur hautain de Hemptinne, s’engageait à verser au Trésor public la somme de 3.300 florins ; chacun de ses héritiers ou cessionnaires était, de plus, tenu de faire relief devant le Souverain Bailliage de Namur lorsque, par succession, par vente ou de toute autre manière, la seigneurie viendrait à changer de mains.
Jean de Marotte, second du nom, fils du précédent, fit relief de la seigneurie d’Hemptinne, le 21 février 1631, avec celle de Montigny (Hanret), les moulins de Wasseiges et de Nivocourt, etc. Hélène-Philippe de Havrecht, sa veuve, fit relief de l’usufruit des mêmes fiefs, le 16 janvier 1655.
André-Guillaume de Marotte de Montigny, leur fils, en épousant, par contrat du 15 octobre 1668, Marie-Anne du Budier, apporta en dot la seigneurie d’Hemptinne, la terre de Montigny, etc. ; mais dès 1662 et 1663, il avait engagé ces fiefs à Jean-jacques d’Hinslin, qui, à défaut de payement, finit par les saisir.
Les seigneuries d’Hemptinne, Montigny, etc., passèrent par surrogation à Martin Sapin (relief du 24 janvier 1698) qui les revendit à Godefroid de Smackers, seigneur de Mirwart (1708).Celui-ci avait fait acheter ces biens par Jean-Léonard Defrance, chanoine de Saint-Materne à Liège ; il dut intenter un procès en délivrance à ce dernier, qui prétendait avoir fait l’acquisition pour son propre compte.
Godefroid de Smackers mourut au château de Mirwart le 16 février 1725.
Son fils aîné, Nicolas-Edmond de Smackers, écuyer, seigneur de Mirwart, hérita des seigneuries de Hemptinne et de Montigny ; en 1733, il racheta le droit de retrait revendiqué par Jean-François de Marotte, fils du seigneur dépossédé et devint ainsi propriétaire définitif.
L’aîné de ses fils, Jean-Pierre-Thomas-Edmond de Smackers, seigneur de Mirwart, fit relief des seigneuries d’Hemptinne et de Montigny, le 16 août 1766. Il mourut sans postérité à Brix, en Bohème, en 1799, après avoir été dépouillé de ses droits féodaux par la Révolution.
Le seigneur hautain d’Hemptinne nommait les officiers de la haute cour de justice, composée du mayeur, des échevins et du greffier. La perte des registres et papiers de cette cour nous prive de nombreux et utiles renseignements. Nous nous bornerons à enregistrer noms de quelques mayeurs que l’une ou l’autre pièce éparse nous a conservé : Pierre Decoux en 1666 ; Georges Gillart en 1721-1731 ; Jos. Sentron en 1742, 1743 ; Jean-Jos. Mottar en 1762, 1775 ; J-B Humblet en 1783, 1794.
Outre la haute cour, il existait à Hemptinne plusieurs cours foncières, une cour féodale et une cour censale, comme nous aurons l’occasion de le constater plus loin.
La République française supprima les anciennes cours de justice et créa une nouvelle organisation judiciaire et administrative. Sous l’empire de cette législation, la commune d’Hemptinne fut attachée au département de l’Ourthe, à l’arrondissement de Huy et au canton de justice de paix d’Avennes. En 1815, le nouveau royaume des Pays-Bas substitua la dénomination de province à celle de département et Hemptinne se trouva ainsi comprise dans la province de Liège. Par arrête royal du 21 décembre 1823, la commune d’Hemptinne, avec quelques autres, fut distraite de la province de Liège, pour faire partie de la province et de l’arrondissement de Namur, du district électoral d’Eghezée et du canton de justice de paix de Dhuy, dont le chef-lieu fut transféré plus tard à Eghezée.

L’église Saint-Lambert de Liège

Nous avons vu qu’en 1050 l’évêque de Liège acquit, par échange, de l’abbé de Waulsort trois manses au village de Hemptinne. Il ne nous reste pas de renseignements sur cette propriété. Nous constatons seulement au XIVe et XVe siècles l’existence, à Hemptinne, d’une cour foncière, dite cour Saint-Lambert, composée en 1385 de Andrieu, fils de messire Gilles de Hemptinne, mayeur et échevin, Gérard, fils de messire Gilles, Henri de Longchampial, Andrie Malcorp, Georaux Heneman, échevins ; en 1424, de Philippe de Noevecourt, mayeur et échevin, Ernoul Kike de Warem, Renuewart de Wayalz, Jean de Wasseige, Godfrin de Vaulx, Jean Coppien de Hemptinne, et Joannes le Camus, échevins ; en 1468, de Jean Coppin, mayeur et échevin, Gorart de Lille, Tiry delle Vaulx de Meffe, Jean de Lille, Henri Coppin, Joannes le Camuset Stassart de Hemptinne, échevins.
Nous trouvons aussi qu’en 1763, les luminaristes de Liège possédaient, à Hemptinne, 8 bonniers et 2 verges de terre labourable, biens qui furent vendus à la Révolution (20) .

(20) Assiette des tailles, 1763.
Le chapitre de Saint Barthélemy, à Liège

Le chapitre canonial de Saint-Barthélemy avait reçu, en 1046, de l’évêque Wazon, des biens à Hemptinne, c’est-à-dire des terres, des cens et revenus, des dîmes, et une cour foncière, composée du mayeur et des échevins. Comme plusieurs de ces biens étaient entremêlés avec ceux des dames d’Aywières, ce qui donnait lieu parfois à des difficultés, le chapitre vendit ses propriétés d’Hemptinne à l’abbaye d’Aywières, le 4 octobre 1342. Sa cour échevinale fut unie à celle des dames qui, dès lors, s’intitula cour Notre-Dame d’Aywières et de Saint-Barthélemy.

Les dames d’Aywières

Une abbaye de religieuses cisterciennes avait été fondée en 1202, aux Awirs, près de Liège ; mais les religieuses, après un séjour momentané aux Alleux (La Hulpe), ne tardèrent pas à se fixer définitivement à Couture-Saint-Germain.
Elles acquirent bientôt à Hemptinne et à Boneffe, non seulement les dîmes ecclésiastiques, mais encore des biens-fonds considérables d’origine seigneuriale. La plupart des titres de ces différentes acquisitions, à part celles des dîmes, ne nous sont pas parvenus. Lorsque Hugues de Pierrepont, qui fut évêque de Liège de 1200 à 1229, prit sous sa protection l’abbaye d’Aywières et ses possessions, il énuméra parmi celles-ci la dîme et la terre de Boneffe et de Hemptinne avec le quart du moulin de Hemptinne (21) . Une charte du mois de mai 1221 mentionne la grange ou ferme des dames d’Aywières à Hemptinne (22) .
Le14 juin 1228, le couvent céda cinq bonniers de terre en échange de la part que Godefroid de Boneffe possédait au moulin de Hemptinne (23). Dans des actes postérieurs, il est fait mention de la maison et des biens d’Aywières à Hemptinne, sans autres détails. Le 4 octobre 1342, les dames acquirent les biens, les revenus, les dîmes et la cour foncière que possédait le chapitre de Saint-Barthélemy de Liège au village de Hemptinne, moyennant une rente annuelle de 15 muids d’épeautre, de 50 sous monnaie de liège et d’une livre de cire (24).
D’après le mesurage fait, le 28 novembre 1385, par maître Rauz de Namur, mesureur juré, à la demande de Jeanne de la Haie, abbesse d’Aywières, les biens dépendant de la cense du couvent à Hemptinne comprenaient en tout 90 bonniers 28 verges petites (25) . En 1750, ils étaient évalués à 161 bonniers et quelques verges (26) .
A la Révolution, la ferme fut achetée par M. Gilson-Paillet et passa à ses quatre enfants, dont trois moururent dans le célibat, laissant ainsi la propriété à leur sœur Louise, qui avait épousé M. Clément Dupont. C’est son petit-fils, M. Fernand Dupont-Dochen, qui la possède et l’exploite actuellement.
On l’appelle vulgairement ferme Gilson et plus communément aujourd’hui ferme Dupont.
Elle est située au N.-E. du village. Ses constructions ne présentent rien de remarquable. Le corps de logis, très vaste, a été transformé ; les pierres commémoratives qui étaient encastrées au-dessus de la porte d’entrée et des portes des deux granges ont été conservées.
Les dames d’Aywières possédaient une cour foncière dont la juridiction s’étendait à la plus grande partie du territoire d’Hemptinne. Les actes de transport des propriétés étaient enregistrés par cette cour, qui avait aussi dans ses attributions de juger les contestations et délits relatifs aux dites propriétés.
Nous avons dit qu’à partie de 1342, la cour foncière de Saint-Barthélemy est unie à celle de Notre-Dame d’Aywières. Nous avons trouvé, en 1385, la cour de Notre-Dame de Namur unie également à celle d’Aywières.
Voici une liste des mayeurs et échevins de la cour d’Aywières, que nous avons pu relever. Le premier nom est celui du mayeur (27).

1367. Stassar de Seron.- Andri fils Gilkin de Hemetines, Gérard frère audit Audri, Bones Dassonleville de Hanrech, Simon Monschias de l’abbie, Joirars fils Heneman le charpentier, Frankart fils Uda.
1378. Stassar de Seron.- Libier fils audit Stassar, Jehan Masselhan, Jorars fils Heneman le charpentier de Hemetines, Bauduwin Boneit de Hanrech, Andrieu fils Malcorps de Meffe, Jamar le charpentioer de Hemetines, Bertran de Seron.
1385. Baduin Dewines.- Libers de Seron, Bones de Hanrech, Jehan Mateilhons, Andrieu Macors, Thiris Morias, Bertran Mores, Georaux Heneman.
1429. Johans de Waseige.- Stieuwaurs de Wayaux, Godefrin delle Vaux, Philippar delle Noevecourt, Johans Copins, Henry Davins, Johan Sabe de Meffe.
1438. Johan de Waseige.- Godefrin delle Vaulx, Steuwais des Wayas, Johan Copin, Henris Davins, Ystausse de Seron, Gérard delle Yle.
1452. Jehan de Bois de Waseige.- Eustache de Seron, Jehan Copin de Hemetines l’aîné, Gérard de le Yle, Wéry de Hupaye, Conetrin de Novilhe de Meffe
1485.Jehan Lize, mayeur et échevin.
1560. Messire Jehan de Sart.- Nicolas Andry, Gérard Gailly, Bernard Gerke, Arnould Charlet, Jehan Coppin et Jehan le joene.
1569. Jehan de Viesme.- Messire Jehan de Sart, Nicolas Andry, Gérard Gailly, Bernard Gerke, Jehan Copin, Arnould Charlet, Jehan le jeune.
1576. Jehan Léonard.- Nicolas Andrieu, messire Jehan de Sart, Gérard Gailly, Bernard Gerke, Jehan Copin, Arnold Charlet, Jehan le jeune.
1637. Melchior Decoux, mayeur.
1643. Melchior Decoux.- Jean de Berlo, Jean Pierre
1648. Dardenne, Berlo et Vallaine, échevins.
1651. Dardenne, Bernard et Wallain, échevins.
1661. Jacques de Wallaine, Guillaume Mosseaux et Jean de Berlo, échevins.
Ici s’arrête la série des actes de la cour d’Aywières, conservés à Maredsous. Nous n’avons plus découvert qu’un acte isolé de 1701 ; la cour était alors composée de Jean-Pierre Sacré, lieutenant-mayeur, Jean-François Colson, Jacques Renard, Dieudonné henry, échevins. En 1715, le mayeur était Melchior-Bernard Decoux.
Nous avons cru devoir donner, au complet, le nom des officiers de la cour échevinale, parce que ceux-ci se rencontrent parfois des membres de la noblesse et des familles seigneuriales.

(21) « Decimam et terram de Boneffe et de Hammetines et ibidem quartam partem molendini », Cartulaire d’Aywières, aux Archives du Royaume, à Bruxelles, fol. 11 v°.
(22) Documents n° 3 (voir dans le livre).
(23) Documents n° 6 (voir dans le livre)
(24) Documents n°16 (voir dans le livre).
(25) Cartulaire d’Aywières, à Maredsous, p.223.
(26) Assiette des tailles.
(27) Ce sont les archives d’Aywières, à Maredsous, qui nous ont fourni la majeure partie des noms de cette liste.

Fief du manoir d’un bonnier

Il est question, au XIVe siècle, de deux manoirs tenus en fief des comtes de Namur par des membres de la maison noble de Hemptinne. Ils constituaient deux fiefs distincts.
Le premier fief consistait en un manoir occupant un bonnier avec trente livrées de terre (28) et une cour féodale, dont relevaient : 1° la petite cense de Sart-Helman près de Fernelmont ; 2° 21 bonniers de terres labourables à Hemptinne, tenus en 1755 par Nicolas Pasquet, receveur du chapitre Saint-Aubain à Namur ; 3° un bonnier de terre, appelé vulgairement le bonnier de Mathy et possédé en 1755 par M. Decoux ; 4° le quart du moulin à écorces situé près du couvent des Célestines à Namur et possédé en 1755 par M. Baré, maître tanneur.
Ce manoir était situé à l’ouest et à proximité de l’église. Il d’identifia avec le corps de la ferme, nommée la petite cense du seigneur, à laquelle se rattachaient, au XVIIe et au XVIIIe siècle, 80 bonniers et 6 verges grandes (29) de culture.

Tous les bâtiments de cette ferme ont disparus depuis bien longtemps. Un plan figuratif, dressé en 1760 (30), indique la prairie d’un bonnier où la cense était ci-devant bâtie. Une partie de cette prairie est aujourd’hui transformée en jardin presbytéral. On a retrouvé, il y a peu d’années, à l’emplacement de cette vieille construction, des pavés, une cave et d’autres vestiges.
Après la destruction du manoir, les possesseurs du fief continuèrent, dans leurs reliefs et leurs dénombrements, à le désigner sous le nom de fief du manoir. Dans un dénombrement de 1752 (31) , il est spécifié que « le fief du manoir consiste en un bonnier avec trente livrées de terre, où il y a en anciennement un manoir. »
Il sera question du second manoir dans l’article suivant. L’un et l’autre étaient, avons-nous dit, possédés originairement par des seigneurs de l’ancienne maison noble de Hemptinne.
Cette famille, dont des descendants vivent encore aujourd’hui, porte pour armes : de gueules à 3 étriers d’argent, au franc canton d’argent, chargé d’une rose à 8 feuilles du champ. (32).
Son plus ancien membre connu est Tierry de Hammetines, vivant en 1166 (33) .
En 1224 et 1228, Francon de Hemmetines et Walter, son frère, figurent au nombre des hommes ou vassaux du comte de Namur (34) .
Eustache de Hemptinnes, chevalier, est mentionné dans nombre d’actes de 1224 à 1252 (35); en 1250, il était investi de la charge de bailli du comté de Namur (36). En 1238, il donna à l’abbaye d’Aulne, où Baudouin, son fils aîné, avait pris l’habit religieux, une terre à Hemptinne qu’il tenait de l’abbaye Saint-Barthélemy sous un cens annuel (37).

Stassin de Hemptinne, écuyer, connu par des actes de 1288 à 1294, était mayeur de Namur en 1291 et 1292. Il épousa une fille de Libert de Dhuy, chevalier, dont il eut, entre autres enfants, Libert et Eustache (38) .
C’est Eustache ou Ystasse de Hemptinne, chevalier, qui eut en partage le manoir dont nous nous occupons. Il est mentionné, en 1297, comme mayeur de Namur. Il mourut le 21 février 1336 et fut inhumé dan l’église d’Hemptinne, ainsi que son épouse Héluide, fille de Sandrart ou Alexandre de Jandrain. Il reste, au cimetière, un fragment de leur pierre tombale. Nous verrons que leur anniversaire fut fondé en l’église de Hemptinne, moyennant une rente assignée sur le manoir ou la cense du seigneur Ystasse.
Ystasse de Hemptinne eut plusieurs enfants. Ce fut son fils Jean qui hérita du fief du manoir. Mentionné en 1355, Jean de Hemptinne ne vivait plus en 1368, date où son fils Ystasse, encore mineur, représenté par Warnier de Dave, son mambour, fit relief du manoir et de ses dépendances. Ystasse épousa, par contrat du 26 mai 1378 (39), Héluide, fille de Guillaume de Bertinchamps, seigneur de Wangenies. Son fils Jean de Hemptinne, seigneur de Wangenies, n’habitant plus Hemptinne, vendit le manoir et ses dépendances, le 15 février 1414, à sa sœur Maie, qui avait épousé Ernoul de Houtain.
Cet ancien fief sortit ainsi de la maison de Hemptinne. Il passa bientôt dans la famille de Brus par le mariage de Josse de Houtain, fille d’Ernoul, avec Guillaume de Berlo, seigneur de Brus, en 1450, et y demeura jusqu’en 1626.
Le 19 décembre 1621, Jean, baron de Berlo, comte de Hozémont, vendit à Jean de Marotte, seigneur d’Yernée, « ses courtes féodalles et censales, franches tavernes, cens, chapons, maison, granges, estableries, terres, bois, appendices et appartenances, etc., situés au lieu de Hemptinne, tant au pays et comté de Namur que pays de Liège, comme les censiers dudit sr comte et autres prédécesseurs les ont maniés et possédés audit Hemptinnes, » à l’exception de quatre bonniers de terre cédés par échange au sieur Guillaume Legros de Hanret. Et il est entendu que le droit de collation à la chapelle de Sainte-Catherine en l’église d’Hemptinne reste attaché à la cense susdite (40) . La cense était alors exploitée par Martin Jerosme.
Ayant obtenu le retrait de la cense d’Hemptinne, le 16 mars 1624, Jean, baron de Berlo, la donna à Guillaume Legros, par acte du 24 janvier 1626 (41)
Guillaume Legros était seigneur de Ville-en-Waret. Il acquit du souverain, par engagère, en 1637, la seigneurie hautaine de Hanret. Il fut anobli en 1644. Avant l’acquisition de la cense, il possédait déjà des biens à Hemptinne, comme nous venons de le voir ; le 8 mars 1608, il releva un fief situé derrière l’église Saint-Georges, qui n’avait plus été relevé depuis 1424, époque où Jean Goaraz, de Wasseiges, s’en dessaisit. Ce petit fief ne contenait qu’un bonnier environ. Nous verrons d’ailleurs que Jacques Legros, père de Guillaume, reçut sa sépulture à Hemptinne, apparemment parce qu’il y avait des propriétés.
La cense avec ses dépendances, passa à son fils Pierre Legros, qui, le 26 janvier 1651, créa en faveur de Jean de Pahau, seigneur de Grand-Hallet, une rente de 12 florins sur sa cense d’Hemptinne. Le 22 janvier 1653, il fit relief des seigneuries de Hanret et de Ville-en-Waret, ainsi que de la cour féodale de Hemptinne. Il eut pour héritiers sa sœur Marie, puis son frère Evrard Legros, qui fit relief du fief d’Hemptinne le 16 mars 1663.
Evrard Legros ne vivait plus le 9 février 1665. De son mariage avec Marie-Françoise de Wasservas, il laissait un fils encore mineur, Charles-Nicolas-Hyacinthe. Sa veuve épousa en secondes noces Jean-Claude de Namur. Celui-ci fit relief, le 5 novembre 1671, au nom de Jean Legros, de la terre de Ville-en-Waret et du fief de Hemptinne « consistant en un manoir contenant un bonnier et 30 livrées de terre ».
Hyacinthe Legros fut dessaisi de sa cense en 1691, pour défaut de payement d’une rente de 300 florins, par son beau-père, Jean-Claude de Namur. La cense passa ensuite à la fille de ce dernier, Antoinette-Claudine de Namur, mariée à dom Luis Alvaredo Bracamonte, écuyer, seigneur de Sainte-Retrude, et fut dès lors communément appelée cense d’Alvaredo. La veuve d’Alvaredo vendit la cense à Godefroid de Smackers, seigneur de Mirwart, de Hemptinne, Montigny et autres lieux, par acte du 22 avril 1711, réalisé le 19 février 1714 à la cour foncière de Notre-Dame d’Aywières et de Saint-Barthélemy.
Les bâtiments de la ferme n’existaient déjà plus alors. Les terres furent louées à Georges Gillart, qui exploitait la grosse ferme du seigneur. Après la mort de Gillart, vers 1732, nous les trouvons louées à Winand Votron et le Dogue (1737, 1740), puis à Sentron, Wery, Votron et le Docq (1750).
Après la Révolution, ces terres furent aliénées par les héritiers des Smackers.

(28) Une livrée de terre est l’évaluation d’ une terre rapportant annuellement une livre. Cette évaluation primitive persiste dans les actes de dénombrement et de relief, alors qu’elle n’est plus d’usage et ne pouvait plus donner une idée, même approximative de la contenance de la terre. Il est donc possibles que les trente livrées représentaient originairement les 80 bonniers, constituant la cense au XVIIe siècle.
(29) Une verge grande en valait 20 petites ; il en fallait donc 20 pour un bonnier.
NDLR : une verge petite = env. 23, 7 mètres carrés
une verge grande = env. 4,72 ares
un bonnier = 94, 57 ares
Ceci est valable pour le pays de Namur et non pour la principauté de Liège. Voir Serge CHASSEUR, Le Ban de Meeffe, Ligue des Familles de Fernelmont, 1999, 299p., pp.174-177.
(30) Dossier concernant les limites des villages de Hemptinne et de Meeffe, joint au rapport du Procureur général du 18 avril 1777, aux Archives de l’Etat à Namur.
(31) Souverain Bailliage, Reg.159.
(32) NDLR : écu rouge avec trois étriers blancs et dans un carré blanc au-dessus à gauche (lorsqu’on regarde l’écu), une rose rouge à huit feuilles.
(33) Cartulaire de Bonne-Espérance.
(34) Documents n° 5, 6. (voir dans le livre).
(35) Document n° 5 (voir dans le livre) ; PIOT, Invent., p.14 ; Cartulaire de Grandpré, t.I, p.18 ; Analectes, t.IV, p.78 ; Cartulaire d’Aulne, fol.25 ; Cartulaire d’Aywières, à Bruxelles, fol.86 v° ; Chartrier de Salzinnes ; BARBIER, Histoire de Géronsart, p.259.
(36) Chartrier de Salzinnes.
(37) Cartulaire d’Aulne.
(38) Cfr. De RIEMAECKER. Pour la suite, nous avons utilisé les archives du Souverain Bailliage.
(39) Aux archives de l’Etat, à Namur ,Carton de Hemptinne.
(40) Souverain Bailliage, reg. 55, fol.55 v°.
(41) Souverain Bailliage, reg. 55, fol.5 v° et 75.
Fief du manoir avec vivier

Ce fief consistait en « un manoir, vivier et stanches (digues) et vingt bonniers de terre à champ ». On ignore l’emplacement de cet antique manoir, qui n’existait déjà plus au XVIIe siècle.
Libert de Hemptinne, fils de Stassin et de N. de Dhuy, est le premier possesseur connu de ce fief. Il le transmit à son fils Stassin Strivart, et celui-ci à son beau-fils Gobinet, fils de Gobin d’Avins, vivant en 1385.
La fille de Gobinet, héritière du manoir, épousa Jean du Bois des Hemptinne, dont un fils du même nom fit relief du fief, par décès de sa mère, le 19 février 1421.
Le 5 novembre 1430, Daniel de Gesves releva le fief d’Hemptinne par décès de Jean du Bois de Hemptinne, son beau-frère. Marie de Gesves, sa fille, épousa Jean Coppin de Hemptinne. Le 3 janvier 1510, Jean, fils dudit Jean Coppin, releva, pour lui et ses sœurs, les biens d’Hemptinne provenant de la succession de feu Daniel de Gesves, leur grand-père. Le 30 septembre 1515, Simon de Linchen, second mari de Marie, veuve de Jean Coppin, fit relief du fief de Hemptinne, pour l’usufruit, et Jean, fils dudit Jean Coppin, avec Henri Coppin, son oncle, comme mambour, en releva la propriété.
Jean Coppin vendit ses biens féodaux d’Hemptinne, le 17 novembre 1536, à Jean de Feroz. Le 1er décembre 1563, Jacques de Feroz releva le fief par décès de messire Jean, son frère, et le transmit à son fils Jaspar, qui le releva le 4 septembre 1568 et le vendit, sous forme d’engagère, le 8 mai 1586, à Antoine de Glymes, seigneur de Court-sur-Heure.
Après la mort de ce dernier, en 1588, le fief échut à son frère, Jacques de Glymes, seigneur aussi de Court-sur-Heure, et chanoine de Saint-Barthélemy, à Liège. Le 29 novembre 1595, Servais de Glymes, seigneur de Court-sur-Heure, fit relief du fief de Hemptinne, « consistant en manoir, vivier, estanches et 20 bonniers de terre », par décès de maître J. de Glymes, chanoine de Saint-Barthélemy.
Après cette date, il n’est plus question du manoir. En 1631, nous trouvons les 20 bonniers en la possession de Jean de Marotte, seigneur de Hemptinne ; ils furent compris dans les propriétés acquises, au siècle suivant, par Godefroid de Smackers.

Le fief du Torteau

Ce fief consistait anciennement, d’après un dénombrement de 1755, en une tour avec quarante pieds de terre autour, joignant au levant au ruisseau de Soile, du midi au chemin qui traverse le village, du couchant audit chemin et du septentrion à la cense du seigneur. D’après ces indications, cette vieille tour devait se trouver sur la rive gauche de la Soile, assez près du pont de l’île. Détruite en 1430, elle n’a pas laissé de vestiges. Dans les documents, elle est désignée sous les variantes : Tourtrial (XIVe siècle), Tourtea (1497), Tourteau (1631), Torteau (1655), Tourteau (1766).
Après la destruction de la tour, le fief continua d’être relevé par les propriétaires de la cense du seigneur, située à proximité et distinguée par les noms de cense de Tutreau ou Torteau (1558), grosse cense, cense du seigneur, cense de le Neuve-Court, laquelle contenait, en 1747, 143 bonniers 12 verges grandes et, en 1750, 139 bonniers et 17 verges grandes, sans compter la terre de la Neuve-Court.
Le petit fief du Tourteau passa successivement, au XIVe siècle, à Baudouin de Tripcée, à Walter du Manil, au chevalier Arnoul de Hemptinne (1380).
Un siècle se passe ensuite sans qu’un acte quelconque opéré devant la cour féodale de Namur fasse connaître le possesseur du fief.
Vers 1480, il appartenait à François des Changes, écuyer, seigneur de Bouffu et Tahier. Le 20 août 1497, Robert des Changes fit relief de la tour dite Toutea, estimée de nulle valeur, par décès de son frère François. Il renouvela son hommage le 7 mai 1506 ; il fut alors déclaré et officiellement constaté que la tour était « toute abattue à cause des guerres de l’an 1430 ».
Le16 avril 1512, Jean, seigneur de Hollogne-aux-Pierres, héritier du fief du chef de sa femme Marguerite, fille de Robert des Changes, le vendit en arrentement à Hugues Raingart, clerc de la ville de Namur, époux de Marie Lize, de Hemptinne.
Hugues Raingart mourut en 1527, laissant deux filles, Françoise et Jeanne. Françoise épousa, en premières noces, François le Couvreur, dit Mastea, par contrat du 12 janvier 1518. Elle apportait en dot une rente de 50 florins « sur la maison, cense, cheruage, terres, prés, bois et pâturages de Hemptinne » et sur d’autres biens à Wasseiges et à Meeffe. Elle eut pour second mari Jacques Gerlache. Jeanne Raingart épousa Thiéry Groignart.
Le 22 octobre 1558, Thiéry Grognart, veuf de Jeanne Raingart, et son fils Hugues vendirent à Nicolas Marotte, seigneur foncier d’Arbre, « la moitié de toutes les maisons, cense, cheruage, jardins, terres, prés, bois, haies et pâturages » qu’ils possédaient à Hemptinne et aux environs. L’autre moitié de la cense de Tutreau, avec le fief du Torteau, fut vendue au même Nicolas Marotte, le 3 novembre suivant, par François Couvreur, qui, le 20 janvier 1556, avait déjà fait relief d’une rente de 50 florins sur la cense au profit dudit Marotte.
François, fils de Jean de Marotte, fit relief, le 23 avril 1605, du fief de Torteau, qui lui était dévolu par la mort de Nicolas Marotte, son grand-père. Ce même fief fut relevé, le 21 février 1631, par Jean de Marotte ; en 1651 et 1653, par sa veuve Hélène de Havrecht ; bref, il suivit les destinées de la seigneurie jusqu’à la fin de l’ancien régime.
Nous avons vu plus haut que Jean-Pierre-Thomas-Edmond de Smackers, le dernier seigneur de Hemptinne, mourut sans postérité en 1799. Sa sœur Louise avait épousé Henri-Joachim d’Hoffschmidt, seigneur de Resteigne. La grande ferme familiale d’Hemptinne passa au fils et au petit-fils de celui-ci ; puis à Léopold, baron de Goër, mort à Lesve en 1847, époux de Louise d’Hoffschmidt ; ensuite au chevalier Joseph-Adolphe de Moreau d’Andoy, qui avait épousé une demoiselle de Goër. La ferme devint la propriété de Victor-Paul-Antoine, baron de Gaiffier d’Hestroy, mort en 1894, du chef de sa première femme M.-L.-Ph.-G. de Moreau d’Andoy, morte à Cannes en 1869. Finalement, les deux fils, Paul et Edmond, barons de Gaiffier, vendirent la ferme à Monsieur Charles de Hemptinne, de Jauche, qui désirait acquérir une propriété au berceau de la famille.

Menus fiefs

Outre les trois fiefs dont nous venons de parler, il est fait mention de plusieurs petits fiefs à Hemptinne, consistant soit en terres, soit en rentes assignées sur des biens féodaux.
Nous citerons particulièrement le fief de six bonniers, situé au lieu-dit « Grosse saut les Coviers » (XIVesiècle) ou « Al grosse souche » (XVIIIe siècle), au Nord du chemin de Hemptinne à Hanret. Sa contenance réelle était de six bonniers et demi. C’est pourquoi il est aussi désigné sous le nom de fief de six à sept bonniers ou de fief de sept bonniers.
Ses possesseurs successifs, à partir du XIVe siècle, sont : Baudouin d’Erlezée (Elzée), Libert d’Erlezée, son fils (1393) ; Marie d’Erlezée, fille de Libert et femme de Jacques delle Haye, chevalier (1412) ; Libert delle Haye, fils de Jacques (1430) ; Anne delle Haye, fille de Libert et épouse de Baudouin de Glymes ; Cécile de Glymes, fille des précédents, épouse de Daniel delle Venne (1515) ; Wibert delle Venne, fils de Daniel (1559) ; Jeanne de Henry, épouse de Jacques de Forville, écuyer, héritière de Wibert delle Venne (1605) ; Nicolas de Henry, mari d’Adrienne de Henry (1611).
Jean de Wasservas, chevalier, seigneur de Marchovelette, qui avait épousé une de Henry, fit relief du fief, le 12 décembre 1618, et le vendit à Jean Marotte. Les terres de six à sept bonniers furent ainsi englobées dans les propriétés successivement acquises par les de Marotte et vendues plus tard à de Smackers.
Il y avait aussi le fief de dix-huit bonniers, composé de dix bonniers de prairie et de huit bonniers de culture et joignant du levant à Saint-Laurent (prieuré de Meeffe), du midi au chemin de Burdinne et du couchant au chemin d’Hemptinne. Ce fief fut relevé, le 16 janvier 1655, par Hélène de Havrech, veuve de Jean de Marotte. Il appartenait, en 1766, au sieur de Smackers.
Peut-être est-ce ce même fief, mais comprenant alors dix-neuf bonniers et demi en prairies et en culture, que Jean Coppin vendit en 1536, à Jean de Feroz, chevalier, et qui fut relevé, en 1563, par Jacques de Feroz et, en 1568, par Jaspar, fils de ce dernier, lequel le vendit, le 2 juin 1600, à Mechtilde de Notstock, veuve de Henri Haweau, seigneur d’Yernée, et à Jean Marote, son gendre.
Signalons enfin la vente de quelques propriétés effectuée devant la cour féodale, sans que, dans la suite, il soit fait relief, spécialement du moins, de ces propriétés.
Le 8 juillet 1552, Gérard de Lisle vend, avec droit de rachat, à messire Jean de Feroz, chevalier, « sa maison, tenure et jardin, cheruage, prez, bois, hayes, cens, rentes et appendices à Hemptinne et alentours ».
Le 18 avril 1556, Armand Parent et son fils Jacques vendent « leur maison, cense, cheruage, terres, prés et jardin », à Guillaume Charlet, auquel ils avaient déjà vendu trois bonniers de terre en 1554.


CHAPITRE V

LES HABITANTS


Si nous avons pu exhumer des documents du passé des renseignements assez complets sur les homes et les corporations qui, à Hemptinne, ont exercé des droits féodaux ou possédé une large part du domaine territorial, il n’en est pas de même en ce qui concerne la vie matérielle, économique et morale des habitants sou l’ancien régime. Par quelles épreuves sont-ils passés ? Quels étaient leurs moyens de subsistance, les biens communs dont ils disposaient ou qu’ils administraient, les charges publiques qu’ils avaient à supporter ? Autant de questions qu’il serait intéressant d’étudier, mais qui, malheureusement, nous laissent forcément dans bien des incertitudes à cause de la perte des archives communales qui auraient pu nous éclairer, au moins pour les XVIIe et XVIIIe siècles.

Guerres

Comme tous les villages du pays, Hemptinne connut, dans le cours des siècles, les horreurs de la guerre ; mais la pénurie des documents ensevelit dans l’oubli les calamités que ce fléau fit endurer à nos pères. Voici quelques notes éparses que nous avons pu recueillir.
Le 24 novembre 1356, Wenceslas, duc de Brabant, mécontent de ce que Guillaume, comte de Namur, avait pris parti contre lui dans sa guerre avec le comte de Flandre, pénétra dans le comté de Namur et livra aux flammes Wasseiges, Branchon, et autres localités rencontrées sur son passage (42). Il est fort probable que Hemptinne fut du nombre.

En 1430, le 10 juillet, le duc de Bourgogne, auquel les Liégeois venaient de déclarer la guerre, commença les hostilités en envoyant quatre-vingt cavaliers envahir Meeffe qu’ils livrèrent aux flammes. Le 14, les troupes liégeoises se jetèrent sur le comté de Namur, brûlant et détruisant tout sur leur passage, et se dirigèrent sur le château de Golzinnes dont ils s’emparèrent (43) . Un relief de 1506 nous apprend que la vielle tour d’Hemptinne fut entièrement ruinée lors de cette guerre de 1430, et il est à présumer que le village n’a pas été épargné.

On conserve aux Archives de la Chambre des Comptes, à Bruxelles, le compte rendu par Antoine Minetz de l’administration qu’il a eu des vivres de camp à l’étape de Hemptinne au pays de Namur « à la passée des troupes venues d’Italie au mois de juin 1584 » (44) .
Le village de Hemptinne eut particulièrement à souffrir des guerres franco-espagnoles qui durère,nt depuis 1635 jusque 1713, à part quelques interruptions de peu de durée. Les quelques détails qui nous restent nous sont fournis par les requêtes des fermiers, impuissants à payer leurs redevances au trésor de l’Etat.
Melchior Decoux, censier, se trouve en 1643 redevable au chairier (receveur) de S.M. à Namur de la quantité de 124 muids d’épeautre. Le 10 septembre, il expose aux Messieurs des finances l’impossibilité où il se trouve d’acquitter cette redevance. Le 10 octobre, le procureur général de Namur procède à une enquête à ce sujet.
Arnould Winand, manouvrier, dépose « que depuis cinq à six ans il a vu plusieurs mangeries et pillages des gens de guerre de S.M. ayant souventefois pris rafraichissement au lieu dudit Hemptinnne et y séjourné par diverses fois l’espace de plusieurs semaines au détriment du censier, même du déposant qui a dû fournir à aucuns de la compagnie de Carlatel pour deux jours de séjour tant seulement la somme de 40 florins, nonobstant qu’il est pauvre manouvrier occupant seulement trois journaux d’héritage. Il dit aussi que le dit lieu d’Hemptinne a souffert beaucoup par les passées et repassées des gens de guerre et convoyes faites, pour estre la dite cense située sur le grand chemin allant de Namur vers Louvain et Tirlemont. Estant aussi le dit censier à la merci et péril des Hollandois lesquels lui ont prins, environ quatre à cinq ans passés, tous ses chevaux de labeur au nombre de 15 à 16 et les emmenés à Maestricht où ils ont été vendus et demeurés perdus ; il a dû emprunter des bestes de ses voisins pour assister à son labeur et n’eut qu’une dépouille (45) fort maigre de 1638 à 1642, et cette dépouille fut gâtée par le passage et le repassage des soldats, et depuis l’on avoit été forcés de donner contributions aux Hollandois ».

Henri Winon, aussi manouvrier, second témoin interrogé, a vu également les « mangeries et pillages par les gens du Roy et des Lorrains ». Deux régiments ont séjourné à Hemptinne cinq à six jours, causant grand dommage au censier. Lui-même a dû prendre la fuite. Sa maison fut saccagée, ses ruches d’abeilles brûlées. Il raconte comment les Hollandais se sont emparés des chevaux du censier pour les vendre à Maestricht.

Le censier Daniel Michotte se trouve dans une situation analogue en 1657. Il est dans l’impossibilité d’acquitter la totalité des 84 muids d’épeautre qu’il doit sur son fermage de 1656 ai chairier de Namur. Le 10 novembre 1656, le village a dû loger deux régiments de cavalerie, ceux de Gresberg et de Reces ; trois jours après, cinq régiments irlandais, commandés par le général Domara, viennent y séjourner jusqu’au 4 janvier, consommant tous les grains, fourrages et provisions de la cense. F. Zualart, chargé par le commis des finances de vérifier les faits allégués, les reconnaît exacts et propose au procureur général de Namur de réduire à deux tiers sa redevance pour 1656 (Lettre du 8 mars 1657).
Même embarras des dames d’Aywières en 1676. Elles n’ont pu payer au trésor des finances les rentes de 1673 et 1674, à raison des pertes et dégâts qu’elles ont subis ces années-là ; et voici que l’année 1675 est encore plus désastreuse : ruine totale de leur cense de l’Escot à Hemptinne, perte de leurs dîmes et revenus du Brabant-Wallon. Elles demandent au trésorier général, le 21 mai 1676, qu’on leur fasse remise de la rente de 1675. L’enquête faite le 22 juin relève les faits suivants :

« Les dames possèdent à Hemptinne une cense de quatre charrues, exploitée par Jean Decoux. Au mois de mai 1675, l’armée française, descendant vers les pays de Liège et de Limbourg, a campé aux villages d’Avennes, de Fallais et environs. Les troupes ont fourragé le pays, mais pas à Hemptinne, parce qu’on avait pris des sauvegardes, pour lesquelles le censier dut donner 5 patacons par jour durant 12 jours ou environ, outre les dépens de bouche. Au mois d’octobre suivant, le duc de Luxembourg est venu camper à Harlue, où il resta quatorze à quinze jours. Decoux dut encore prendre sauvegarde pour la conservation de la cense, au prix de 95 patacons : les deux autres censiers versèrent environ 30 patacons. Nonobstant ces sauvegardes, les ennemis n’ont pas laissé de venir fourrager, en sorte que Decoux a été contraint de leur livrer à plusieurs fois la quantité de 200 stiers d’avoine, deux charrées de foin et fourrage valant bien 12 patacons. En outre, il a donné au commandant d’un parti 10 patacons pour éviter le pillage, et 9 patacons à deux autres fois, sans mentionner cinq moutons et autres victuailles qu’il a données pour gagner la bienveillance des officiers. Ces troupes lui ont ravagé entièrement 10 bonniers de marsage (46) , et quant aux blancs grains, il y en a eu bien douze bonniers tant pâturés qu’enlevés, ce qui fait justement la dépouille d’une charrue. »

Les campagnes de 1673 à 1675 ne furent pas moins désastreuses pour la cense du seigneur Adrien-Guillaume de Marotte, occupée par Georges Sovet. L’enquête du mois d’avril 1676, ordonnée par le procureur général, recueillit les particularités qui suivent :
L’an 1673, l’armée du roi de France, campée à Wasseiges, dévasta douze bonniers de blancs grains appartenant à la susdite cense. Après la prise de Maestricht, elle vint de nouveau camper à Wasseiges et la cense fut encore dépouillée des deux tiers de ses marsages.
En 1674, l’armée impériale conduite par le comte de Souche et celle de Munster, campées à Boneffe et à la campagne du Soleil, vinrent fourrager deux bonniers de blancs grains et dix de marsages de la dite cense.

En 1675, au mois de mai, l’armée française venant du Limbourg, traversa le pays en ravageant les campagnes ; au mois d’octobre suivant, les troupes du duc de Luxembourg campèrent à Harlue, et y demeurèrent quatorze jours, y faisant « tel ravage et dégâts qu’elles n’ont rien laissé », jusqu’à démolir le toit et une partie des murs de la grange pour enlever plus facilement les grains et la paille.
Enfin les dames d’Aywières, dans une requête adressée, la 9 septembre 1684, au procureur général, rapportent que « les troupes françaises, au temps qu’elles ont séjourné au champ de Boneffe sous le duc de Choiseulle ont fourragé entièrement les fruits et revenus de la cense » (47) .

La Chronique de Boneffe (48) rapporte que « l’an 1701, la France fit avancer toute son artillerie à Branchon et à Boneffe, laquelle y resta treize semaines avec des troupes, fit faire une ligne depuis la Meuse jusqu’à Anvers, laquelle passait par Hemptinne, Wasseiges et Merdorp ».
A mi-mai 1702, la guerre est de nouveau déclarée : il y eut campements continuels dans nos régions ; il ne restait plus ni arbres ni haies. En 1706, eut lieu la bataille de Ramilies et à cette occasion nos villages furent sillonnés par les troupes et soumis à des réquisitions exorbitantes.

(42) Annales Fossenses, M.G.H., SS., t.VI, p.34.
(43) Chronique de Jean de Stavelot, pp. 249, 230.
(44) PINCHART, Inventaire des Archives de la Chambre des comptes, t. IV, p. 225, n° 25,844.
(45) Dépouille = récolte. (NDLR)
(46) NDLR : Les cultures étaient partagées en trois soles : la sole des blancs grains était semée en automne de céréales panifiables (épeautre, blé, seigle, etc.) ; la sole du marsage était semée au printemps de céréales non panifiables (avoine, orge) et de légumineuses ; la troisième sole était laissée en repos, en jachère.
(47) Correspondances du Procureur général, à ces différentes dates, aux Archives de l’Etat, à Namur.
(48) Annales de la Société archéologique de Namur, t.IV, p.115.
Agriculture, fermes
La ferme d'AywièresLa ferme du SanglierLa ferme du Tourteau



Les habitants d’Hemptinne, autrefois comme aujourd’hui, trouvaient leurs principaux moyens de subsistance dans la culture des terres et l’élève du bétail. Sous ce rapport, nous pouvons les diviser en trois catégories : il y avait les censiers, qui exploitaient les trois grosses fermes et occupaient plusieurs domestiques et manouvriers ; il y avait les cultivateurs, tenant charrue et faisant produire les quelques bonniers de terre dont ils étaient propriétaires ou ceux qu’ils tenaient en location ; il y avait enfin les manouvriers, la plupart possesseurs de quelques lopins de terre, mais qui devaient se procurer leur gagne-pain en se mettant au service des fermiers et des gros cultivateurs.

La ferme la plus importante était celle des dames d’Aywières(49) . Elle était exploitée en 1675 et 1688 par Jean Decoux ; en 1715, par Melchior-Bernard Decoux, jusqu’en 1734 ; de 1734 à 1760, par Maximilien Philippart, puis par ses filles dont l’une, Marie-Louise épousa Jean-Hubert Paillet ; en 1797, Jeanne-Louise Paillet, fille de ce dernier, épousa Casimir Gilson, qui devint propriétaire de la ferme.
La cense du seigneur ou de la Neuve-Court était exploitée, en 1675 par Georges Sovet ; de 1722 à 1734, par Georges Gillart ; de 1734 à 1740, par Etienne Denis ; de 1741 à 1750 par Georges Sentron ; en 1755, par Jean-Joseph Mottar.
La troisième ferme était celle dite du Sanglier ou Sengler, située entre les deux premières, avec un exploitation évaluée, en 1750, à 55 bonniers, 16 verges grandes et 16 petites.
Comme cette cense n’était pas de nature féodale, il nous est difficile d’établir la succession de ses propriétaires.
On lit dans le Registre Collart (1673), conservé à la cure de Hemptinne : « Jean Decoux, mayeur de ce lieu, et la veuve de Pierre Decoux, son feu frère, consors occupateurs et possesseurs des biens, cense et cheruage du Sengler, venant cy-devant des Lize, pour les anniversaires Nicolas Lize, le jeune, de Jandren, celui de Jean Charlet et sa femme, celui de Jean Joris, doivent au curé d’Hemptinne pour tous yceulx anniversaires sur lesdits biens échéant à la St-André, cinq muids et un sty d’épeautre ».
Nous savons qu’un Jean Lize était mayeur de la cour d’Aywières en 1445. En 1557 et 1565, il est fait mention de Georges Lize, fils de feu Jean Lize.

Vers le commencement du XVIIe siècle, les propriétaires de la ferme sont désignés sous l’appellation de Le Sanglier. Est-ce un surnom ou un nom de famille ? Nous l’ignorons. En tout cas, le nom resta attaché à la ferme.
Voici d’ailleurs l’analyse du seul acte que nous ayons découvert mentionnant des Sanglier.
Le 26 octobre 1642, Jacques de Hinderene, mambour des orphelins Jean, Adrien et Marguerite le Sanglier, héritiers de Frère Remy le Sanglier, leur oncle, Guillaume Bontemps à titre de sa femme Marie le Sanglier et partie faisant pour Georges le Sanglier, Jean Michel à titre d’Anne de Forvie, ses beaux-frères, cèdent à Jean le Fier, curé de Hemptinne, une pièce de prairie de 8 verges grandes située en Gilodiau et prise hors de la cense de feu Jean le Sanglier le vieux, en exécution de la sentence rendue par les cours d’Aywières et Saint-Barthélemy, le 8 avril 1634, comme aussi deux muids d’épeautre de rente, appartenant aux orphelins susnommés de Jean le Sanglier le jeune (50) .
Déjà en 1637, Melchior Decoux est désigné comme censier du Sanglier. Le 12 septembre 1647, ledit Decoux et Gilles Sonnet créèrent une rente de 100 florins sur la cense du Sanglier, au profit de maître Art Baugniet, leur beau-fils et neveu respectif. Melchior Decoux mourut le 15 mai 1654. Il légua à l’église d’Hemptinne une rente de 40 florins sur la cense du Sanglier pour la fondation d’une messe hebdomadaire en l’honneur du Saint-Sacrement. Ses fils Jean et Pierre Decoux héritèrent de ses droits sur la cense du Sanglier, sans toutefois l’occuper. Pierre Decoux, mayeur en 1666, mourut peu de temps après ; Jean Decoux exploita la cense d’Aywières.

En 1656 et 1657, c’est Daniel Michotte qui occupe la cense du Sanglier ; en 1718, c’est la veuve de Daniel Michotte, née Marie Hombront ; de 1722 à 1728, nous la trouvons tenue par Pascal Godfrinon, et de 1729 à 1734 par Daniel Godfrinon.
Ce dernier eut de 1732 à 1737 un procès au Grand Conseil de Malines au sujet de la ferme avec Melchior-Bernard Decoux, auquel Jean-Noël abandonna, du consentement de sa femme Dieudonnée Decoux (26juillet 1737), tous ses droits et prétentions sur la cense en question (51) .
Godfrinon perdit sans doute sa cause, car à partir de 1737, c’est Melchior-Bernard Decoux qui est porté comme censier du Sanglier sur le rôle des tailles ; en 1760, c’est sa veuve, Marie-Catherine Thomas.
La ferme demeura, jusqu’au siècle dernier dans la famille Decoux, laquelle reconstruisit les bâtiments, tombés en ruines. Elle porte aujourd’hui le nom de son propriétaire actuel, M. Dandoy. (52)


(49) Nous avons mentionné, les pierres commémoratives encastrées dans les bâtiments de la ferme. D’après l’examen qu’on vient de faire de ces pierres, celle qui se trouvait au-dessus de la porte d’entrée a seule été déplacée ; elle porte comme inscription : D. BENOISTE DE LAMOTTE, ABBAISSE D’AYWIERS. Celle qui était au-dessus de la porte de la petite grange porte : DAME TEIGLES DE COLLINE, ABBAISSE D’AYWUERS, L’AN 1713. La pierre encastrée dans le mur d’une autre grange ne porte qu’une Vierge couronnée (N.-D. d’Aywières), sans date ni inscription.
(50) Correspondance du Procureur général, dossier joint à lettre du 18 avril 1777.
(51) Correspondance du procureur général, dossier joint à lettre de 18 avril 1777.
(52) En 1999, lors du travail effectué pour le Ban de Meeffe, S. Ch. a trouvé dans le décompte d’un paiement d’une rente, la chronologie suivante :
1614 : Jean le SANGLIER
1637 à 1654 : Melchior DECOUX
1664 : Jean et Pierre DECOUX, fils de Melchior
1702 : Daniel MICHOTTE est ressaisi
1731 à 1733 : Gilles LECLERCK au nom de sa belle-mère
1737 : Melchior Bernard DECOUX
Peut-on signaler qu’en 2000, le propriétaire de la ferme est Monsieur Daniel CARDON de LICHTBUER, ancien secrétaire de la Reine Fabiola, ambassadeur successivement auprès de l’Unesco, à l’UEO, au Caire et au Vatican.

Pâturage

Les habitants d’Hemptinne jouissaient du droit de pâturage, pour leurs bêtes, dans certaines prairies des dames d’Aywières après l’enlèvement du foin et du regain, également dans les campagnes des fermes après l’enlèvement des récoltes.
Ces droits usagers, n’étant pas originairement consignés par écrit, finissaient souvent par engendrer des contestations, qui d’ordinaire ne prenaient fin que par une transaction entre les parties. Ainsi en fut-il à Hemptinne.

Déjà dans les cours du XIIIe siècle, nous trouvons les manants d’Hemptinne en débat avec les dames d’Aywières sur plusieurs points. Les habitants prétendaient exercer le droit de pâture sur toutes les prairies du couvent, tandis que les dames ne voulaient leur reconnaître ce droit que sur une partie déterminée. Ils se plaignaient, en outre, de ce qu’elles avaient rebâti leur moulin plus haut qu’elles ne devaient et, par ce fait, supprimé le chemin qui leur livrait passage pour aller à leurs prairies particulières. Ils voulaient enfin faire intervenir le couvent dans la moitié des frais pour la reconstruction du pont au Frêne. Finalement un accord fut conclu au mois de janvier 1286, en présence du bailli de Namur, entre Marguerite, abbesse d’Aywières, représentant son couvent, et les « écuyer, mayeur, échevins et tous les communs habitants d’Hemptinnes ». Il fut convenu : 1° que les dames prendraient à leurs charges pour toujours la réfection du pont au Frêne ainsi que l’entretien de la fontaine ; 2° qu’elles auraient le droit de clore et de garder leurs près situés sur le territoire d’Hemptinne, sauf le pré qui est près du « desourain », moulin (moulin d’en haut), où les habitants auront droit de passage pour le voiturage de leur foin et regain, en même temps que le droit de pâturage après l’enlèvement du « fourre et du wayn » ; 3° qu’à raison de ce droit de passage, les habitants consentaient à ce que le moulin et sa « sewyre » demeurassent établis où ils étaient (53).

Le bon accord n’eut pas longue durée. Quelques années après, les dames firent abattre leur moulin « desourain » et l’eau du ruisseau, n’étant plus retenue par ses digues, avait occasionné une inondation préjudiciable aux manants. Ceux-ci crurent que la disparition de ce moulin faisait tomber la transaction de 1296. Ils prétendirent donc exercer le droit de pâturage dans les prairies du couvent situées en aval du village vers Meeffe et à proximité de leur « desotrain moulin » (du moulin d’en bas). La question fut soumise à Jean Ier de Flandre, comte de Namur, lequel, après une enquête dirigée par Wiliame le Cambrelin et Walter de Seilles, bailli du comté, décida, par charte du 22 août 1317 (54) , que les habitants d’Hemptinne n’ont droit de pâture que dans les prés situés en amont du village dans la direction de Hanret, mais non dans ceux qui sont situés en aval vers Meeffe.
Le droit de pâturage sur les terres des fermiers ne put non plus s’exercer sans trouble.
Le 4 août 1759, les porcs du village, au nombre de 90, pâturant dans une terre de 3 bonniers environ, située derrière le cimetière et dépendante de la ferme d’Alvaredo, furent saisis par la justice de Seron, pays de Liège, et mis en fourrière au château du lieu, sous prétexte que cette terre était terre liégeoise et sous la juridiction territoriale de Seron, ban de Meeffe (55) .

Les propriétaires, obligés, pour récupérer leurs bêtes, de fournir caution, furent assignés devant la cour de Meeffe, à l’instance de la comtesse de Hemricourt, dame du ban de Meeffe, et Nicolas Devaux, son officier, mayeur, pour s’entendre condamner aux dommages-intérêts et à l’amende.
Les manants s’adressèrent au procureur général de Namur, lui représentant que les trois bonniers, sur laquelle la herde de cochons avait été saisie, étaient de la juridiction d’Hemptinne et par conséquent compris dans les limites de la province de Namur. Le procureur prit leur cause en main. Le 1er octobre suivant, il obtint du Conseil Provincial l’autorisation de mettre arrêt sur tous les biens, cens et rentes que le mayeur Devaux possédait dans cette province. Puis il se mit en devoir de réunir toutes les pièces et de dresser une carte figurative, à l’effet de prouver que les terres en litige étaient bien de la province de Namur. Le 8 mars 1760, il transmit ces documents, avec son avis, au Conseil provincial, lequel, par sentence du 10 octobre de cette année, proclama le droit des habitants d’Hemptinne et condamna Devaux à une amende de 50 écus.
L’affaire ne s’arrêta pas là.

Usant de représailles, le prince-évêque de Liège donna ordre, le 14 février 1761, de mettre arrêt sur les biens que le sieur de Smackers, seigneur de Hemptinne, pouvait avoir dans le pays de Liège. Le procureur général instruisit de cette mesure le Conseil provincial qui, par décret du 6 juin, cassa et annula le mandement du prince de Liège. Ce décret fut imprimé et affiché à Meeffe et à Seron.
On n’en tint nul compte. Les biens de la cense de Montigny sis en territoire liégeois furent saisis et les récoltes vendues par le nommé Bocart de Meeffe (56).
Le conseil Privé des Pays-Bas, informé du fait, chargea le procureur général, le 24 août, de saisir les biens et revenus possédés par les habitants de Meeffe et Seron sur le territoire namurois et d’en vendre les produites jusqu’à concurrence des dommages causés à de Smackers.
Ce qui fut mis à exécution. Comme la saisie des biens des gens de Meeffe et de Seron avait rapporté peu de chose, le procureur, se conformant à des ordres ultérieurs, mit arrêt sur les biens d’autres sujets liégeois et réalisa une somme de 4,956 florins : il put ainsi compter à J.B. Wéry, fermier de Montigny, et à Destrée, receveur du sieur de Smackers, la somme de 4,281 florins, à laquelle les experts évaluaient les pertes occasionnées par la saisie des récoltes ; le reste servit à payer les frais d’exploit, d’huissier et d’autres.

Cette contestation territoriale semblait être assoupie, lorsqu’un nouvel incident vint le réveiller en 1775.

Le 23 juin de cette année, Henri Guiot, jeune berger du mayeur J.J. Mottar, qui était fermier du seigneur de Smackers à Hemptinne, faisait paître 91 agneaux sur une campagne dépendante de la cense et contiguë à celle des trois bonniers, qui avait été en litige en 1760. Le berger, peu vigilant, s’était endormi. A son réveil, il s’aperçut que son troupeau prenait la direction de Seron sous la conduite du sergent de cette localité : les bêtes avaient profité du sommeil du gardien pour aller brouter sur une terre voisine, emblavée d’avoine et appartenant au comte de Hemricourt, seigneur de Seron. Nonobstant les réclamations de Guiot, le sergent conduisit les agneaux au château de Seron.

Le lendemain Mottar se rendit chez le seigneur, s’offrant, pour obtenir la restitution de ses bêtes, à payer l’amende et les dommages. Mais le seigneur le soumit à des conditions onéreuses, sous prétexte qu’il prenait la chose « comme foule (violation) faite au pays de Liège ». Le mayeur eut beau lui représenter que la terre, où les agneaux avaient été enlevés, était de la juridiction d’Hemptinne et du comté de Namur, le comte lui répondit qu’il ferait vendre les agneaux.
Immédiatement Mottar informa le procureur général de Namur des allégations du seigneur de Seron. Le procureur en avisa le Conseil Privé. Quand le comte de Hemricourt vit que la question prenait la tournure de la contestation territoriale survenue du temps de sa mère, en 1760, il relâcha le troupeau sans même exiger ni amende ni indemnité. Mais l’affaire était lancée et le conflit de juridiction, ressuscité à ce propos entre les deux Etats, n’était pas encore terminé à la fin de l’année 1777 (57) .

La source principale de ces discordes doit se chercher dans la rivalité qui existait entre le seigneur du ban de Meeffe et son opulent voisin, le sieur de Smackers, seigneur d’Hemptinne (58) , rivalité à laquelle s’associait un antipathie ouverte entre les sujets de l’un et de l’autre.
Dans cette disposition des esprits, le pâturage donnait facilement prise à des querelles, parce que les limites du ban de Meeffe étaient si peu distantes des habitations d’Hemptinne que, sans une surveillance spéciale, les bêtes de cette dernière localité étaient exposées à tout instant à franchir la frontière.

Cette antipathie avait été, un demi-siècle auparavant, scellée par le sang, et le souvenir du crime était encore vivant.

Le fait s’était passé le 26 octobre 1715. Un fermier d’Hemptinne, dont nous tairons le nom, en voulait à un nommé Philippe Delforge, de Meeffe ; celui-ci aurait dit, paraît-il, que ses grains de la campagne dite Pusse avaient été mangé par le bétail du fermier. Outré de ce propos, le censier alla le trouver dans un cabaret de Meeffe : les reproches, les démentis, les termes injurieux se croisèrent un instant, puis on en vint aux mains, on roula par terre ; le fermier se releva avec la tête en sang, tira de sa poche un pistolet et étendit Delforge raide mort à ses pieds (59) .
Le meurtrier, appréhendé par la justice d’Hemptinne, fut conduit à la prison de la conciergerie de Namur. Il fit jouer tous les ressorts pour obtenir rémission de son homicide, prétendant s’être trouvé en cas de légitime défense, parce que son adversaire l’aurait blessé à la tête avec une canette à hougaerde, et s’apprêtait ensuite à se servir de tenailles pour le frapper. Malgré l’avis défavorable émis, après l’audition des témoins, tant par les hautes cours de Meeffe et d’Hemptinne que par le procureur général de Namur, le Conseil provincial dut se conformer à une lettre du comte de Königsegg, ministre plénipotentiaire du roi d’Espagne en Belgique, auquel le coupable avait eu recours ; par décret du 16 septembre 1716, il prononça l’élargissement de l’accusé, le condamnant seulement à 100 florins d’amende au profit du seigneur d’Hemptinne, au bannissement du pays de Namur pour le terme de trois ans et aux frais du procès (60).
Naturellement cette sentence exaspéra les habitants de Meeffe et surtout leur fier seigneur.


(53) Document n° 12 (voir dans le livre).
(54) Document n° 14 (voir dans le livre).
(55) DDLR. A ce sujet voir Serge CHASSEUR, Le ban de Meeffe, pp.37 à 39.
(56) NDLR. :
Gilles BOCCAR était le greffier de la Haute Cour de justice de Meeffe.
La ferme de Montigny était propriété de Mr de Smackers et avait de nombreuses terres sises « aux Arsys » à Seron. Elles fut d’ailleurs appelée parfois ferme des Arsys.
(57) Ce qui précède est tiré de la Correspondance du Procureur général.
(58) De Smackers avait fourni, en 1742, à la cour féodale de Namur, la délimitation de sa seigneurie, en se conformant aux limites tracées dans des dénombrements anciens (Souverain Bailliage, Reg. 159). Le comte de Hemricourt prétendit que cette délimitation empiétait sur certaines terres de sa juridiction ; le 3 novembre 1753, sans en avertir le seigneur d’Hemptinne, il obligea tous ses sujets de Seron à déclarer devant le notaire Bocart que les limites du ban de Meeffe (comprenant Meeffe, Seron, Seressia et Forville) s’étendaient jusqu’au cimetière d’Hemptinne (Dossier du 18 avril 1777, dans la Correspondance du Procureur général).
(59) Correspondance du Procureur général du 18 novembre 1715.
(60) Sentences du Conseil provincial, aux Archives de l’Etat, à Namur.

Biens communaux

D’après une déclaration de 1766, Hemptinne ne possédait aucun bien communal, sauf :
1° Un terrain servant de place publique d’environ 1/2 bonnier que les bestiaux pâturent ;
2° Deux bonniers de mauvais terrain « rempli » de fosses et de pierres, également pâturés par les bestiaux ;
3° Environ 16 verges grandes de terrain, appelé le long tige, vendu par engagère en trois lots, devant les notaires Defays et Destrée, le 10 décembre 1764, en vertu de l’octroi du Conseil provincial du 31 octobre précédent.

Administration communale ; charges publiques

Les intérêts communs des habitants étaient traités en assemblée publique, à laquelle assistaient tous les chefs de famille. Les assemblées ordinaires, dites plaids généraux, se tenaient trois fois par an : aux Rois, vers Pâques et à la Saint-Remy d’octobre. Elles étaient présidées par le mayeur de la haute cour, entouré des échevins. Les convocations se faisaient à domicile par le sergent, et l’ouverture de la séance étaient annoncée par la cloche paroissiale.
Comme les biens communaux étaient nuls ou insignifiants, l’assemblée avait surtout à s’occuper des impositions et tailles. Elle nommait le collecteur, qui était chargé d’effectuer les recettes et les dépenses et de lui en rendre compte.

La communauté n’ayant pas de revenus propres, tous les frais communs doivent être supportés par les habitants.
Quand il s’agissait de l’entretien des chemins, on imposait des corvées. Du moins, le 12 août 1783, le mayeur Homblet déclare qu’avant son entrée en fonction, le 18 octobre 1778, on réparait les chemins à tour de rôle, c’est-à-dire qu’on y employait chaque jour la moitié des membres composant la communauté ; il a continué à suivre cet usage aussi bien pour la réparation des ponts et des aqueducs que pour l’entretien de la voirie.
Les charges les plus onéreuses étaient les tailles ou contributions imposées par les Etats ou, en temps de guerre, par les armées belligérantes. Ces impositions variaient suivant les années : en 1750, le village était cotisé à 711 florins, en 1753 à 640 florins, en 1762 à 750 florins. A cela, il fallait ajouter ce qui était dû à la cour pour l’assiette des tailles et la reddition des comptes, au procureur général, au bailli de Wasseiges, au sergent, au greffier et au collecteur. Le mayeur et les échevins, ayant reçu le billet qui les informait de la somme réclamée par les Etats aux habitants d’Hemptinne, faisaient « l’assiette de la taille », c’est-à-dire taxaient chacun suivant sa fortune, en prenant pour base la quantité de bonniers ou de verges qu’il détenait. Les habitants qui ne possédaient pas 20 bonniers étaient frappés d’une taxe supplémentaire, dite manation ou manandise, équivalent à celle qu’on exigeait du propriétaire de 4 bonniers. Les veuves ne payaient qu’une demi-manandise. En 1750, trente manandises sont comptées dans le rôle des tailles.

La répartition des tailles ne se faisait pas toujours au gré de tout le monde et donna lieu parfois à des scènes tapageuses. Nous en produirons un exemple.
Il s’agissait en 1761 de répartir les frais de nourriture et de charriage occasionnés par les troupes françaises qui avaient logé dans le village. La répartition fut faite par le mayeur, J.J. Mottar, et par le collecteur, F. Mathy. Quelques habitants réclamèrent contre cette répartition, exigeant qu’elle se fit par la cour, selon l’usage. La communauté fut convoquée, le 31 décembre, à midi et demi, dans la chambre échevinale, devant la haute cour composée de J.J. Mottar, mayeur, A. Françon, F.Mathy, L. Nandrin, échevins, et J.P. Defays, greffier. A cause de l’exiguïté de la salle, neuf ou dix chefs de famille seulement y entrèrent, les autres se tinrent dans une place contiguë. On fit comprendre à l’assemblée que, si la répartition se faisait par la justice, elle coûterait beaucoup plus ; la communauté se déclara satisfaite et se retira, à l’exception de quatre ou cinq, notamment de Jos.-Dieudonné Decoux, qui restèrent dans la chambre échevinale avec les membres de la cour. Il était vers une heure et demie. Comme cette salle était une dépendance d’un cabaret, on y fit apporter quelques bouteilles de hoegarde. On vérifia de nouveau la répartition réglée par le mayeur et le collecteur. Decoux fit observer qu’on y avait omis un charriage qu’il avait fait d’Hemptinne à Boneffe pour y aller chercher des rations destinées aux troupes françaises. Le mayeur soutint que Decoux n’avait pas fait ce voiturage, qu’il avait bien été à mi-chemi,n, mais qu’il était rentré à vide. Il s’ensuivit une discussion ; des gros mots on en vint aux voies de faits, et nos deux adversaires s’empoignèrent et roulèrent sur le pavé, renversèrent les bouteilles de hoegarde placées près du foyer. Après cette scène, on vida encore quelques verres, et Decoux, rappelé par son domestique, retourna chez lui.
De fréquentes réclamation s’élevaient contre le mode de répartition, qui n’atteignait pas certaines catégories de personnes aisées, tels que les commerçants en grains.
Le Conseil provincial, par décret du 10 juillet 1767, porta un règlement pour une plus juste répartition des charges publiques à Hemptinne. Il ordonna que le trafic fut « imposé à telle quote qu’en justice et équité ceux de la loy trouveront convenir ». Il en exclut les manouvriers, les scieurs et autres gagnant leur vie par journée, et il statue que les blatiers seront imposés, à titre de commerce, à une demi-charrue pour quatre chevaux, à une charrue pour cinq chevaux, employés pour leur commerce (61). Une charrue représentait alors environ 12 bonniers.


(61) Registre aux décrets du Conseil provincial, 1765-1777.

CHAPITRE VI

LA PAROISSE

Historique

Avant l’érection de l’évêché de Namur, la paroisse d’Hemptinne ressortissait à l’évêché de Liège et était comprise dans le doyenné d’Hanret, archidiaconé du Condroz. Son église, dédiée à saint Georges, martyr, dont la fête se célèbre le 23 avril, avait rang d’église médiane, en sorte que c’était l’archidiacre, et non le doyen, qui en faisait la visite canonique et qui instituait le curé, présenté par le patron ou collateur de la cure.
La bulle Ex injuncto du 12 mars 1560 attacha Hemptinne au diocèse de Namur nouvellement crée. Toutefois l’évêque de Liège continua à exercer provisoirement sa juridiction sue les paroisses distraites de son diocèse, en attendant que le premier évêque de Namur, Mgr Havet, consacré seulement le 14 juin 1562, eût organisé la direction des paroisses soumises à sa crosse. C’est pourquoi, c’est encore l’archidiacre liégeois du Condroz qui, le 9 décembre 1563, délivre les lettres d’institution au nouveau curé d’Hemptinne.
La paroisse d’Hemptinne demeura comprise dans le doyenné d’Hanret, incorporé presque intégralement au diocèse de Namur.
A la suite du Concordat de 1801, le diocèse de Namur fut limité au département de Sambre-et-Meuse, en sorte qu’Hemptinne, qui faisait partie du département de l’Ourthe, repassa au diocèse de Liège. Un décret impérial du 28 août 1808 l’annexa à la succursale de Meeffe. Le village ne comptait guère que 350 habitants ; le presbytère avait été vendu à la Révolution.
L’église auxiliaire d’Hemptinne fut érigée en succursale par arrêté royal du 20 août 1838. La population s’élevait alors à 560 habitants, et la commune venait de faire l’acquisition d’un presbytère.
Un décret du pape Grégoire XVI du 18 mai 1842 replaça sous la juridiction de l’évêque de Namur les localités de la province de Namur qui ressortissaient au diocèse de Liège. Ce décret fut mis à exécution le 15 janvier 1843 et la paroisse d’Hemptinne fut réunie au doyenné de Leuze avec celles de Forville, Hingeon, Franc-Waret, Pontillas et Bierwart.

Dîmes

Au commencement du XIIIe siècle, nous trouvons une notable partie de la dîme de Boneffe et d’Hemptinne entre les mains de plusieurs membres de la famille seigneuriale de Boneffe. Ceux-ci ne tardèrent pas à se dépouiller successivement de leur part respective en faveur des religieuses cisterciennes d’Aywières. Leur prédilection pour cette communauté naissante s’explique par le fait que Mathilde, sœur du chevalier Godefroid de Boneffe, y avait pris l’habit religieux.
C’est d’abord ce chevalier Godefroid qui, de concert avec son frère Anselme et sa sœur Mathilde et avec l’assentiment de Hugues de Pierrepont, évêque de Liège (1200-1229), abandonne aux dames d’Aywières la dîme qu’ils ont à Boneffe et à Hemptinne (62) . Son exemple est imité, en novembre 1208, par Gossuin de Héripont, avec l’autorisation de Philippe, marquis de Namur, son suzerain (63) ; en mai 1224, par Mabille, veuve d’Anselme de Bolinnes, et ses cinq fils (64) , et par Gilles, chevalier de Branchon, aussi avec l’agréation du marquis de Namur (65) ; finalement, par Eustache, chevalier de Haneffe et d’Abée (66).
Craignant d’être inquiétées plus tard dans la possession de cette dîme, les religieuses sollicitèrent et obtinrent de l’évêque de Liège, Jean d’Enghien, le 7 mats 1235, des lettres de confirmation, énumérant dans leur ordre chronologique ces différentes acquisitions (67). En outre, elles voulurent s’assurer le désistement en due forme des héritiers des principaux donateurs. En conséquence, à la date du 2 septembre 1246, Francon, Gossuin et Hellin, fils de Godefroid, chevalier de Boneffe, encore en vie, déclarèrent, en présence de l’évêque Robert de Thourotte, alors à Huy, qu’ils ratifiaient la libéralité de leur père (68). Ils firent ensuite la même déclaration, le 17 septembre, à Boneffe, devant le mayeur d’Aywières et celui du chevalier Gossuin, puis devant la cour du comte de Namur à Wasseiges. Cette dernière déclaration, actée au mois d’octobre de cette année, fut munie du sceau du doyen d’Hanret (69) . Enfin, au mois de mars 1266, Jean, sire de Héripont, agissant tant en son nom qu’au nom de ses frères et sœurs, renonça à toute prétention à la dîme cédée aux religieuses par Gossuin, leur père (70).
Ces libéralités ne mettaient pas les dames d’Aywières en possession de toute la dîme d’Hemptinne. L’abbaye de Saint-Laurent, de Liège, en percevait un seizième ; le chapitre de Saint-Aubain, à Namur, un trente-cinquième ou trente-sixième ; le monastère de Grandpré, un peu moins ; le chapitre de Saint-Barthélemy, de liège, une portion qui n’est pas évaluée, parce que, vraisemblablement, elle n’était pas indivise, mais se levait sur les terres qui relevaient de sa cour foncière.
Cette multiplicité de co-partageants engendrait des difficultés, surtout lorsqu’il s’agissait de régler la quote-part de chacun dans les charges qui grevaient la grosse dîme. Pour mettre fin à ces complications, les dames réussirent à réunir entre leurs mains la totalité de la dîme. Le 23 mai 1307, elles obtinrent la part de l’abbaye de Grandpré, moyennant une rente annuelle de 7 muids d’épeautre à conduire à leurs frais dans la grange des religieux à Jettefooz (Champion) (71) . Le 14 juin 1326, le chapitre de Saint-Aubain leur céda sa part dans la grosse et menue dîme au prix de 5 muids d’épeautre de rente annuelle à transporter à leurs frais « dedans les quatre portes delle ville de Namur », dans le grenier qui leur sera indiqué (72). Le 4 octobre 1342, l’acquisition des biens du chapitre de Saint-Barthélemy à Hemptinne les mit en possession de sa part des dîmes (73). Enfin, le 10 juillet 1344, elles obtinrent celles des moines de Saint-Laurent pour 10 muids d’épeautre de rente, et comme elles étaient en contestation avec eux au sujet de la dîme d’un bonnier de terre appartenant aux enfants de feu Eustache, chevalier de Hemptinne, et située au lieu dit Deseur les Caves, entre Hemptinne et Meeffe, il fut convenu qu’elle serait partagée également entre les deux maisons. Dans toutes ces transactions, il fut stipulé que les religieuses assumaient toutes les charges qui incombent au décimateur, même les charges extraordinaires, telles que les exactions militaires ou seigneuriales (74) .
Quelles étaient les obligations auxquelles étaient astreintes les dames d’Aywières en qualité de décimatrices de la paroisse d’Hemptinne ? Nous les trouvons spécifiées dans les records ecclésiastiques du doyenné d’Hanret, c’est-à-dire dans les déclarations officielles émanées de conciles de la chrétienté d’Hanret ou réunions des curés du décanat, à l’effet de constater l’existence du droit coutumier non-écrit et des usages locaux ayant obtenu force de loi. Le plus ancien record du doyenné d’Hanret dont il soit fait mention est de 1407 ; mais son texte ne nous est pas parvenu. Il nous reste celui du 20 avril 1547, renouvelé le 29 avril 1566 (75). Il y est stipulé que le gros décimateur est tenu :

1° A la fourniture de tout ce qui est nécessaire au saint sacrifice, tels que les ornements sacrés, les linges, les vases sacrés, les livres liturgiques, etc. ;
2° A la construction et à l’entretien de la nef et du chœur depuis le fondement jusqu’au faîte, aux verrières, aux portes de la nef et du chœur, aux fonts baptismaux ;
3° A la cloche, à sa corde, au clocher jusqu’à neuf pieds au-dessus du faîte de la nef, le reste avec la flèche étant à charge des paroissiens.
Le’ gros décimateur doit, en outre pourvoir à un clerc ou marguillier et à une salle d’école, payer l’obsonium et le cathedraticum, taxe à acquitter chaque année au siège du décanat et qui est due à l’évêque pour ses visites pastorales et à titre d’hommage, enfin nourrir le taureau et le verrat de la commune.

(62) Document n°1 ; mention dans le n°7 (voir dans le livre).
(63) Document n°2 (voir dans le livre).
(64) Document n°4 (voir dans le livre).
(65) Document n°5 (voir dans le livre).
(66) Mention dans le document n°7 (voir dans le livre).
(67) Document n°7 (voir dans le livre).
(68) Document n°9 (voir dans le livre).
(69) Document n°10 (voir dans le livre).
(70) Document n°11 (voir dans le livre).
(71) Document n°13 (voir dans le livre).
(72) Document n°15 (voir dans le livre).
(73) Document n°16 (voir dans le livre).
(74) Document n°17 (voir dans le livre).
(75) Analectes, t.IV, pp.180, 183.
Patronage de le cure

A l’origine, le droit de patronage, c’est-à-dire le droit de nommer ou de présenter le curé, et le droit de percevoir la dîme sur le territoire de la paroisse d’Hemptinne, étaient exercées par la même personne, vraisemblablement par le seigneur de Boneffe. Mais lorsque la dîme fut fractionnée, le droit de collation fut revendiqué par plusieurs, ce qui occasionna des conflits. Ainsi, en 1244, la cure étant devenue vacante, un prêtre, nommé Georges, se fit conférer par l’abbesse d’Aywières, les enfants de Gossuin de Héripont et le chapitre de Saint-Barthélemy, tandis qu’un autre prêtre du nom de Godefroid en obtenait la collation de Godefroid de Soye et de son fils Gossuin, ainsi que de l’abbé de Saint-Laurent. Gérard de Pesches, archidiacre du Condroz, embarrassé en présence de cette compétition, soumit l’affaire à une enquête canonique ; finalement, le 7 janvier 1245, il admit Georges au pastorat, sans vouloir toutefois trancher définitivement la question de la propriété du droit de patronage (76).
Au XVIe siècle, nous trouvons ce droit exercé exclusivement par le seigneur de Boneffe, non sans protestation de l’abbesse d’Aywières qui prétendait y avoir une part. Finalement, par acte du 15 novembre 1566, l’abbesse Marguerite de Marbais renonça en faveur d’Erard et Jacques de Wihogne, seigneurs de Boneffe et de Villeroux, à tout droit et action qui pourrait lui compéter dans le patronage de la cure.
Le monastère de Boneffe ayant acquis la seigneurie de Boneffe en 1724, c’est l’abbé de Boneffe qui, à partir de cette époque, fut collateur de la cure d’Hemptinne ; il y nomma des religieux de sa maison.

(76) Document n°8 (voir dans le livre).
Curés

Voici les noms des curé d’Hemptinne que nous avons pu découvrir au cours des différentes recherches :
1. Georges, admis par l’archidiacre, le 7 janvier 1245.
2. Henry, qui fit accord avec les dames d’Aywières au sujet de sa part dans les dîmes, le 31 mars 1326.
3. Messire Kinar, le prêtre d’Hemptinne, mentionné dans un document du 28 novembre 1385.
4. Messire Henri Grignart, vesti (curé) de l’église d’Hemptinne, conclut avec les dames d’Aywières un nouvel accord concernant les dîmes, le 16 mai 1402 (alias 1412).
5. Messire Ottart déclare, dans une enquête du 19 avril 1565, avoir autrefois administré la paroisse pendant seize ans en qualité de vice-curé.
6. Jean de Rivo ou Durieux, mort en 1563. Il avait fondé dans l’église d’Hemptinne un « anniversaire avec les vigiles tout au long, deux messes le jour de son anniversaire, le 7 décembre, ou bien à la place des deux messes basses dire ou faire dire par le curé douze fois les sept psaumes de David ». Cet anniversaire se chante encore aujourd’hui, mais seulement avec les laudes.
7. Gilles Le Genty, présenté par Erard de Wihogne, seigneur de Boneffe, institué par l’archidiacre du Condroz, le 9 décembre 1563.
8. Jean de Latines, nommé en 1566 avant le 30 mars par Erard et Jacques de Wihogne, seigneurs de Boneffe.
9. Jean Grimon, mentionné comme curé d’Hemptinne, entre Jean de Latines et Gérard Hellin dans le sommier de Herman Collart.
10. Gérard Hellin, nommé le 25 septembre 1571.
11. Otto de Burdinne, présenta à l’évêché de Namur des lettre de collation datées du 22 janvier et du 6 février 1534. Il ne paraît pas avoir pris possession de la cure ou du moins son ministère fut de très courte durée.
12. Cyrus ou Cyr Hellin, pourvu de la cure en 1584 ; du moins il affirme en 1614 qu’il régit la paroisse depuis 30 ans.
13. Jean Lefier gouvernait la paroisse en 1639. Accablé par l’âge et les infirmités, il résigna la cure en faveur du suivant par acte passé par-devant le notaire Lakame, le 17 août 1665, et approuvé par l’évêque de Namur. La pierre tombale ferme aujourd’hui l’orifice d’un puits ; l’inscription en est effacée en grande partie ; nous n’avons pu lire que : 14. Herman Collart, bénéficier de Sainte-Catherine depuis 1653, fut pourvu de la cure le 17 août 1665 par résignation du précédent. Il fut nommé curé à Scy vers le commencement de 1677.
15. Jean-François Lemaître, nommé le 25 janvier 1677.
16. Gilles-François Charton, nommé le 20 octobre 1684.
17. Jean-François Bades, bachelier en théologie de l’université de Louvain, fut nommé curé en 1714. Dans une note, il dit : « Noté que mon prédécesseur n’at annoté aucune page à aucun registre et texte pendant 31 ans qu’il a été pasteur : les guerres et armées en ont été la cause ». Une enquête du 21 avril 1728 n’est pas aussi aimable pour lui : il y est taxé de pure négligence, vu qu’il n’a annoté ni baptême, ni mort, ni mariage, malgré un journal de terre dont il profite à ce titre. Il mourut le 12 mai 1764 et fut enterré près du degré du chœur par N. Mallue, curé d’Harlue et doyen d’Hanret. Sa tombe transférée dans le cimetière, porte l’inscription : 18. Dom Pierre Michaux, natif de Charleroi, bachelier en théologie, religieux de Boneffe, promu à la cure par son abbé, le 25 mai 1764, y installé le 23 juin par Nicolas Mallue, curé d’Harlue et doyen d’Hanret, en présence de dom François Gibert, abbé de Boneffe, et de dom François Charlier, religieux de même monastère. Il fut élu, le 13 mai 1769, coadjuteur de l’abbé Gibert avec droit de succession et investi de cette charge le 26 juin, après la ratification de l’empereur datée du 12 juin. Il mourut le 25 mai 1776.
19. Dom Augustin Jacquet, de Charleroi, religieux de Boneffe, nommé à la cure d’Hemptinne le 17 janvier 1770, installé le 23 juin par maître Dormal, duré de Taviers et doyen d’Hanret, en présence de dom Alexandre Soupart, prieur de Boneffe, et de J.-F. Michaux, avocat au conseil de Namur. Il mourut le 5 décembre 1807. Hemptinne ayant recouvré son titre de paroisse en 1838, la série des curés se continue à partir de 1839.
20. Jean-Quirin Jacob, né à Malmedy le 2 septembre 1783, ordonné prêtre en 1825, vicaire à Lierneux en 1826, vicaire à Nonceveux en 1830, curé à Stoumont en 1832, fut promu à la cure d’Hemptinne en 1839. En 1871, il se retira à Bruxelles. Il mourut à Schaerbeek le 26 janvier 1877 et reçut sa sépulture à Hemptinne le 30 janvier. Sa tombe porte : 23. Antoine Dupont, né à Burdinne, curé à Hemptinne, y décéda le 13 octobre 1875, à l’âge de 63 ans, comme porte l’inscription de sa tombe
24. Hubert-Adolphe Guilmin, né à Denée le 20 juillet 1842, ordonné prêtre le 22 décembre 1866, vicaire à Villers-lez-Heest le 1er janvier 1864, curé à Hemptinne le 13 décembre 1875.

Biens et revenus de la cure

Le procès-verbal de la visite de 1662 déclare que la compétence du curé consiste en 9 bonniers de terre, 5 muids d’épeautre et la menue dîme.
D’après la déclaration faite en 1787 par le curé Jacquet, en conformité d’un édit impérial, le curé d’Hemptinne possédait en bien fonds des terres et prairies d’une contenance totale de 13 bonniers 2 journaux et 2 verges. Les terres étaient situées : au fond des Bourses ; aux marlières d’Hanret ; vers les tombes de Seron, pays de Liège ; dans la campagne du Puits, pays de Liège ; au lieu dit le Wayaux à Hemptinne ; vers Branchon assez près du tige Saint-Hubert, pièce chargée de 2 18/2 stiers d’épeautre de rente à l’église ; à Redent à la campagnette près du château de Montigny, terre chargée de trois anniversaires ; dans la campagne des marlières, pièce dont une partie avait été donnée au curé en 1470 par le mambour et les paroissiens pour tenir les registres de l’église et des pauvres, et l’autre partie est chargée d’un anniversaire ; dans la campagne du moulin à vent sur le chemin de Hemptinne à Boneffe ; un enclos labouré appelé le pré à l’Epine ; un petit enclos joignant le précédent ; une terre labourée, joignant la pièce précédente, nommée le pré Saint-Georges, transportée en accense héritable au curé d’Hemptinne l’an 1692 ; un journal de pré légaté par Jean Marotte de Montigny, seigneur d’Hemptinne, pour la célébration de son anniversaire aux vigiles, et de celui de son fils, aussi avec vigiles ; le jardin du curé, contenant 2 journaux, dans lequel se trouve un petit étang, légaté par Herman Collart, jadis curé d’Hemptinne, avec obligation de chanter son anniversaire et deux autres pour ses parents et amis. Le terrain sur lequel est bâtie la maison pastorale a été légatée par messire Guillaume de Huccorgne, à condition que le curé soit tenu de chanter son anniversaire et de célébrer une messe par mois.
Le curé percevait la grosse dîme de 18 bonniers sur le territoire d’Hanret, de 8 bonniers sur Boneffe et Taviers, de 21 bonniers à Hemptinne hors du décimage des dames d’Aywières.
Le gros décimateur devait fournir une « compétence » au curé, c’est-à-dire lui faire un traitement sur une part des dîmes. L’usage le plus communément suivi assignait au curé un tiers de la dîme tant grosse que menue. Il en fut autrement à Hemptinne. A la vérité, le curé Henry voulut obliger les dames d’Aywières, décimatrices, à régler sa compétence suivant cet usage : il dut se contenter d’une transaction, le 31 mars 1326, qui lui accordait les menues dîmes de la paroisse, à l’exception de celles de la cense des dames à Hemptinne. Cet accord fut renouvelé le 16 mars 1412, sauf que les dames ajoutèrent à la compétence du curé les menues dîmes qu’elles possédaient à Bonisoul et une rente de 5 muids de blé payable à la Saint-André. Cette augmentation ne donna pas sans doute satisfaction complète aux curés du XVIe siècle : une sentence du doyen de Saint-Pierre de Louvain, en date du 27 juin 1547, confirmant deux sentences rendues par le commis de l’Official de Liège d’abord, puis par l’Official lui-même, déclare non fondée la prétention du pasteur d’Hemptinne aux menues dîmes de la cense des dames d’Aywières et, en 1582, le curé par requête présentée à l’évêque de Namur réclame de l’abbesse pour sa compétence 18 muids d’épeautre par an. En 1615, le curé Cyrus Hellin s’adresse au Conseil provincial de Namur pour obtenir payement de cinq muids de blé, un muid d’épeautre, un muid d’orge et un écu vieux, que les dames d’Aywières refusent de lui délivrer, bien qu’il ait joui de cette rente depuis son entrée à la cure. Le Conseil provincial, faisant droit à sa requête, lui accorde des lettres de maintenue. Au siècle suivant, les contestations des curés avec les dames d’Aywières portent sur plusieurs articles. Finalement, une transaction, dont voici textuellement les dispositions, vint les mettre d’accord :
« Cejourd’hui, treize septembre 1770, pardevant moy notaire soussigné (Franeaux) admis par Sa Majesté en son Conseil provincial de Namur et en présence des témoins en bas dénommés, comparurent personnellement Dame Eléonore Darveng Rde abbesse d’Aywiers, accompagnée de Dame Célestine Duverberg, sa boursière, et de Dom Daniel Wauthier, son commissionné, d’une parte, Dom Pierre Michaux, abbé de Boneffe, accompagné de Dom Augustin Jacquet, curé moderne dudit lieu, d’autre parte.
Lesquels, afin de prévenir toutes les difficultés et procès qui pourroient s’émouvoir entre eux et anéantir ceux déjà agités, tant au Conseil provincial de Namur qu’au Grand Conseil de Malines, nous ont dit et déclarés d’avoir transigé en la forme et manière suivante :
Il y a premièrement procès ventillant au sujet de l’évaluation des revenus de la cure d’Hemptinne.
Un autre touchant les étableries, remise de bois et pour parfaire la maison pastorale dudit lieu.
Un troisième commençant pardevant Monseigneur le Révérendissime Evêque de Namur au sujet de la taxe de compétence d’un curé du même lieu.
Un quatrième au sujet de la dîme des favettes et autres menues dîmes en campagne.
Ils déclarent que tous ces procès viendront à cesser, parmi payant chacun leurs frais, sauf que les fraix de Namur touchant ce dernier devront être supportés par ledit curé d’Hemptinnes au taux de la cour.
Et sont aussi convenus que la susdite Dame Abbesse et son couvent devra payer annuellement, à la nouvelle année, à un curé d’ Hemptinnes la somme de cinquante florins pour supplément de compétence, moyennant quoy le dit sieur curé et ses successeurs seront tenus d’entretenir comme bon père de famille la maison et autres bâtiments de la cure… ».
Dans la déclaration de 1787, il est dit que le curé reçoit des décimatrices 5 muids de seigle et un muid d’épeautre, 4 florins au lieu de la menue dîme de leur cense, et en outre 50 florins pour entretenir la maison pastorale conformément à la transaction de 1770.
Outre les menues dîmes d’Hemptinne, le curé jouissait des menues dîmes de la cense de Michel Bacquelaine à Hanret, de la dîme des foins dans un pré à Harlue et dans un pré de l’abbaye de Boneffe à Taviers.
Il recevait, à titre de fondations pieuses, des rentes en épeautre et en argent en différents endroits : à Acosse, à Boneffe, à Burdinne, à Hanret, à Hemptinne, à Seron, à Wasseiges.
Son droit d’école était évalué, année commune, à 21 florins ; comme offrande, il recevait de chaque famille, les veuves ne payant que la moitié, 14 œufs à Pâques, et les quatre pains de jamaux, savoir deux à la Noël, un à Pâques et un à la Pentecôte.
En déduisant les charges, les émoluments du curé étaient évalués, en 1787, à 566 florins.

Eglise, mobilier, cloches

Nous avons détaillé plus haut les obligations du décimateur en ce qui concerne l’église, son mobilier, la cloche décimale, etc.
Les dames d’Aywières furent-elles fidèles à remplir leurs obligations ?
Dans une lettre, datée du 28 janvier 1636, Liévin Bourgeois, curé de Saint-Germain et doyen du concile d’Hanret, atteste que, durant 32 ans, il a vu observer ponctuellement dans son district le record de 1566. Il déclare notamment que, depuis peu d’années, le monastère d’Aywières a reconstruit la tour de l’église d’Hemptinne, et se conforme au record sur tous les autres points (77) .
Le visiteur épiscopal, le 16 septembre 1662, constate que l’église et son contenu sont en bon état, sauf que le clocher est découvert. Il est ordonné que le clocher soit réparé avant la Noël par qui de droit.
En 1725, nous trouvons les dames d’Aywières en procès devant le conseil de Namur avec maître J.-F. Bades, curé, et Lambert Nandrin, mambour de l’église d’Hemptinne, au sujet des réparations de l’église et de la fourniture des ornements et autres objets nécessaires au culte. Les dames prétendaient n’y être tenues qu’à défaut des revenus de la fabrique ; le curé et le mambour, au contraire, invoquaient les anciens records du district d’Hanret, qui établissaient sans restriction les charges du décimateur.
Condamnées par sentence du 11 octobre 1726, les dames en appelèrent au Grand Conseil de Malines qui mit une lenteur désespérante à décider cette affaire. Dans le cours du procès, le curé produisit une pièce curieuse, qui nous fait connaître l’état de l’église d’Hemptinne à cette époque. Nous la transcrivons textuellement.
« Visitation faite à l’église de Hemptinne et la déclaration de ce qui s’y trouve fait par les abbesses d’Aiwières le 19 juin 1731.
« Cejourd’hui, le 19 de juin 1731, le soussigné notaire admis au Conseil provincial de Namur, certifie et déclare à la réquisition du Rd curé et mambour de l’église de Hemptinne, qu’ayant visité laditte église le jour susdit, assisté de Joseph Fosséprez, Rd curé de Tillier, et du sieur Théodoricq Mattot, Rd curé de Cortil, comme témoins soussignés, d’avoir trouvé dans la naive un plaffond dessous un grenier, lequel plafond a estés fait des petites planchettes à l’antique et que je trouve fort délabré.
Item avoir trouvez dans la façade de la muraille, entre le chœur et la naive, les armes taillées en pierre d’une abbesse d’Aiwières et dont l’inscription est tel : Rde Soeure Jenne Boulart abbaise d’Aywiers. A° 1673,et les dittes armes sont séparées en quatre par deux lignes ; l’une descendant de haut embas et l’autre au travers de la même ligne, avecq la crosse d’abbesse au-dessus ; et dans des quadris d’icelles opposés, de haut embas, il y a la teste d’un bœuf, et dans les deux autres il y a un pellican avec trois poussins tendant le becq vers le corps dudit pellican.
Item avoir trouvé dans laditte naive près de la thour un jubé de menuiserie et de sculpture avec des pillés tournez.
Item avoir trouvé qu’au grand autel il y a deux tabernacles, savoir un de pierre à l’antique avec des treillis de cuivre fort spacieux, au-dessous duquel il y a un autre tabernacle (de bois peint) à la moderne.
Item avoir trouvé entre les ornements de laditte église une chasuble, avec le fond rouge et des fleurs bleues brodées de blans, sur laquelle se trouve une crosse abbatiale faite à l’aiguille environnée des lettres J F B.
Item avoir trouvé dans laditte église deux chapelles collatérales et fort spacieuses couvertes d’ardoises avecq des grandes fenêtres de pierre de taille.
Item venant à l’extérieur de laditte église avoir trouvé un parvis spacieux, dans lequel il y a quattre somiers soutenant la voûte faite de briquettes au-dessus duquel il y a une écolle et au-dessus d’icelle écolle un planchez avec la montée y servante ; tout lequel édifice est aussi couvert d’ardoises, garni de quatre fenêtres bâtardes, dont il y en a trois munies de pierres de taille et une de bois ; le tout munis de barreaux de fer et le même édifice de plusieurs ancres de fer.
Le portal dudit parvis estant fort grand et de pierres de taille, de même que les angles, munys de porte et serrure.
Item avoir trouvé sur le toit du chœur la date de 1673 faites avec ardoises blanchâtres.
Item le cimetière quoique fort spacieux est enfermé d’une muraille de briques fort élevées avec quattre trôpières aux quattre coings, dans lesquelles il y a des barbaquènes de pierre de tailles, pour se mettre en deffense en temps de guerre. L‘entrée du cimetière est garni d’un portal de pierres de tailles, avecq deux ailes avançantes vers la porte de l’église, dans lesquels il se trouve encore plusieurs pierres, dont il paraît qu’il y en at quelques unes emportées qui faisoient la couverture des dittes écoles.
Quant à la flèche de la thour, elle se trouve d’une hauteur fort élevée de trente cinq pieds ou environ ascendentem altitudinem navis.
Ainsi fait, visités et déclarés en ma qualité susditte, le jour, mois et an que dessus, en présence des témoins susnommés qui ont icy apposés leurs signatures.
(s.) J.Fosseprz, curé de Tillier, témoin.
(s.) T. Mathot, curé de Cortil.
(s.) J. Chaltin, not. 1731.

Le Conseil de Malines clôtura enfin les débats par une sentence du 14 octobre 1735, ordonnant aux parties de comparaître devant les conseillers commis pour terminer le différend par une transaction, si faire se pouvait. La transaction conclue le 25 novembre suivant porte en substance que les décimatrices se conformeront en tous points aux charges spécifiées dans les records de 1407 et de 1568, et qu’en outre elles payeront annuellement à l’église la somme de 20 florins, dont 10 florins et 10 sols seront laissés au curé pour la fourniture du pain et du vin. « parmy quoy les besoins, nécessités et entretiens ultérieurs de laditte église seront à charge privativement de la fabrique, sans que les appellantes, au deffaut d’icelle, puissent estre recherchées ; qui aussy de leur côté ne pourroient prétendre de s’ingérer dans l’administration du revenu de laditte fabrique, sous quelque prétexte que ce puisse estre (78) ».
Dom Jacquet, après avoir transcrit cet accord dans son registre, ajoute :
« Noté qu’après tout accord fait, et rentrés en amitié avec la décimatrice, on luy fit mention d’abord qu’il étoit nécessaire de rebâtir l’église paroissiale : elle priat de patienter quelque temps, à cause qu’elle étoit surchargée à faire rebâtie continuellement de part et d’autre des églises et maisons pastorales. C’est ce qu’elle a cependant fait sans procès, mais elle fut pressée par le seigneur et la menaça de l’attaquer, si elle ne vouloit pas se résoudre, étant très nécessaire. L’église fut rebâtie l’an 1776 et achevée la même année, dont j’en ay mis la première pierre le 9 avril. M. Gérard entrepreneur à Namur en fut l’exécuteur.
Il est encore à noter qu’il y avoit deux chapelles à la vielles église que les bénéficiers devoient entretenir et cela fut la cause que nous n’avons pas eu notre église l’année précédente ». Leur démolition fut décidée de commun accord.
A la façade le l’église, à droite de la porte d’entrée, est incrustée une pierre sculptée, portant la date de 1671 et représentant le Christ aux pieds duquel un cadavre est étendu. En dessous se lit l’inscription suivante en bouts rimés :

ARRETEZ DEVANT DENTRER DANS MA STE MAISON
MEDITEZ UN MOMENT LA DOULEUR DE MA PASSION
ET VOICI QUE POUR VOUS DONNER LA VIEE
J’AY VAINCU LA MORT, LE DEMON ET SON ENVIEE

Dom Jacquet mit beaucoup de zèle à garnir l’église du mobilier nécessaire. En 1778, il y plaça vingt bancs payés par la fabrique ; quatre autres furent payés par les censiers Philippart, Wéry de Montigny, Bacquelaine et J.-F. Goetsels. Le 16 octobre 1779, on plaça le maître-autel et la table de communion, exécutés par Lempereur, maître menuisier à Nivelles, aux frais des dames d’Aywières ; la fabrique supporta les deux petits autels, l’armoire de la sacristie et le jubé. Le mobilier est en chêne, simple et sans cachet artistique ; le banc de communion est une bonne œuvre de sculpture.
Le 12 octobre 1779, on installa au clocher la vielle horloge de l’abbaye de Boneffe, restaurée par le sieur Dieudonné Vierset. Dom Jacquet l’avait obtenue de ses confrères le 31 juillet 1776 ; elle resta beaucoup à la façon, à cause de la négligence de l’ouvrier. Avant de la placer au clocher, il crut devoir par déférence en demander la permission à l’abbesse d’Aywières : il en essuya un refus. Grâce à l’intervention de M. de Smaekers, seigneur d’Hemptinne, l’autorisation fut accordée, à la condition que les dames d’Aywières n’auraient aucune charge à supporter, ni pour l’entretien de l’horloge, ni pour les dégradations qu’elle pourrait causer, soit à la tour, soit à la cloche décimale.
Ont échappé au vandalisme révolutionnaire l’ostensoir, le ciboire et un calice en argent massif. Les autres vases sacrés et tous les ornements sont modernes.
La cloche décimale survécut aussi à la Révolution. Elle portait pour inscription : J’AY ETE FAITE PAR ORDRE DE MADAME ELEONORE DE HARVENG, ABBESSE D’AYWIERES, DAME FONCIERE ET DECIMATRICE A HEMPTINE. NICOLA BINAME M’A FAITE EN 1764. Fêlée en 1901, elle fut refondue la même année par Causard de Tellin et dédiée à Saint-Georges, patron de l’église. Deux autres cloches plus grosses ont été données en 1853 par M. Ferdinand Lemaire, ancien notaire d’Eghezée et fermier à Hemptinne ; elles sortent des usines de M. le baron de Rosée, à Moulins.

(77) Analectes, t. IV, pp.187, 190.
(78) Analectes, t. XVII, pp.443-447.

Cimetière

Le cimetière entoure l’église depuis un temps immémorial. Le rapport de 1731 déjà cité déclare que le cimetière était flanqué, aux quatre coins, de quatre tourelles munies de barbacanes ou meurtrières pour se mettre en défense en cas de guerre. L’entrée était « garnie d’un portail en pierres de taille ». On voit encore les fondements de ce portail ; quant aux tourelles, elles ont complètement disparu. La commune a réparé les murailles il y peu d’années.
En 1882, grâce à la munificence de M. Clément Dupont-Gilson, de Beez, alors propriétaire de la ferme des dames d’Aywières, la fabrique renouvela complètement le pavement de l’église. On transféra alors au cimetière les quelques pierres tombales qui s’usaient sous les pieds des fidèles.
1° Il y a d’abord le fragment de la tombe en pierre bleue, artistement sculptée, d’Eustache de Hemptinne, représenté en chevalier, et d’Héluide, son épouse, avec écussons aux armes de Hemptinne et de Juppleu. De l’inscription courant sur les bords, il reste :
…LAN . DE . GRASE . M . CCC . XXXVI . LA . NUIT . SAINT . PIERRE . EN . FEVRIER . PRIEZ . POUR . LVI . +CHI . GIST . MADAME . HELVY . SA . FEME . IADIS . FILHE . ALISSANDRE . DE . IANDRAIN . KI …
Cette tombe déjà mutilée au XVIIIe siècle, était située vis-à-vis de l’autel Saint-Georges, au côté droit.
L’anniversaire de messire Ystasse, chevalier, et de madame Elise (Heluide), son épouse, se chantait le 4 août. La rente affectée à cette fondation était assignée sur la cense de Hemptinne, venant des Berloz. 3° Pierre fort fruste. Nous n’avons pu déchiffrer que les lettres suivantes :
CHY GIST HONORABLE … JACQUE LE GROS E-
SC ….. MS
…. ET DEMOIS(ELLE MARIE GAIFFIER)
…SA COMPAGNE
PRIEZ DIEU (POUR LEURS) AMES
Aux quatre coins, les quartiers : LE GROS, LODOUET (fruste), GAIFFIER (fruste), HAUTPENNE.
Jacques le Gros, homme d’armes de la compagnie du comte de RASSENGHIEN, avait acquis, le 27 novembre 1595, la seigneurie foncière de Ville-en-Waret ; il ne vivait plus le 26 janvier 1604. C’est donc entre ces deux dates qu’il faut placer son décès. Il eut pour femme Marie Gaiffier, fille de Guillaume Gaiffier et de Marie de Haultepenne.
4°Une pierre toute simple avec l’inscription 5° Pierre toute simple, avec l’épitaphe : 6° Une vieille pierre dont l’inscription est effacée ; nous ne savons y lire que le mot : REPARASION.

Presbytère

En principe, la construction du presbytère était à la charge des paroissiens, souvent avec le concours du curé. Nous ignorons si cet usage fut anciennement reconnu à Hemptinne.
Le premier presbyte mentionné dans nos archives provient de la fondation de messire Guillaume de Huccorgne, du 13 septembre 1647. Voici comment en parle Mtre H. Collart dans son registre de 1673 : « Pour l’anniversaire Messire Guillaume de Huccorgne et de son père et de sa mère, qui at laissé au vesty sa maison auprès l’église de Hemptinne, joindant d’amon, d’aval et vers Brabant au chemin et vers la Meuse au cimetière Saint-Georges, - c’est notre maison pastorale, - à condition que le curé serat tenu de célébrer une messe chacun mois à l’intention et pour le repos des âmes desdits bienfaiteurs ».
Dom Pierre Michaux, à son entrée à la cure en 1764, trouva la maison pastorale dans un délabrement tel qu’elle était à peine habitable. Il s’adressa aux dames d’Aywières pour en obtenir la reconstruction. Celles-ci s’y refusèrent, parce que la dépense n’était pas comprise dans les charges de la dîme. L’affaire fut portée devant le Conseil provincial de Namur, qui, par sentence du 9 mars 1767, donna gain de cause aux dames. Le curé alla en appel à Malines. Par arrêt du 13 avril 1769, ce tribunal condamna les dames d’Aywières à faire construire la maison pastorale conformément au plan exhibé par l’appelant au verbal du 19 janvier 1767.
« La maison se bâtit en conséquence, nous dit le curé Michaux, mais j’y ait adjouté beaucoup, et quoique les dames soient en défaut d’expédier l’ouvrage comme est ordonné, par charité je patiente ».
« Il est à noter, écrit le curé Jacquet, que Dom Pierre Michaux étant curé et- abbé de Boneffe a beaucoup contribué aux restants des bâtiments pour l’embellissement total de la maison et pour les commodités, à sçavoir deux caves, les étableries, moyennant la briqueterie et la chaux que Madame l’abbesse d’Aywières a donné gratis, les cochonneries, la fermeture de la cour avec le pigeonnier, la terrasse et le cabinet du jardin. C’est pourquoi, ayant été le bienfaiteur de cette cure et souffert tous les inconvénients par les procès, je me suis obligé à luy chanter un anniversaire chaque année le jour de son trépas qui fut le 25 may 1776, et ainsi il sera libre à mon successeur de le faire ou omettre ».
Ce presbytère fut vendu lors de la Révolution. Il est occupé aujourd’hui (NDLR : 1907) par son cinquième possesseur.
La paroisse ayant été supprimée, on ne songea à construire un nouveau presbytère, que lorsqu’il fut question d’ériger Hemptinne en succursale.
On bâtit donc un presbytère en 1837, au moyen des souscriptions des habitants et des subsides de l’Etat et de la province, dans le fonds du jardin actuel du curé, sur un terrain marécageux, une espèce d’étang remblayé. Il devint bientôt insalubre et inhabitable. La commune le démolit en 1881, après avoir construit en 1878-1879, le presbytère actuel en face de l’église, dans le même jardin.

Marguillerie ; école paroissiale

Le marguillier ou clerc remplissait à l’église les fonctions de sacristain, de sonneur et de chantre ; en outre, il était chargé de tenir l’école pendant trois ou quatre mois de l’année : décembre, janvier, février et quelquefois mars.
C’étaient les religieuses d’Aywières qui, en qualité de décimatrices devaient pourvoir aux gages du marguillier et fournir une salle d’école. En 1662, le marguillier recevait annuellement 10 muids d’épeautre et 3 muids d’avoine ; à la fin du XVIIIe siècle, il recevait 2 muids de seigle, 2 muids d’épeautre et 2 muids d’avoine, et jouissait d’une petite terre en campagne près du chemin creux allant d’Hemptinne à Boneffe ; il touchait, en outre, quelques petits émoluments.
Au XVIe siècle, nous constatons que la nomination du clerc était contestée entre les dames religieuses et le curé. Une enquête fut ordonnée au mois d’avril 1565. les témoins certifièrent que feu Jean Lize, commis des dames, avait institué successivement Jean de Coutom (Couthuin), qui ne remplit l’emploi qu’un an, Bernard Gerke qui resta en fonctions dix-huit à vingt ans, puis Mathy Leclercq et Bastin Leclercq.
Toutefois plus tard nous trouvons que le droit de collation à la marguillerie est reconnu au curé ; la nomination était annuelle, en sorte que le marguillier était obligé de se représenter chaque année la veille de la Saint-Jean-Baptiste au curé, qui lui continuait ses fonctions, s’il le jugeait à propos.
Le peu de temps consacré à l’enseignement des enfants, souvent aussi l’incapacité des maîtres, ne pouvait produire qu’une instruction bien rudimentaire. Les écoles paroissiales furent particulièrement abandonnées durant les guerres et les calamités du XVIIe siècle, et l’autorité épiscopale dut souvent intervenir pour provoquer leur rétablissement. Le délégué de l’évêque de Namur, dans la visite de l’église d’Hemptinne, le 16 septembre 1662, constata que l’école était fermée depuis trois ans, non faute d’un local, mais faute d’un maître. L’évêché ordonna que l’école fût réouverte le plus tôt possible et que le salaire dû pour les élèves indigents fût payé par la Table de pauvres. En 1787, la Table des pauvres donnait 28 florins au maître pour l’instruction des pauvres et 10 florins 11 sous pour l’entretien de l’école.
Voici les noms des marguilliers-instituteurs consignés dans nos registres dès le XVIIe siècle : Bournonville, Etienne Maquaux jusqu’à la Noël 1661 ; Gilles Prophète, de Noël 1661 à 1682 ; Lambert Jaumain, 1714-1716 ; Jaumotte, moitié de 1716 ; Alexandre François, le 6 janvier 1717, mort le 10 septembre 1779 ; Jean-Alexandre François, son fils, pendant un an ou deux ; Prim Jassogne, de Forville, nommé en 1780 ou 1781, encore en exercice en 1805.
Sous le nouveau régime, les fonctions de maître d’école sont indépendantes de celles du marguillier-chantre, et sont rétribuées par la commune. Le 1er frimaire an XI (22 novembre 1802), le citoyen J.-B. Lacroix est nommé instituteur primaire par le maire Jean-Pierre Humblet, de l’avis du conseil municipal. Le 28 mai 1813, le sieur Jean-Joseph Matagne est autorisé provisoirement à exercer les fonctions d’instituteur. Le 11 décembre 1824, c’est Michel Detilleux, ancien soldat de Napoléon, qui est désigné pour donner la classe. Il fut clerc-chantre effectif de 1840 à 1870 (79) . Le 3 décembre 1830, J.-B. Lecocq est nommé instituteur pour un an d’abord, car le conseil lui renouvelle son mandat chaque année ; il en est ainsi jusqu’en 1834,époque où il est nommé définitivement. Il exerça ses fonctions jusqu’en 1876, à la grande satisfaction de la population.
Jusqu’en 1879, il n’y avait qu’une école mixte. Sous la loi scolaire de 1879, on érigea une école libre sous la direction des Filles de Marie, religieuses de Pesches. En 1885, l’une de ces sœurs fut nommée institutrice communale et les écoles cessèrent d’être mixtes, en sorte que Hemptinne jouit maintenant d’une école communale pour garçons, d’une classe communale pour filles et d’une école gardienne libre, subsidiée.

(79) Ses successeurs furent Constant Mottet, 1870-1896, et Edouard Mottet, depuis 1896.
Fabrique

La fabrique de l’église d’Hemptinne possédait, d’après la statistique de 1787 :
1° Des biens fonds : une terre vers Seron, contenant six verges grandes (dont 5 font un journal, et 20, un bonnier) et 6 petites de 16 pieds ½ de Namur ; - une autre pièce appelée l’Engelure, située dans la campagne de Seron, contenant 6 verges grandes et 10 petites ; - une autre dans la culture des dames d’Aywières à Hemptinne, contenant 5 verges grandes ; - une autre dans le fonds de Chaunois, contenant 4 verges grandes. Ce rapport omet une prairie contenant 1 journal 11 verges petites.
2° Des rentes en épeautre, en seigle et en argent, à Avin, Burdinne, Meeffe, Boneffe, Hemptinne, Ambresin, Hanret.
Le produit total des biens-fonds et des rentes était évalué à 194 florins.
Les dépenses ordinaires étaient évaluées à 130 florins et le boni servait à la décoration de l’église. Etaient portés en dépenses le blanchissage des linges, le luminaire, les petites hosties, le gage du mambour, les honoraires du greffier et de la cour pour la formation et l’audition des comptes.

Table de pauvres

Elle possédait à Hemptinne quatre pièces de terre mesurant ensemble un bonnier, deux journaux, soixante-six verges, puis des rentes en épeautre et en argent, le tout estimé, en 1787, à 86 florins, sans compter deux rentes en épeautre et en seigle qui se distribuaient en miches ou petits pains aux personnes qui assistaient à deux anniversaires fondés. Après le payement des frais scolaires, du gage du mambour et de l’honoraire de la cour pour l’audition des comptes, le boni était distribué en argent par le mambour aux plus nécessiteux de la paroisse, suivant une liste réglée par la cour et le curé.
Les biens de la fabrique et de la table des pauvres étaient gérés par un mambour qui devait rendre ses comptes au curé et à la justice du lieu. Cette gestion laissait parfois à désirer. Ainsi le 5 mai 1794, Nicolas Hanot, mambour, était en instance auprès du Procureur général à Namur pour obliger son prédécesseur, J.-P. Humblet, à liquider à la fabrique la somme de 275 florins 1 sol 17 deniers et à la table des pauvres la somme de 114 florins, dont il était redevable d’après les comptes rendus le 19 et le 20 juin 1793 (80) .
Le bureau de bienfaisance, qui remplace la table des pauvres, a maintenant un revenu de 1.500 francs environ, grâce à un legs de 4 hectares de terres lui fait par Jos. Massart. Il jouira encore, après la mort de l’usufruitier, d’une terre de 12 verges lui léguée par feu Xavier Detilleux.

(80) Correspondance du Procureur général, 12 mars 1794, aux Archives de l’Etat, à Namur.

Maladrerie

Son existence nous est révélée par un acte de 1385, où est fait mention d’une terre du couvent d’Aywières, d’une contenance de 13 bonniers 1 journal 21 verges, joignant à la Prale et « a le voye par lequel on va de le Maladrerie de Hemtines à Wasege ».
Il existe encore un terrain appelé Maladrerie sur le sentier de Wasseiges, partant de la route de Hemptinne à Meeffe. La tradition locale veut qu’on y enterra jadis beaucoup de morts.

Bénéfices

Il y avait dans l’église d’Hemptinne deux bénéfices simples, c’est-à-dire sans charge d’âmes et n’exigeant pas la résidence personnelle.
Le premier, érigé sous le titre de Saint-Nicolas, était rescrit ou estimé officiellement à 10 muids d’épeautre en 1558, et postérieurement, à 12 muids. D’après la déclaration légale faite en 1787, les biens et revenus du bénéfice consistaient en 5 bonniers, 3 journaux et 64 verges de terres labourables, 1 journal et 47 verges de prairies situées à Hemptinne, à Branchon et environs, 5 muids d’épeautre de rente sur la ferme du seigneur à Hemptinne et 5 florins de rente provenant de la vente d’une terre d’un demi bonnier et 14 verges en 1717, un stier d’épeautre, un stier d’avoine, 2 sols et 12 deniers de cens dus par la recette de l’abbaye de Saint-Laurent à Wasseiges, 7 sols et 18 deniers de cens par la recette des dames d’Aywières à Hemptinne.
D’après une autre déclaration faite par le bénéficier J.-J. Hubin vers 1720, le bénéficier « est chargé de l’entretien d’une vieille chapelle, qui m’a coûté, dit-il, plusieurs fois tous les revenus d’une année pour réparations, et d’une messe par semaine, pour laquelle je paie au curé tous les ans vingt-quatre florins cinq sols six liards pour desservitude ; il est encore chargé de plusieurs espèces de cens et rentes tant en espaute, avoine, qu’en argent, montant chaque année à plus de dix escalins, sans compter les tailles ».
Le curé Bades nous laisse cette note : « J’ay entré à la cure de Hemptinne en 1714. Le recteur dudit bénéfice était sire Heptia, révérend curé à Hanesse : ledit recteur a fait rétablir la chapelle de tout ce qu’il y manquait ; et puis quelques années après, ledit recteur at permuté son bénéfice avec Joseph Hubin, son nepveu, parmy mon agréation comme collateur. J’ay toujours aussi desservys les messes dudit bénéficier tant pendant le temps du curé d’Hanesse que de son nepveu à présent possesseur dudit bénéfice St Nicolas … J’atteste aussi que ledit recteur Joseph Hubin, prestre et bénéficier de la collégiale N.-D. à Namur, entretient sa chapelle à Hemptinne de tout général, réparant le tout, blanchissage de ladite chapelle ; ayant aussy tous les ans desservis par moi-même la messe septimanale dont ledit bénéfice est chargé et desquels j’en suis payé par ledit recteur d’année à autre au prix convenu dans notre synode de Namur. – Item ne 1751, il a fait rassurer les soumiers qui menaçoient ruine de tomber par des adjoi,ntes de gros bois auxdits soumiers bien embrochés de fer. Item en 1752, il a fait l’image de St Nicolas ou plutôt la pinture pour poser à son autel, le tout à ses fraix ».
Le curé d’Hemptinne était le collateur du bénéfice.
Voici les noms des bénéficiers ou recteurs connus, avec la date de leur nomination : Henri Wanesse, 7 novembre 1601 ; Henri Marotte, 22 février 1602 ; Hubert Vincent, 15 novembre 1610 : Robert Pieltemps, 23 mai 1623 ; Jean Grandfier, 16 juin 1628 ; Henri Cocquelet, 31 mars 1633 ; Jean Lefier, 3 avril 1639, puis curé à Hemptinne ; Gilles Godfrinon, curé d’Ahin et neveu du précédent, 12 février 1647 ; Dieudonné-Joseph Heptia, curé d’Hanesse, 26 février 1699 ; J.-J. Hubin, prêtre et bénéficier de la collégiale N.D. à Namur et neveu du précédent, 2 décembre 1715 ; Louis-Joseph Wauthier, aussi prêtre et bénéficier de la même collégiale, 22 août 1758 ; Paul-Joseph Thirionet, également prêtre et bénéficier de N.D., 22 avril 1795, par la mort de son prédécesseur.
Le second bénéfice, érigé sous le vocable de Sainte Catherine, était rescrit à 12 muids d’épeautre en 1558 et plus tard à 15 muids, affectés sur une ferme de Wasseiges, qui appartint aux Marotte, à l’avocat La Morteau et finalement au baron d’Obin. Il était chargé de la célébration d’une messe par semaine, que le bénéficier faisait acquitter par le curé du lieu.
Ce bénéfice était, avant 1627, à la collation des Berlo, puis des Le Gros, comme propriétaires de la cense d’Hemptinne.
Voici les noms connus de bénéficiers avec la date de leur présentation : Hubert de Berlo, 21 février 1572 ; Arnoul de Berlo, 10 décembre 1582 ; Jean Demanet, 15 avril 1609 ; Eloi Bertho, 8 avril 1622 ; Nicolas Gilboux, chanoine de N.D., à Namur, 2 août 1636 ; un Philibert Henrart est inscrit comme ayant présenté des lettres de collation, le 4 novembre 1636 ; Ambroise Collart, curé de Huppaye, 28 novembre 1642 ; Herman Collart, frère du précédent, 1653, curé d’Hemptinne en 1665 ; Louis Collart, 25 janvier 1688 ; Pierre Courtoy, 17 juin 1704 ; Jacques-François-Isidore Legros, 4 juin 1705 ; Louis-Joseph Legros, 11 décembre 1712 ; maître Herman, prêtre à Namur, fit restaurer la chapelle en 1723, mort le 10 mai 1726 ; Jean-François Dubois, 7 janvier 1726 ; Pierre-Joseph Barrier ou Barrière, curé de Saint-Fontaine en Condroz, 4 novembre 1749, encore bénéficier en 1787.

Religieux terminaires

A certaines époques de l’année, des religieux de l’Ordre de Saint-François et de Saint-Dominique venaient prêcher et confesser à Hemptinne. Nous ignorons à quelles époques les pères Récollets accomplissaient cette mission à Hemptinne.
Les Pères dominicains de Namur, ceux du Terme de Boneffe, venaient prêcher à la fête de la Purification, à la fête du patron, saint Georges, le 23 avril, et à la solennité de l’Adoration perpétuelle, qui se célébrait le 26 juin, comme aujourd’hui (81) .

(81) BARBIER, Le couvent des dominicains de Namur, p.134.

Confréries

Melchior Decoux, mayeur de Hemptinne, mort le 15 mai 1654, et Pétronille Bolsée, son épouse, fondèrent, dit leur inscription tombale, la messe et confrérie du Saint-Sacrement. Nous savons par le registre Collart (p.98) qu’en vertu de cette fondation il y avait « obligation de chanter la messe du Vénérable et très auguste St Sacrement tous les jeudis, pour laquelle les fondateurs avaient légué une rente de 40 florins brabant affectée sur la cense du Sanglier », rente que leur fils Pierre Decoux augmenta de 50 patars hypothéqués sur les biens de Jacques Bougelet. Cette rente de 50 patars n’est inscrite comme payée que jusqu’en 1680.
Le même Registre fait mention d’une rente de deux setiers d’épeautre et d’un florin pour chanter tous les jeudis à la messe Pane lingua.
Le 1er février 1718, Jean-F. Bades, curé, fit mettre arrêt sur la cense du Sanglier, appartenant alors à Marie Hombront, veuve de Daniel Michotte, pour non-payement des arrérages de la rente de 40 florins.
Cette fondation n’a pas survécu à la Révolution.

Prêtres originaires de Hemptinne

D’abord la famille de Hemptinne donna à l’Eglise plusieurs prêtres et religieux.
Beaudouin de Hemptinne, fils aîné du chevalier Eustache de Hemptinne, était moine à l’abbaye d’Aulne en 1238, année où son père donna à ce monastère une terre censale à Hemptinne (82) .
Wautier de Hemptinne cumula plusieurs bénéfices ecclésiastiques. Il fut chanoine d’Antoing, chanoine de Ciney (1348), chanoine de Nivelles (1349), vicaire du cardinal Nicolas de Besse dans l’archidiaconé du Condroz (1349, 1350), chanoine de Saint Lambert à Liège (1349), chanoine de Saint-Paul dans la même ville (1349), abbé séculier de Meeffe (1350), prévôt de Saint-Jean et écolâtre de Saint-Barthélemy à Liège, abbé séculier d’Amay, curé de Laer, etc. Il mourut le 14 août 1386. Il avait fondé en la cathédrale de Liège, en 1367, un autel en l’honneur de saint Michel (83)
et légua au monastère de Boneffe plusieurs biens situés à Wasseiges. De Riemaecker le suppose fils d’Arnoul de Hemptinne et de N. de Bayart. Ce qui est certain, c’est qu’il était frère de Henri de Hemptinne (84), échevin de Liège (1366, 1368, 1370), lequel d’après de Borman , pourrait être fils de Jean de Hemptinne et d’Ysabeau de Vivier, décédés respectivement en 1343 et 1346 et enterrés dans l’église Saint-Hilaire, à Huy.
Pierre de Hemptinne était prieur du monastère de Géronsart en 1393 et 1398 (85) .
Jean de Hemptinne fut curé de Forville, bénéfice qu’il résigna en 1506 en faveur de J.Villers (86).
Jean de la Goffe, de Hemptinne, est mentionné, en 1385, comme curé de Falen (Falaën ?) (87) .
Jean Viesme, né à Hemptinne, fils de Jean Viesme et de Catherine Héron, fut moine et prieur à l’abbaye de Boneffe. Il y mourut le 8 janvier 1608 (88) .
Raymond Decoux, fils de Melchior Decoux, mayeur de Hemptinne, et de Pétronille Bolsée, fut religieux dominicain. Il fit profession au couvent de Namur le 2 avril 1663 et y mourut le 14 décembre 1680 (89) .
Dieudonné Decoux, frère du précédent, fit aussi profession au couvent des dominicains à Namur, le 1er octobre 1666, et y mourut le 27 novembre 1693 (90).
Il est encore question d’un Decoux, prêtre, frère de Dieudonnée, au 25 avril 1760 et au 3 février 1761. Il est noté dans le registre Colart : « reçu de Mademoiselle Decoux pour son fils prêtre dix écus (40 florins) de rente pour canons … » (c’est pour la messe du S. Sacrement du jeudi).
Gilles Godfrinon, indiqué plus haut comme bénéficier de Saint-Nicolas à Hemptinne en 1647 et curé d’Ahin, était natif d’Hemptinne. Son père, Martin Godfrinon, avait pour épouse la sœur du curé Lefier.
Nicolas Winand, prêtre à Perwez, doit être aussi né à Hemptinne, où les Winand étaient nombreux. Il fonda quatre messes basses avec De Profundis pour lui et ses parents en l’église d’Hemptinne. Ces messes sont marquées comme ayant été célébrées à partir de 1770.
Jean-Baptiste Matagne, né à Hemptinne le 21 juin 1822, fut religieux trappiste sous le nom de frère Sérapion à l’abbaye Notre-Dame de Hautecombe (Savoie-France)
Georges Dandoy, né à Hemptinne le 5 février 1882, est entré dans la Compagnie de Jésus en 1901.
Joseph Degive, né à Hemptinne le 26 septembre 1881, ordonné prêtre en décembre 1906, vicaire coadjuteur à Cul-des-Sarts, est vicaire à Ligny depuis octobre 1907.


(82) Cartulaire d’Aulne, fol. 25, à Mons.
(83) Cfr BERLIERE, Suppliques de Clément VI, n° 486 n., 1451, 1518, 1787, 1861, 1871, 1946, 2197 ; Inventaires des libri obligationum, n° 196, 616, 634 ; Les archidiacres de Liège au XIVe siècle, CRH, t. LXXV, p.180.
BORMANS et SCHOOLMEESTRES, Cartulaire de Saint-Lambert, t. IV, pp.177, 197, 356, 445.
DE RIEMAECKER, pp.29-30.
DE THEUX, Chapitre de Saint-Lambert, t.II, p.91.
(84) Cartulaire de Saint-Lambert, t. IV, p.177.
(85) Dom BERLIERE, Monasticon belge, t. I, pp.136, 186.
(86) Analectes, t VI, p.228.
(87) Cartulaire d’Aywières, à Maredsous, p.223.
(88) Analectes, t. VII, p.261.
(89) V. BARBIER, Le couvent des dominicains de Namur, p.69.
(90) idem, p.74.
* * * * * *

Dans le livre, suivent 25 pages reprenant les « Documents justificatifs ».

Extrait de
LE GUETTEUR WALLON
5e Année – n° 3 – Avril 1928

pages 58 - 63


Les petites chapelles de chez nous


VIII – Chapelle « à la tourelle »
Hemptinne-en-Hesbaye


De l’échargaite, par Dieu, qu’en sera-t-il ?
(Garin le loherain, XIIIe siècle)


Une tour de guet à l’angle d’une ferme moderne ! Une chapelle dans une échauguette ! (1) La physionomie de nos vieilles paroisses rurales offre parfois de ces contrastes inattendus.
Dernier vestige d’un monde à jamais disparu, la tourelle devenue chapelle évoque à l’esprit les souvenirs de plus de sept siècles d’histoire.
C’est, en effet, aux environs de 1220 que les dames cisterciennes d’Aywières acquirent la grange (2) d’Hemptinne, avec les biens considérables d’origine seigneuriale, des dîmes ecclésiastiques et le quart d’un moulin (3) . La situation était riche de promesses. Aussi, en 1342, les dames profitant d’une occasion favorable pour arrondir leur domaine achetèrent au chapitre Saint Barthélemy à Liège, ses biens, revenus, dîmes et cour foncière, moyennent une rente annuelle de 15 muids d’épeautre, 50 sous de monnaie de Liège et une livre de cire (4) .
D’autres achats furent effectués au cours des siècles qui suivirent et des échanges avantageux conclus avec l’un ou l’autre seigneur du voisinage, si bien qu’en 1750 (5), au témoignage du mesureur juré, les biens dépendant de la cense s’élevaient au total de 161 bonniers et quelques verges, toutes belles et bonnes terre s’étendant comme un immense damier vert et or entre la Soile et la Mehaigne : campagne del may, terres à Troz, grand pachis, tiges et wayas, terre gisante en l’isle, pré des praules, pré des bergers, pré sanglier, et d’autres et d’autres, dont l’ensemble constituait un des plus beaux fiefs du comté.
A l’instar des donjons, des manoirs, des églises, des courtils, les censes de l’époque féodale étaient entourées de murailles et garnies dans le voisinage des portes et aux angles des murs, d’échauguettes qui dominaient les alentours et abritaient la sentinelle chargée d’alerter les habitants en cas d’attaque, d’incendie ou de passage des troupes étrangères.
C’était le temps où les aventures belliqueuses constituaient le jeu favori des seigneurs et des princes. chantait le sire châtelain se rendant au pas d’armes du roi Jean.
C’était le temps aussi où la sécurité des bourgades isolées était à tout instant menacée par des bandes de coureurs de chemins, toujours prêts à la rapine et au meurtre.
Que de fois scrutant l’horizon du haut de son échauguette, le veilleur vit accourir par les routes poussiéreuses venant d’Hanret, de Boneffe ou de Wasseige, les reîtres et les lansquenets en quête de fourrage, des troupes mercenaires en maraude, ou ces bandes indisciplinées de goujats qui vivaient de pillage à la suite des armées étrangères.


(1) Ce mot servit longtemps à désigner les tourelles d’angles qui remplacèrent les échauguettes dans le sens qu’il a pris ici.
(2) Grange pour ferme – expression de l’époque.
(3) Voir monographie de Hemptinne par Roland et Guilmin.
(4) idem
(5) idem
(6) Victor HUGO, Odes et ballades.


Holà, guetteur ! sonnez du cor.

Et, en grande hâte, les manants disséminés dans les pâquis et les guérets regagnaient le village pour se mettre à l’abri derrière leurs palissades.
Le cor retentit souvent dans le cours de ces siècles troublés, car la guerre n’avait pas de cesse.
En 1356, ce sont les troupes de Wenceslas, duc de Brabant, qui livrent aux flammes tous les villages des bords de la Mehaigne qu’elles rencontrent sur leur passage (7) .
Moins de cent ans plus tard, les couleuvriniers du duc de Bourgogne accourent démolir la vieille tour de Hemptinne (8) .
En 1584 « passée des troupes venues d’Italie ; il fallut fournir des vivres au camp, à l’étape de Hemptinne » (9) .
En 1635, commence la guerre franco-espagnole qui ne devait avoir son épilogue qu’au siècle suivant. « Il y eut mangeries et pillages des gens de guerre de S. M. ayant souventes fois pris rafraîchissement au lieu dudit Hemptinne, et y séjourné par diverses fois, l’espace de plusieurs semaines, au détriment du Censier. On enlève les chevaux de labeur, et la dépouille est gâtée par le passage et le repassage des soldats » (10) .
Les dégâts furent tels que les dames d’Aywières ne purent payer au trésor des finances les rentes de 1673 et 1674 (11) .
A la fin du XVIIe siècle, les français sont établis à Boneffe sous les ordres du duc de Choiseulle et viennent fourrager à Hemptinne tous les fruits et revenus de la cense (12).
Et lorsque quelques années plus tard les dragons de Malborough viennent occuper les fonds de la Mehaigne, face à Ramillies, ils enlèvent tout et ne laissent dans le pays ni arbres, ni haies (13) .
Ainsi chaque siècle apportait de nouvelles alertes et de nouveaux désastres.
Et de l’échauguette, entre-temps, qu’advenait-il ?
Ce genre de défense disparut vers la fin du XVIIe siècle et fut remplacé par des tourelles d’angle. Et lorsque le traité d’Utrecht bientôt suivi de celui de Rastatt eut enfin mis un terme aux luttes meurtrières des siècles précédents et permis d’organiser la police communale, une ère de paix et de prospérité s’ouvrit pour nos malheureuses campagnes ; chacun n’ayant plus, dès lors, à songer à sa défense personnelle, le rôle du guetteur prit fin dans les habitations particulières, et la tourelle de Hemptinne ayant perdu sa raison d’être devint chamelle et fut dédiée à sainte Ludgarde, gloire de l’abbaye d’Aywières (14) .
Une croix en fer forgé se profilant dans le ciel au sommet de la tourelle indique au passant son changement de destination.
Une porte extérieure a été ouverte au niveau de la route et sur la clef du linteau de cette porte un médaillon de 18 x 14 centimètres attire l’attention par sa forme inaccoutumée, d’un savoureux archaïsme. Gravé, à n’en pas douter, par un ouvrier du terroir, avec cette gaucherie naïve et combien charmante des imagiers primitifs, le médaillon représente en des traits hiératiques et dans un drapé engourdi qui évoque certains bas-reliefs byzantins, une madone couronnée tenant de la main droite un sceptre royal, tandis que sur son bras gauche repose l’enfant-Dieu également couronné, portant en main le globe terrestre, emblème de sa souveraineté universelle.
Sous le médaillon, sont gravés en lettres romaines ces deux seuls mots : MATER CHRISTI ;
Cette madone royale, c’est la dame et patronne du domaine, Notre-Dame d’Aywières (15) .
A l’intérieur de la chapelle (16), un autel à retable de chêne en style Renaissance, sert de cadre à un tableau à l’huile représentant un épisode de la vie de sainte Ludgarde (17) . Scène d’une intense émotion.
Dans le ciel voilé de ténèbres d’une nature en deuil, la croix du Golgotha se détache, à peine éclairée par une mince lueur qui laisse en même temps apercevoir au pied d’une verte colline, la silhouette d’un antique moutier.
Drapée dans sa longue robe blanche de moniale, la tête encapuchonnée de noir, Ludgarde, à demi agenouillée au pied de la Croix, enserre de ses bras le crucifix, et, soudain, le Christ, détachant sa main droite de la traverse de son gibet, la laisse retomber sur l’épaule de son adoratrice et du doigt lui montre la plaie saignante de son flanc ouvert par la lance de Longin.





(7) Chronique de l’abbaye de Boneffe.
(8) ROLAND et GUILMIN, Hemptinne.
(9) idem
(10) idem
(11) idem
(12) idem
(13) Chronique de l’abbaye de Boneffe.
(14) Les cisterciennes s’établirent d’abord aux Awirs (à côté de Flémalle), de là leur nom de dames d’Aywières. Ensuite, elles vont s’établir à Lillois près de Nivelles, puis finalement entre Couture-Saint-Germain et Maransart, toujours en conservant leur primitive dénomination de dames d’Aywières.
(15) En vertu des statuts de l’ordre, les maisons dépendant de Citeaux étaient dédiées à la sainte Vierge. De là les noms officiels de Notre-Dame des Dunes, Notre-Dame de Villers, Notre-Dame de la cambre, Sainte Marie de Boneffe, etc.
(16) Note du transcripteur : En 2005, la chapelle est vide. Depuis quelques années, l’autel et le retable ont été mis en sécurité par les propriétaires à l’intérieur de la ferme
(17) Un tableau représentant la même scène et attribué au peintre Van Diepenbeeck, élève de Rubens, fut autrefois en l’église de Rosendaal et se trouve aujourd’hui chez les Bernardines de Coolen.


Merveilleuse histoire que celle de Ludgarde ! (18)

Née à Tongres en 1182, d’une mère noble et d’un père bourgeois, elle vécut ses premières années dans la légèreté et les illusions d’une vie opulente et désoeuvrée. Vive et enjouée autant que jolie, elle était recherchée par les plus nobles jeunes gens du voisinage et tout semblait lui promettre une destinée mondaine des plus brillantes, lorsqu’un jour, alors qu’elle était pensionnaire des bénédictines de Saint-Trond, le divin crucifié lui, apparaît et lui montrant la plaie sanglante de son côté, lui dit : « ô ma fille, cesse d’aimer la créature, contemple ici ce que tu dois aimer et comprends pourquoi tu dois l’aimer. Entre dans cet asile et je te promets de t’y faire goûter les plus purs délices de l’amour divin ».
Ludgarde les goûta, en effet, mais au prix de l’immolation de tout son être.
Avide de souffrances, elle quitte le couvent de Saint-Trond et s’en va chercher une règle plus austère chez les dames cisterciennes d’Aywières.
Là, sa mission se dessine clairement. Elle sera l’avocate des pêcheurs. « A sa prière, le Christ aidera les âmes de la terre à s’évader du péché et les âmes du purgatoire à, sortir de la cité dolente de l’expiation » (19).
Mais, pour opérer cette double rédemption, il faut peiner, il faut souffrir.
Comme le Christ au désert, Ludgarde connaîtra les tortures du jeûne prolongé, comme le Christ au Gethsémani, son sang giclera de son corps et son âme connaîtra les affres de l’agonie, et, pour mettre le comble à son long martyre, elle restera aveugle les onze dernières années de sa vie.
La renommée de ses héroïques vertus attira bientôt autour d’elle toute une pléiade d’âmes éminentes éprises de perfection : le cardinal Jacques de Vitry, légat du Saint-siège en Palestine, le brabançon Thomas de Catimpré, disciple d’Albert le Grand et de saint Thomas d’Aquin, Sybille de Gages, de haute noblesse hennuyère, Berthe de Marbaix, d’une antique famille noble du Namurois, et d’autres encore qui s’élancèrent sur ses traces, vers les plus hauts sommets de la sainteté.
En même temps, de mystérieuses intuitions acheminaient vers elle les âmes en détresse, et son nom, se répercutant au loin, attirait vers l’abbaye d’Aywières l’innombrable multitude des corps débilités et des âmes chavirées avides de guérison, de consolation ou de conversion.
Le simple contact de sa main apaisait les douleurs, son pur regard guérissait des morsures du vice.
La mort de Ludgarde et le nombre sans cesse grandissant des prodiges opérés auprès de son tombeau ne firent qu’allonger, sept siècles durant, l’immense cortège des malheureux en quête d’un rayon d’espoir.
Un jour, une noble dame sur le point d’être mère, vint prier au tombeau de la sainte, la suppliant de la délivrer des souffrances qui mettaient ses jours en danger. On appliqua sur la malade le cilice de Ludgarde, les douleurs cessèrent et bientôt une heureuse délivrance vint récompenser la confiance de la pieuse dame. D’autres, et en grand nombre, éprouvèrent dans les mêmes circonstances, la même efficacité, ce qui engagea les futures mères à introduire l’usage – qui s’est perpétué jusqu’à nos jours – de venir prier au tombeau de Ludgarde et de se ceindre d’un cordon béni sur lequel est inscrite cette prière : « sainte Ludgarde, priez pour nous ».
Lorsque éclata la grande Révolution française, les dames d’Aywières contraintes d’abandonner leur cloître, s’enfuirent, emportant avec elles ce qu’elles avaient de plus cher : les reliques.
Pendant dix ans, on les vit errer d’asile en asile.
En 1806, elles se retirent au manoir de Fauquez-sous-Ittre, où vivait la veuve du marquis de Herzelles, dernier seigneur de Fauquez.
En 1827, ce manoir ayant été vendu, elles acceptent l’abri que leur offre le marquis de Trazegnies, dans une aile de son château d’Ittre. C’est de là que les reliques de sainte Ludgarde furent transférées, en juin 1827, dans l’église paroissiale d’Ittre où elles se trouvent encore aujourd’hui, conservées en deux châsses, l’une en argent ciselé (de 1624), l’autre en bois sculpté (de 1647).
Depuis lors, chaque année, l’église d’Ittre voit accourir auprès de ses châsses précieuses, des foules de pèlerins venus de tous les coins de la Flandre et du Brabant wallon.
Désireux de promouvoir le culte de celle que le peuple appelle avec autant d’affection que de respect « Ludgarde du Sacré Cœur », le comte de Berlo de Frandouaire, évêque de Namur, les cardinaux Sterckx, Dechamps et Mercier ont enrichi le pèlerinage d’Ittre de nombreuses indulgences.
En attendant le jour de l’apothéose.
Car, lorsque la Belgique, fidèle à son vœu, aura élevé sur le plateau de Koekelberg, le monument de sa reconnaissance au sacré-Cœur, la statue de Ludgarde, déjà sculptée et déjà bénie, figurera dans la glorieuse phalange de nos saintes nationales ; et de la montagne qui domine la capitale du pays, Ludgarde, l’infatigable orante et la grande thaumaturge, veillera sur sa patrie, justifiant de plus en plus son nom de Ludgarde, ou mieux de Leutgarge, qui en langue germanique signifie « gardienne du peuple ».
Ne semble-t-il pas que ce nom prédestinait Ludgarde à remplacer dans la tourelle du guet le veilleur des temps féodaux ?
Nul cependant, ni à Hemptinne, ni dans le voisinage, ne s’en doute.
Bien qu’elle soit hesbignonne par sa naissance, sa vie et son culte, Ludgarde n’est connue ici que de quelques initiés et sa chapelle n’a d’autre renommée auprès des populations, que de servir de reposoir, chaque année, à la procession de la Fête-Dieu.
Ne verrons-nous pas un jour, les femmes de chez nous renouer la tradition et venir demander à Ludgarde qu’elle donne à notre mère « Wallonie » des fils nombreux et vaillants qui feront sa force et sa fierté ?
Un fait digne de remarque autorise l’espérance.
La chapelle « à la tourelle » que les guerres et les révolutions ont laissée debout sans rien lui enlever de sa figure d’autrefois, est toujours entretenue avec le plus grand soin. Ses murs branlants ont été consolidés par des ancres puissantes, ses briques patinées par les siècles portent la trace de nombreux rejointoiements, son autel reste garni de fleurs, de dentelles et de lumières.
Et devant cette sollicitude, attentive à sauver de la destruction et de l’oubli total ces vieilles choses qui nous parlent d’un autre âge et nous racontent les âmes d’antan, l’on se plaît à redire, en le transposant, le beau vers que Shakespeare a fait graver sur son tombeau, dans l’église de Stratford :





Mars 1928 R. H.

18) Ouvrages consultés pour la présente notice :
CANIVEZ, L’ordre de Citeaux en Belgique.
NIMAL, Vie de sainte Ludgarde honorée à Ittre en Brabant.
LAMBERT, La belle vie de sainte Ludgarde.
(19) G. GOYAU, L. B., novembre 1925.






Le TRESOR de HEMPTINNE
BRONZES (aes 2) de GRATIEN
À MAGNUS MAXIMUS
J. LALLEMAND

EXTRAIT des
ANNALES de la SOCIETE
ARCHEOLOGIQUE
de NAMUR

Tome Cinquante-quatrième
1967-1968
Pages 44 à 59




Le trésor de Hemptinne (1) , découvert en 1876, fut acquis peu de temps après par la Société archéologique de Namur (2). Les notices que A. Bequet et F. Cajot lui ont consacrées à cette époque (3) que nous apprennent que le trésor a été trouvé par un cultivateur qui extrayait de la terre pour faire des briques, il se compose de 1122 pièces, contenues dans une urne recouverte d’une pierre, et que des substructions antiques (4) existent à proximité de l’endroit où il fut découvert.

Comme aucune fouille systématique n’a été entreprise depuis lors à cet endroit, nous n’en savons pas davantage sur les substructions antiques qui auraient existé à proximité du lieu d’enfouissement de ce dépôt monétaire.

Le Musée de Namur conserve actuellement 1042 monnaies du trésor de Hemptinne. Il se peut, évidemment, que 80 pièces aient été dispersées avant l’entrée du trésor au Musée, mais il est aussi fort possible qu’une erreur d’ordre numérique se soit introduite dans une note sommaire rédigée au moment de son acquisition. De toute manière, nous pouvons admettre que l’absence de 80 pièces ne modifierait guère la physionomie d’un ensemble qui comprend plus de 1000 pièces et qui se caractérise par une composition particulièrement homogène.
L’urne qui contenait les monnaies est également conservée au Musée et Monsieur A. Dasnoy a bien voulu rédiger, à son sujet la note suivante :

(1) Hemptinne, province et arrondissement de Namur.
(2) ASAN, t. XIII, 1875, p. 523 : « l’été dernier, la Société a acquis un de ces trésors … qu’un cultivateur venait de découvrir ». Le dernier fascicule du volume 13 des ASAN doit avoir paru en 1877 puisque les rapports sur les dons faits au Musée (en 1875 et 1876) et sur les échanges de publications qui y figurent portent la date de janvier 1877 (p. 520). « L’été dernier » serait donc celui de 1876, l’année même de la découverte.
(3) A. B[EQUET], Hemptinne, dans ASAN, t. XIII, 1875, p. 523 ; F.C[AJOT] ? Les trésors de monnaies romaines de la province de Namur, dans ASAN, t. XIV, 1877, p. 106 à 108. Le trésor est également cité par A. BLANCHET, Les trésors des monnaies romaines et les invasions germaniques en Gaule, n° 709 ; F. C[OURTOY], Les trésors de monnaies romaines du Musée de Namur, dans Namurcum, t. I, 1924, p. 47 ; P. VAN GANSBEKE, Les trésors monétaires d’époque romaine en Belgique, dans Revue belge de numismatique, t. 101, 1955, p.42 ; S. BOLIN, Fynden av romerska mynt i det fria Germanien, p.175.
(4) A. B[EQUET], l. c. : « Des substructions antiques existent, paraît-il, à Hemptinne, près de l’endroit où fut faite cette découverte » ; F.C[AJOT], l. c. : « le possesseur l’aura sans doute enterré … à proximité de son habitation, ce que semble indiquer les restes d’anciennes constructions trouvées en cet endroit, et dont on suit facilement la direction, lorsque les récoltes ont atteint une certaine croissance ».

Le vase


Le vase qui contenait le trésor de Hemptinne est conservé intact. Il s’agit d’une urne ovoïde en pâte rugueuse parsemée de dégraissants, de teinte gris foncé, dont l’orifice largement ouvert est délimité par un bord creusé d’une gorge (hauteur : 182 mm, largeur max. : 185 mm). Ce type de vase à rebord vigoureusement profilé est déjà fréquent dans le site de Niederbieber (type 89), entre 190 et 260 environ (5) .
Pendant tout le IVe siècle et même au début du Ve, on continuera à le fabriquer. On le rencontre à Alzei (type 27) entre 336 et 410 environ (6) , dans l’Eiffel, à Trèves, notamment dans les thermes, et dans plusieurs sites du Nord de la Gaule (7) . Les exemplaires anciens présentent souvent un galbe plus pansu que celui des exemplaires récents. Leurs rebords offrent de nombreuses variantes, mais, d’une façon générale, la baguette extérieure est plus élégamment profilée que dans les exemplaires de la seconde moitié du IVe siècle et du début du Ve. Cette différence de profil ressort clairement d’une comparaison entre les bords des vases de Niederbieber (8) et ceux d’Alzei (9).
C’est à ces derniers que se rattachent un exemplaire de Furfooz (tombe II) de la seconde moitié du IVe siècle (10) , deux exemplaires de Spontin (tombe G) située vers 460 (11) et celui qui contenait le trésor de Hemptinne.

(5) F. OELMAN, Die Keramik des Kastells Niederbieber, Frankfurt, 1914, p. 72 (Materialen zur römisch-germanischen Keramik, t. I)
(6) W. UNVERZAGT, Die Keramik des Kastells Alzei, Frankfurt, 1916, pp. 33s (Materialen zur römisch-germanischen Keramik, t. II)
(7) L. HUSSONG, Frühmittelalterische Keramik aus dem Trierer Bezirk, dans Trierer Zeitschrift, t. XI (1936), pp. 75-78.
(8) F. OELMAN, op. cit. fig. 55, 1-5 et pl. III, fig. 89.
(9) W. UNVERZAGT, op. cit., fig. 21 et 22, 10 et pl. II, fig. 27.
(10) J. NENQUIN, La nécropole de Furfooz, Bruges, 1953, p. 42 et fig. 10, A46.
(11) A. DASNOY, Quelques ensembles archéologiques du Bas-Empire provenant de la région namuroise, dans ASAN, t. LIII, 1966, p. 186 et fig. 10, 3 et 9.

Composition du trésor


Le trésor de Hemptinne comprend 874 pièces issues d’ateliers officiels et 166 imitations. Deux pièces seulement étaient trop corrodées pour que nous ayons pu distinguer s’il s’agissait de pièces officielles ou d’imitations. Les pièces officielles sont, en majorité, des bronzes de grand format, aes 2, postérieurs à 378, tandis que la plupart des imitations s’inspirent de ces mêmes aes 2. La proportion d’imitations, 15,96% (166/1040) est relativement importante pour un trésor enfoui, comme celui de Hemptinne, dans< la seconde moitié du IVe siècle.
L’état de conservation des monnaies du trésor est, en général, excellent : nous avons pu classer toutes les pièces officielles, soit par empereurs et par ateliers, soit par l’un de ces deux éléments ; quant aux imitations, 11 d’entre elles seulement (sur 166° ne portent plus, ou n’ont jamais porté, de nom d’empereur ou de marque d’atelier.
20 pièces sur 1042 sont antérieures à 378 ou imitent des prototypes antérieurs à 378 ou imitent des prototypes antérieurs à cette date. Elles se répartissent de la manière suivante :



EmpereursAteliers
(1)Lon.Tr.Ly.Ar.Tic.Aqu.Ro.Cyz.Imit.Total
Trajan - - - - - - - - 1 1
Claude II - - - - - - 1 - - 1
Aurélien - - - - - - 1 - - 1
Probus - - - - - - 1 1 - 2
Dioclétien - - - - 1 - - - - 1
Constance
Chlore, césar
- 1 - - - - - - - 1
Galère,César - 1 - - - - - - - 1
Maximilien
Hercule, après 305
1 - - - - - - - - 1
Constant - - - - - - - - 1 1
Magnence - - - 1 - - - - 1 2
Valentinien I - - - 1 - 1 - - - 2
Valens - - 1 1 - 1 2 - - 5
Gratien - - 1 - - - - - - 1
Total 1 2 2 3 1 2 5 1 3 20


(1) Lon. = Londres ; Tr. = Trèves ; Ly. = Lyon ; Ar = Arles ; Tic. = Ticin ; Aqu. = Aquilée ; Ro. = Rome ; Cyz. = Cyzique ; Imit. = Imitations

La partie la plus ancienne de ce petit ensemble comprend, d’une part, des pièces alliées d’argent comme les antoniniens de Claude II, Aurélien, Probus et Dioclétien, d’autre part des bronzes de grand format, tels l’imitation de Trajan, les monnaies au nom de Constant et de Magnence et les folles de la premières et de la deuxième tétrarchie qui se recommandent, en outre, par leur aspect argenté. Les petites pièces de bronze, imitations radiées de la fin du IIIe siècle et folles réduites d’époque constantinienne, qui figurent presque toujours dans les trésors de bronze de la fin du IVe ou du début du Ve siècle, sont entièrement absentes à Hemptinne.

Les quelques bronzes de format plus petit qui se rencontrent dans le trésor sont des aes de la période 364-378, émis quelques années seulement avant qu’il soit constitué et qui représentent probablement de la menue monnaie que la propriétaire aura ajouté à un ensemble composé, par ailleurs, de grandes pièces de bronze et de monnaies d’une valeur équivalente ou estimée telle.

En effet, les monnaies postérieures à 378 qui constituent 98,05% des pièces officielles du trésor (857/874) sont toutes des bronzes de grand format, des aes 2 aux types Reparatio reipub, l’empereur debout à gauche relevant une femme agenouillée et tenant un globe surmonté d’une Victoire et Victoria augg, l’empereur debout à gauche tenant un globe surmonté d’une Victoire et le labarum ; ce dernier type appartenant en propre à l’usurpateur Magnus Maximus. 163 imitations sur 166 s’inspirent de ces types, tandis que les deux pièces qui n’ont pu être classées ni parmi les pièces officielles, ni parmi les imitations, sont, elles aussi, des aes 2 au type Reparatio reipub. Les pièces officielles émises après 378 se classent, par empereurs at par ateliers, de la façon suivante :

Ateliers
Gratien
Val.II
(1)
Théod.
T.R.Gr
M.M.R.
M.M.V.
T.M.M.
?
Total général
Trèves (12)
14
19
12
45
91
-
91
-
136
Lyon (13)
127
4
-
131
144
31
175
4
310
Arles (14)
77
20
-
97
190
10
200
6
303
Aquilée
1
1
6
8
-
-
-
-
8
Rome
28
13
13
54
-
-
-
1
55
Siscia
2
1
-
3
-
-
-
-
3
?
6
8
-
14
28
-
-
-
42
255
66
31
352
453
41
494
11
857

(1) Val. II = Valentinien II ; Théod. = Théodose ; T.R.Gr. = Total du règne de Gratien ; M.M.R. = Magnus Maximus Reparatio Reipub. ; M.M.V. = Magnus maximus Victoria augg. ; T.M.M. = Total Magnus Maximus ; ? = atelier ou empereur indéterminé.

(12) 9 pièces ne portent plus de marque d’atelier sont attribuées à Trèves grâce aux caractéristiques suivantes : 2 proviennent du même coin de droit que des pièces de Trèves (n° 52 et 65 de notre catalogue) ; 1 du même coin de revers (n° 156) ; 6 pièces émises au nom de Magnus Maximus ont, au droit, la césure MAX / IMVS qui n’est attestée qu’à Trèves.
(13) 18 pièces sans marque d’atelier sont classées à Lyon : 2 proviennent de la même paire de coins que des pièces de Lyon (n° 319 et 377) ; 2 du même coin de droit (n° 430 et 431) ; 4 portent la marque P (n° 403 à 405, 465), 4 la marque C (n° 425 à 428) et 6 la marque S (n° 278 à 283) à droite dans la champ du revers, ces marques n’étant attestées qu’à Lyon.
(14) 3 pièces sans marque d’atelier sont attribuées à l’atelier d’Arles : 1 provient de la même paire de coins qu’une pièce d’Arles (n° 741) ; 1 du même coin de droit (n° 543) ; 1 du même coin de revers (n° 742).

L’atelier de Lyon vient en tête dans l’ordre de fréquence avec 38,03% (310 / 815) des pièces ; il est suivi, presque à égalité, par celui d’Arles qui en fournit 37, 05% (303 / 815). Trèves n’émet que peu de bronze après 364 et cet atelier, bien qu’il soit le plus proche du lieu de trouvaille, ne participe au trésor que dans la proportion de 16,68% (136 / 815). Enfin, Rome apporte une contribution assez faible à l’ensemble : 6,74% (55 / 815) ; tandis que les pièces émisses en Aquilée et à Siscia n’en constituent qu’une partie infime : 0,98% (8 / 815) pour Aquilée et 0,36% (3 / 815) pour Siscia (15). L’usurpation de Magnus Maximus a probablement ralenti, à certains moments tout au moins, les échanges entre la Gaule d’une part et l’Italie ou les Balkans, d’autre part. En outre, Rome ne frappe plus, après 383, que des aes 3 et des aes 4 alors que les ateliers gaulois émettent des aes 2 sous Magnus Maximus, les habitants de la Gaule ne devaient donc pas être tentés de thésauriser les monnaies de petit format provenant de la capitale italienne même s’ils en possédaient.

L’activité de Lyon se manifeste surtout pendant le règne de Gratien ; à Trèves et en Arles, le nombre des pièces émises par Gratien, tant à son nom qu’à celui de ses collègues Valentinien II et, à Trèves, Théodose Ier, n’atteint pas tout à fait 50% du total des monnaies de Magnus Maximus (45 sur 91 et 97 sur 200), à Lyon, par contre, les pièces de Gratien et de Valentinien II représentent près de 75% de celles de Magnus Maximus (131 sur 175, soit 74,89%).
Les marques d’ateliers ou les noms d’empereurs qui figurent sur les pièces imitées ne correspondent pas à une réalité bien définie : elles ne servent pas, comme celles des pièces officielles, à localiser ou à dater chaque monnaie prise individuellement.

En effet, en ce qui concerne les marques d’ateliers, nous trouvons, parmi les imitations de prototypes antérieurs à 378, une pièce de Magnence au type de revers Felicitas reipublice, Magnence debout à gauche, tenant une Victoire sur un globe et le labarum, qui porte la marque de l’atelier d’Amiens (pl. I, n° 11). Or ce type de revers n’a jamais été émis, officiellement, par Amiens (16) . D’autre part, le groupe des imitations postérieures à 378, contient deux pièces issues du même coin de revers (n° 884 et 885) et l’une d’elle porte la marque de Trèves (n° 884 : T RP).Le droit de chacune de ces deux pièces provient du même coin que le droit d’une imitation à la marque de Lyon (n° 883 : ]VGP même coin de droit que le n° 884 ; n° 886 : LGVS même coin de droit que le n° 885). Les quatre pièces (pl. III, n° 883 à 886) sortent sans doute du même atelier qui apposait sur ses produits aussi bien la marque de Trèves que celle de Lyon.
Quant aux noms des empereurs, nous remarquons, dans le trésor d’Hemptinne, trois imitations au nom de Gratien et au revers Victoria augg (n° 895-896 et 974 ; pl. III, 896) revers qui n’apparaît, dans les pièces officielles, que sous le règne de Magnus Maximus, et assez longtemps après la mort de Gratien.

(15) Les 42 pièces que nous avons groupées sous la rubrique « atelier indéterminé » (n°836 à 877) pourraient se répartir, d’après leur style de gravure, de la façon suivante : Trèves 4 (n° 842 à 845), Lyon 6 (n° 860, 865, 869, 872, 875-876), Arles 26 (n° 837 à 839, 841, 850 à 859, 861 à 864, 866 à 868, 870-871, 873-874, 877), Aquilée 1 (n° 847), Rome 5 (n° 836, 840, 846, 848-849). Nous n’avons pas voulu attribuer des monnaies à un atelier sur la base de leur style, élément de classement trop subjectif, et nous n’avons pas assigné à tel pou tel atelier des pièces dont la marque d’atelier ne se lisait plus que d’après des critères objectifs comme des identités de coins, des marques d’émissions ou des césures de légendes caractéristiques. Remarquons d’ailleurs que, si nous faisions entrer les pièces 836 à 877 dans la répartition par ateliers, celle-ci ne subirait pas de modification appréciable : Arles viendrait en tête avec 329 pièces pour 316 à Lyon, donc toujours à peu près à égalité, mais n’atteindrait pas 40% du nouveau total.
(16) P. BASTIEN, Le monnayage de Magnence (350-353), Wetteren, 1964, p. 107 et pl. XVII, 14. L’exemplaire du Cabinet des Médailles de La Haye, reproduit par le Dr Bastien, ne provient pas des mêmes coins que celui du trésor de Hemptinne.







GratienVal.IIThéod.Total Règne GratienMagnus maximusTotal Magnus Maximus? EmpTot Gén.
R.p.V.a.R.p.V.a.
Trèves2 - - -2 - - - -2
Lyon42235523710668
Arles30 -2 -32 - - -335
Aquilés2 - - 13 - - -14
Rome2 - - -2 - - - -2
Siscia2 - - 13 - - - -3
Atelier indét.3112 3372 -21150
1103710130571221163


R.p. = Reparatio reipub ; V. a. = Victoria augg ; Val. II = Valentinien II ; Théod. = Théodose ; ? Emp. = Empereur indéterminé.

La répartition des imitations diffère très nettement de celle des pièces officielles. Magnus Maximus, majoritaire parmi les empereurs représentés sur les pièces officielles, ne compte que peu d’imitations à son nom (12 sur 142). Quant aux ateliers, la prédominance de Lyon est beaucoup plus marquée parmi les imitations que parmi les pièces officielles. Si nous considérons l’ensemble des monnaies officielles, Lyon et Arles fournissent un nombre à peu près égal d’exemplaires alors que les imitations qui portent la marque de Lyon sont environ deux fois plus nombreuses que celles qui s’inspirent de pièces émises en Arles (17) . Une certaine suprématie de Lyon sur Arles s’observe d’ailleurs, parmi les pièces officielles antérieures à la mort de Gratien : les monnaies émises en Arles n’atteignent, pendant cette période, que 74,04 % (97 sur 131) du total de les frappées à Lyon. Dans le groupe des imitations, toutefois, la prédominance de Lyon est plus marquée puisque les pièces à la marque d’Arles ne représentent que 51,47 % (38 / 68) de l’ensemble de celles à la marque de Lyon. Les imitations qui s’inspirent de monnaies émises à Trèves sont nettement moins nombreuses que les pièces officielles émises dans cet atelier (2 pour 113 marques identifiées au lieu de 136 pour 815) ; tandis que Siscia est, proportionnellement mieux représenté parmi les imitations que parmi les pièces officielles (3 pour 113, 3 pour 815) (18) . Enfin, si nous nous limitons aux pièces dont l’interprétation est certaine, il semble que les imitations de pièces de Rome soient beaucoup plus rares (2 pour 113, 55 pour 815) et les imitations de pièces d’Aquilée un peu plus communes (4 pour 113, 8 pour 815) que les pièces officielles issues de chacun de ces deux ateliers. Mais les graveurs à qui sont dues les pièces imitées ont fort bien pu confondre la marque SMAQ, voire SMAQP d’Aquilée et la marque SMRQ de la quatrième officine de Rome. Nous avons, de ce fait, classé aux indéterminés 3 pièces que la marque d’exergue corrompue ne permettait pas d’attribuer avec certitude soit à Rome, soit à Aquilée (19) .

En tenant compte du caractère approximatif des imitations, nous pouvons admettre que le groupe des pièces imitées du trésor d’Hemptinne présente les mêmes traits dominants que l’ensemble des pièces officielles émises après 378 et avant la mort de Gratien. La répartition des imitations s’expliquerait aussi très facilement si nous pouvions supposer que leur fabrication a cessé au début du règne de Magnus Maximus. Nous savons toutefois que certaines, tout au moins, de ces imitations datent de la fin du règne de l’usurpateur. En effet, Magnus Maximus émet tout d’abord et, sans doute, nous le verrons plus loin, pendant assez longtemps, des aes 2 au type Reparatio réipub, semblables à ceux de Gratien. Ensuite, il crée le type Victoria augg dont l’apparition correspond d’ailleurs avec une dévaluation de l’aes 2. Or, le trésor de Hemptinne contient les imitations du type Victoria augg (n° 893, 894, 916, 921 et 1017 à 1019 au nom de Magnus Maximus lui-même ; n° 895, 896 et 974 au nom de Gratien). En outre, sur deux autres imitations (n° 1039 et 1040), la légende Victoria augg accompagne le type de l’empereur relevant une femme agenouillée, c’est-à-dire le type Reparatio reipub.

La production d’imitations se poursuit donc jusqu’à la fin de la période à laquelle appartiennent les pièces officielles du trésor d’Hemptinne mais elle semble avoir été plus abondante soit pendant le règne de Gratien soit au début du règne de Magnus Maximus, à un moment où les monnaies au nom de l’usurpateur ne figuraient pas encore en majorité dans la circulation monétaire. Les imitations apparaissent, en général, aux époques où la production des ateliers officiels ne parvient pas à satisfaire les besoins de la circulation monétaire, tout au moins en ce qui concerne un certain type de pièces. Comme l’on n’avait plus frappé de bronzes de grand format depuis plus de 15 ans au moment où Gratien émit à nouveau des aes 2, il est fort possible que les premières émissions de ces pièces n’aient pas suffi aux besoins d’une population parmi laquelle le thésauriseur de Hemptinne n’était sans doute pas seul à apprécier et à collectionner les aes 2.
Les divergences qui subsistent entre, d’une part, la répartition par ateliers des pièces officielles émises sous Gratien et, d’autre part, celle des marques d’ateliers sur les imitations provient peut-être de ce que l’atelier ou les ateliers qui ont produit les imitations se situent dans une autre région, plus éloignée de Trèves, notamment, que celle où le trésor a été enfoui. Mais nous connaissons trop mal la circulation monétaire de cette période pour avoir une certitude à ce sujet.


(17) En outre, trois imitations ont subi l’influence, à la fois, des pièces de Lyon et de celles d’Arles puisqu’elles portent, l’atelier d’Arles (n° 964 à 966). Quatre autres pièces dont l’exergue ne se lit plus ont également le S de Lyon au revers (n° 983, 999, 1030 et 1031).
(18) Nous avons classé parmi les pièces indéterminées le n° 974 dont la marque d’exergue .AICS pourrait bien s’être inspirée de celle de Siscia.
(19) Les n° 967 (SMAQP), 968 (SMAQP) et 1009 (SMAQP) se réfèrent certainement à Aquilée, de même, sans doute, que le n° 1028 (]AQP[). De même les n° 969 (SMRB) et 971 (SMRQ) s’inspirent de marques romaines. Les cas douteux que nous avons classés comme indéterminés sont ceux des n° 970 (..AQ), 972 (SNAQ) et 1010 (SMA.). Le A qui figure dans leur libellé fait penser à l’atelier d’Aquilée, mais il peut aussi, très facilement, provenir d’une mauvaise lecture du R de SMRQ.
Le contexte historique et numismatique


Lorsque l’empereur Valens disparaît à la bataille d’Andrinople, le 9 août 378, Gratien qui exerçait déjà la tutelle de son jeune demi-frère et collègue Valentinien II devient, en fait, le seul maître de tout l’Empire. Le 19 janvier 379, Gratien élève à la dignité d’Auguste Théodose qu’il avait nommé magister equitem après la mort de Valens et qui venait de remporter une brillante victoire sur les Sarmates qui ravageaient la Pannonie. Théodose I obtient le gouvernement de l’Orient et, en outre, à titre provisoire sans doute, celui des diocèses de Dacie et de macédoine, dévastés par les Barbares (20) .

Il semble que l’on n’ait pas frappé de bronze pendant les quelques mois qui séparent la mort de Valens de l’avènement de Théodose puisque les pièces de la première émission d’aes 3 postérieure à 378 portent notamment les légendes VICTORIAAVGGG et CONCORDIAAVGGG qui indiquent une époque où régnaient trois empereurs, soit Gratien, Valentinien II et Théodose Ier. Cette première émission d’aes 3 comprend trois types de revers « différenciés » c’est-à-dire que chacun d’eux est attribué, entièrement ou, tout au moins, en majorité, à l’un des empereurs : Virtus romanorum pour Gratien, Victoria auggg pour Valentinien II et Concordia auggg « Constantinople » pour Théodose Ier. Urbs Roma remplace Victoria auggg pour Valentinien II dans les ateliers orientaux où cette émission existe au complet, soit à Nicomédie et à Antioche. Le type Concordia auggg (« Constantinople »), réservé à Théodose au cours de la première émission, se présente de la même manière dans tous les ateliers, sauf à Trèves qui en donne une version particulière (21) .

Les aes 3 de la deuxième émission ne sont plus « différenciés » et portent tous la légende Concordia auggg. Les ateliers occidentaux émettent ces aes 3 au type de « Rome », tandis que les ateliers orientaux adoptent à la fois une variante du type de « Rome » occidental et le type de « Constantinople » en une ou deux variantes qui se distinguent de celles de la première émission. Trèves continue, en outre, le type Virtus romanorum mais émis, cette fois, au nom des trois empereurs, tandis que l’atelier de Rome suit le schéma « oriental » et que celui d’Antioche ajoute la variante « occidentale » du type de Rome au schéma oriental (22) .
Depuis 364, l’aes 3 constitue, pratiquement, la seule dénomination employée pour le bronze. Dès le début de la période 3787-383, Gratien en usage l’aes 4 qu’il réserve à la célébration des anniversaires impériaux, les vota. A Trèves, nous connaissons une pièce qui commémore les vota V de Valentinien II et qui porte la marque TRP réservée à la première émission d’aes 3 ; de même, à Thessalonique et à Constantinople, les vota XV de Gratien et, en outre, à Constantinople, les vota V de Valentinien II, ont les marques TES et CONA qui ne figurent plus sur les aes 3 de la seconde émission.

(20) Ernest STEIN, Histoire du Bas-Empire. I. De l’Etat romain à l’Etat byzantin. Ed. franç. Par J. R. PALANQUE, 1959, p. 190-191.
(21) J. W. E. PEARCE, The Roman Imperial Coinage, IX. Valentinian I – Theodosius I, Londres 1951, p. XVIII (cite dorénavant comme RIC). De Cyzique, seul le type Concordia augg est attesté, tandis que Constantinople, Héraclée et Alexandrie ne paraissent pas avoir connu cette émission, non plus, d’ailleurs, que Lyon en Occident. Siscia, directement exposée aux attaques des Barbares, manifeste peu d’activité à cette époque et, seul de la émission, le type Virtus romanorum nous est connu. Pour la distinction entre « Rome » et « Constantinople », voir : R. A. G. CARSON et J. P. C. KENT, Late Roman Bronze Coinage, II, Londres 1965, p. 42 (cité désormais : LRBC).
(22) La deuxième émission d’aes 3 n’existe pas en Arles.



Enfin, les aes 2 au type Reparatio reipub apparaissent au cours de la seconde émission d’aes 3. Les aes 4 aux vota V de Valentinien II et XV de Gratien se rencontrent pendant cette période. Il semble donc que l’on ait, dans certains ateliers tout au moins, frappé simultanément les trois dénominations de bronze. Toutefois, les émissions d’aes 2 sont plus abondantes dans les ateliers occidentaux, celles d’aes 3 le sont davantage en Orient, sauf à Antioche qui émet en grand nombre les aes 2 Reparatio reipub (23) .
La formule employée sur les aes 4 qui commémorent les vota de Valentinien II et de Gratien, VOT V MULT X et VOT XV MVLT XX, montre qu’il s’agit, en principe, de vota soluta / suscepta, c’est-à-dire d’un anniversaire échu en ce qui concerne le premier chiffre (vota soluta) et d’un souhait relatif à l’anniversaire suivant (vota suscepta). La cinquième année du règne de Valentinien II, année pendant laquelle il devait, théoriquement, célébrer ses vota V, s’écoule de novembre 379 à novembre 380 ; la quinzième année du règne de Gratien s’étend du mois d’août 381 au mois d’août 382. La première émission d’aes 3 se termine au moment où apparaissent les aes 4 aux vota V / X de Valentinien II, donc à la fin de l’année 379 si ces vota ont été célébrés à la date exacte. La deuxième émission d’aes 3 commence au cours de cette célébration, soit avant novembre 380 et dure encore au moment où l’on commence à fêter les vota XV / XX de Gratien et où apparaissent les aes 2 du type Reparatio reipub c’est-à-dire après août 381. Il est d’ailleurs fort possible que la frappe des aes 3 et celle des aes 2 n’ait pas débuté en même temps dans tous les ateliers ; en tous cas, l’émission des aes 2 paraît bien avoir duré plus longtemps en Occident, celle des aes 3 plus longtemps en Orient et à Rome (24).

(23) RIC, p. XVIII - XIX.
(24) Ce schéma nous est fourni par l’atelier de Trèves qui utilise successivement trois signatures : TRP pour les aes 3 de la première émission et un rare aes 4 aux vota V / X de Valentinien II ; SMTR pour la deuxième émission d’aes 3 et les aes 4 aux vota V / X de Valentinien II et XV / XX de Gratien. La succession des marques dans les autres ateliers ne s’oppose pas essentiellement à cette hypothèse : à Thessalonique et à Constantinople, les marques TES et CONA, employées pour les vota, ne sont plus en usage lorsque les aes 2 et les aes 3 de la deuxième émission apparaissent, mais le changement de marque peut fort bien s’être produit au cours de la célébration des vota XV de Gratien. A Siscia, une marque brève, SISC et SCIC’ se rencontre sur les rares aes 3 de la première émission, sur les aes 4 aux vota de Valentinien II et Gratien et sur un aes 2 de Valentinien II (LRBC 1511, inconnu au RIC), les marques plus longues (A(B)SISC, A(B)SISC’, *A(B)SISC et *A(B)SISC4) se retrouvent sur les aes 2, les aes 3 de la deuxième émission et les aes 4 aux vota V / X et XV / XX. Comme la marque ASISC se rencontre encore sur des vota X / XX qui sont, fort probablement ceux, anticipés cette fois, de Valentinien II, il est très vraisemblable que cette marque que l’on retrouve, au début de l’émission suivante, en 383, a été utilisée à deux reprises.


MM. Carson et Kent supposent que les émissions de bronze de la période 378-383 commencent, non pas en 379 comme le pensait Pearce, mais en 381 au plus tôt (25). Ils se fondent sur le fait que Thessalonique qui appartient à l’Illyricum oriental, administré par Théodose au début de son règne, frappe toutes les variétés « occidentales » de bronzes ; or, pour MM. Carson et Kent, comme pour Pearce d’ailleurs, l’Illyricum oriental (les diocèses de Dacie et de Macédoine) ne serait revenu à l’Occident que vers le milieu de 381. Nous savons, en effet, que l’évêque Acholius de Thessalonique assistait au début du concile de Constantinople (26) qui se réunit en mai 381 et qui ne groupe, par ailleurs, que des évêques dont les sièges épiscopaux se situent dans l’empire d’Orient. Le concile se sépare le 9 juillet 381 et l’une des lois de Théodose Ier qui rendent ses décisions exécutoires cite les principaux évêques orthodoxes de l’Empire d’Orient : Acholius de Thessalonique ne figure point parmi ceux-ci (27) .
Il paraît difficile de reporter à la période 381-383 toute la production de bronze de cette période. En effet, si les aes 3 de la première émission sont peu courants et les aes 4 généralement rares, par contre, les aes 3 de la seconde émission en Orient et les aes 2 en Occident et à Antioche ont été émis en abondance. Or, en Gaule, la frappe des pièces an nom de Gratien s’interrompt au plus tard à sa mort, en août 383 ; tandis que, en Orient, Théodose, lorsqu’il proclame Auguste son fils Arcadius, en Janvier 383, inaugure un nouveau monnayage en bronze (aes 2 et aes 4) entièrement différent par ses types (aes 2) ou sa taille (aes 4) de celui de Gratien (28).

Pearce résout le problème que posent les émissions de Thessalonique en supposant que le gouvernement de l’Illyricum oriental n’a pas été confié à Théodose dès son avènement, mais seulement quelques mois plus tard (29). Cette hypothèse est fort plausible, puisque la présence de Théodose à Thessalonique n’est attestée qu’à partir du 17 juin 379 et que le texte le<plus probant en ce qui concerne l’autorité de Théodose sur la Macédoine date du 17 mars 380 (30) . Si la supposition de Pearce est exacte, la première émission d’aes 3 se placerait à Thessalonique comme dans les autres ateliers en 379. L’activité de l’atelier aurait été interrompue au cours de cette année et les frappes n’auraient repris qu’en août 381, avec les aes 4 aux vota XV / XX de Gratien.

En 383, Magnus Maximus, proclamé empereur en Bretagne par les troupes avec lesquelles il venait de battre les Pictes et les Scots, débarque en Gaule. Gratien, bientôt abandonné par son armée qui se rallie à l’usurpateur, fuit vers l’Italie mais il est capturé à Lyon par le magister equitum de Magnus Maximus et assassiné le 25 août. Maximus ne franchit pas les Alpes, gardées par les troupes de Valentinien II, et il envoie une ambassade à Théodose pour lui demander de le reconnaître comme co-empereur, ce qu’il obtient d’ailleurs, probablement en 384 (31). Cette reconnaissance se manifestera, notamment, par la nomination comme consul, pour l’année 386, d’Evodius, préfet du prétoire de Maximus et par la frappe, à Constantinople, d’aes 2 au nom de Magnus Maximus. Les aes 2 au nom de Maximus datent de 385 ou de 386, ils sont antérieurs, en tout cas, à la mort de la première femme de Théodose, Aelia Flacilla, puisqu’ils portent les mêmes marques d’émission que les aes 2 de cette impératrice (32) .

En 387, les conseillers de Valentinien II commettent l’erreur de requérir l’aide de Magnus Maximus contre les Barbares qui attaquaient la Pannonie. Maximus profite de cette occasion pour pénétrer en Italie avec son armée et valentinien II s’enfuit à Thessalonique. L’année suivante, en 388, Maximus attaque l’Illyricum occidental mais Théodose vainc ses troupes à Siscia, puis à Poetovio, et parvient en Aquilée où Maximus est fait prisonnier. En juillet ou en août 388, Maximus est massacré par les soldats de Théodose et son fils Victor qu’il avait nommé Auguste au moment d’envahir l’Italie est tué avant la fin de l’année (33) .

A partir de 383, le monnayage de bronze de Magnus Maximus continue, tout d’abord, celui de Gratien ; l’usurpateur frappe des aes 2 au type Reparatio reipub et de rares aes 4, de grand format, qui célèbrent ses vota V suspecta. La première émission d’aes 2 de Maximus, fort abondante, couvre sans doute une période assez longue. Il frappe ensuite des aes au type de l’empereur debout à gauche, tenant un globe surmonté d’une Victoire et le labarum, accompagné de la légende Victoria augg. Ses aes 2, de poids et de diamètre réduits, sont beaucoup plus rares que ceux de la première émission (34). A Lyon, ils s’accompagnent d’aes 4 de grand format qui portent également la légende Victoria augg mais qui ont pour type de revers une Victoire marchant à gauche et de très rares aes 4 aux vota V / X de Maximus. La cinquième année du règne de Maximus commence, soit à la fin de 386, soit au début de 387 : il est donc fort possible que ces vota aient été célébrés à la date exacte. Nous ne connaissons aucune pièce à la légende Victoria augg émise au nom du fils de Maximus, Flavius Victor, il semble donc que les deux empereurs auxquels se réfère la formule augg soient Maximus et Théodose, valentinien II et Arcadius étant délibérément ignorés.
Enfin, la dernière émission de bronzes de Maximus, la seule que connaissent les ateliers italiens qu’il occupe en 387-388 se compose uniquement d’aes 4, du format réduit que Théodose utilise depuis 383 et au revers Spes romanorum, aes 4 émis, cette fois, au nom de Flavius Victor aussi bien qu’à celui de son père (35).

(25) LRBC, p. 42-43.
(26) La présence, à Constantinople, du seul Acholius de Thessalonique ne prouverait d’ailleurs rien : Théodose avait en vénération particulière cet évêque qui l’avait baptisé et aurait fort bien pu l’inviter à titre personnel. Il semble toutefois, que d’autres évêques de Macédoine aient été présents, sinon à l’ouverture du concile, du moins un peu plus tard : GREGOIRE DE NAZIANCE, De vita, v. 1800 ; G. RAUSCHEN, Jahrbücher der christlichen Kirche unter dem Kaiser Theodosius dem Grossen, p. 96 ; E. STEIN, Histoire du Bas-Empire, p. 198 ; SOCRATE, Hist. Eccl. V, 8 mentionne seulement Acholius de Thessalonique.
(27) Cod. Theod. XVI, 1, 3 du 30 juillet 381 qui traite de la remise des églises aux orthodoxes.
(28) 2RIC, p. XIX. Les aes 4 de cette émission célèbrent les vota V (suscepta) d’Arcadius, les vota XX / XXX de Gratien et X / XX de Valentinien II, toutes deux anticipés. Les vota V / X de Théodose, échus à cette date et qui figurent sur l’or, sont absents de la série des aes 4 où il s’attribue probablement les vota de Valentinien II : TRIC, p. XXXVIII.
(29) RIC, p. 165.
(30) O. SEECK, Regesten der Kaiser und Päpste, p. 251; Cod. Theod. IX, 35, 4 adressé à Albucianus, vicaire de Macédoine. G. RAUSCHEN, Jahrbücher, pp. 469-475, doute que l’Illyricum oriental ait appartenu à l’Empire d’Orient de 379 à 381 ; E. STEIN, Histoire du Bas-Empire, pp. 191-193 suppose que les diocèses de Dacie et de Macédoine ont été restitués à l’Occident dès septembre 380, lors de l’entrevue de Gratien et de Théodose à Sirmium, parce que Théodose transfère sa résidence de Thessalonique à Constantinople en novembre 380 ; O. SEECK, Regesten…, p. 255.
(31) G. RAUSCHEN, Jahrbücher…, p. 142-145, 172; E. STEIN, Histoire du Bas-Empire, p. 201-203.
(32) G. RAUSCHEN, Jahrbücher,… P. 144, n. 6 ; 227 pour Evodius. De 383 à 384 environ, Théodose occupe à nouveau l’Illyricum. L’émission d’aes 2,à laquelle appartiennent les pièces de Constantinople pour Maximus n’existe pas à Siscia et à Thessalonique et date donc, au plus tôt, de 385. Par contre, nos sources anciennes ne s’accordent pas en ce qui concerne la date de la mort d’Aelia Flacilla et celle du second mariage de Théodose avec Galla, sœur de valentinien II. G. RAUSCHEN, op. cit., p. 202-203 et 227, pense que Flacilla est morte en 385 et que Théodose s’est remarié en 386, mais les textes qu’il cite à l’appui de sa datation ne paraissent pas décisifs ; par contre pour E. STEIN, Histoire du Bas-Empire, p. 205, qui suit Zosinne (IV, 42, 3-43, 2), Flacilla serait morte en 386 et Théodose aurait épousé Galla en 387.
(33) G. RAUSCHEN, Jahrbücher…, P. 267-269, 280-283 ; E. STEIN, Histoire du Bas-Empire, p. 204-205, 207.
(34) Voir, ci-après, p. 36-37.
(35) RIC, p. XXII-XXIII, XXXI, 8, 37, 205; LRBC, p. 43.

Les pièces officielles


Les aes 2 aux types Reparatio reipub et Victoria augg qui constitue la presque totalité des pièces officielles du trésor de Hemptinne n’ont été émis, nous venons de le voir, que pendant une période relativement courte, six ans tout au plus : de la fin de 381 ou du début de 382 au milieu de 387. Ils ont aussi, sans doute, été thésaurisés dès leur apparition dans la circulation monétaire. En effet, le trésor comprend une assez forte proportion de monnaies qui proviennent, soit de la même paire de coins, soit du même coin de droit ou du même coin de revers (36). Ce phénomène s’observe parfois pour les pièces émises très peu de temps avant l’enfouissement d’un trésor, mais, ici, les correspondances de coins se rencontrent aussi fréquemment parmi les aes 2 de Magnus Maximus au type Reparatio reipub que parmi ceux au revers Victoria augg, plus récents. Elles sont d’ailleurs tout aussi courantes pour les pièces de Gratien, frappées quelques années plus auparavant. Les coins communs ne lient, à Hemptinne, que deux pièces, plus rarement trois, alors que, dans les trésors où l’on constate des liaisons de coins parmi les monnaies appartenant aux émissions les plus récentes, les exemplaires liés par un ou deux coins identiques sont, en général, beaucoup plus nombreux (37). Remarquons que nous n’avons pas rencontré de pièces à l’effigie de deux empereurs différents et provenant du même coin de revers, non plus d’ailleurs que des pièces du même empereur, mais appartenant à des émissions ou à des officines différentes, liées par leur coin de droit.

Chacun des ateliers représentés dans le trésor de Hemptinne possède en propre un ou plusieurs styles, c’est-à-dire que certains détails du buste impérial au droit et l’ensemble du type de revers sont traités d’une ou de plusieurs manières identiques sur les pièces issues d’un même atelier et que l’on distingue très facilement la facture de tel ou tel atelier. Ce style provient sans doute de l’interprétation personnelle que donne chaque graveur du modèle officiel qu’il reproduit. Le critère du style, comme moyen d’attribuer à tel ou tel atelier des pièces usées ou brisées qui ne portent plus de marque, peut paraître fort subjectif. Cependant, après avoir classé ces pièces par ateliers sur la base du style, nous avons comparé chaque groupe ainsi délimité aux monnaies qui possédaient encore leur marque d’atelier : 3 pièces sans marque provenaient de la même paire de coins, 5 du même coin de droit et 2 du même coin de revers que des pièces munies de leur marque.

Le détail le plus caractéristique, au droit, est le cabochon qui orne le diadème de perles que porte, presque invariablement, l’empereur. Le type de revers, plus complexe, se compose de trois éléments principaux : l’empereur représenté en pied, la femme (Respublica) agenouillée devant lui et à laquelle il tend la main droite, et la Victoire surmontant le globe qu’il tient de la main gauche.
A Trèves, le diadème impérial se termine par un volumineux cabochon rond, vu de profil ; une perle isolée posée sur la tête orne la partie arrière du cabochon. Gratien a, le plus souvent (12 pièces sur 14), les trois boucles de cheveux sur la nuque qui caractérisent son effigie dans cet atelier. L’empereur du type de revers, trapu, a de larges épaules, soulignées par les pteruges, les épaulettes, de sa cuirasse, et une tête ronde. La femme à couronne tourelée agenouillée devant lui, proportionnellement assez grande, se tient, le dos droit, un peu éloignée de l’empereur (pl. I, 21, 36, 42, 65 et 85).

Sur les pièces frappées à Lyon le diadème se termine, en général, par une simple rangée de perles, plus rarement pat un petit cabochon rond vu de profil et quelquefois par un cabochon rectangulaire vu de haut. Au revers, l’empereur, très grand, a le cou long et la tête ovale ; la femme, petite et ramassées sur elle-même, semble parfois lui baiser la main (pl. I, 193, 242, 287, 360 et 412)

En Arles, le diadème du droit se caractérise par un cabochon rond vu de haut (pl. I, 517, 545 ; II, 588, 617, 676, 756, 759) et plus rarement, de profil (pl. II, 754, 757, 760, 761). Cet atelier, très productif, emplois trois styles de revers :
1. L’empereur, petit, aux jambes épaisses, tient un globe surmonté d’une Victoire proportionnellement très grande et tend la main à une femme de petite taille, au cou long, ramassée sur elle-même (pl. II, 617).
2. L’empereur est grand, avec de larges épaules, une taille fine et une tête ronde ; la femme, de taille moyenne, a une petite tête surmontée d’une petite couronne, elle plie fortement la jambe droite qui repose sur la ligne de terre (pl. I, 545).
3. L’empereur, de grande taille, a les épaules tombantes et la tête massive, la femme, très grande, porte une couronne beaucoup trop large et laisse pendre la jambe droite sous la ligne de terre (pl. I, 487 ; II, 676).

En Aquilée, le cabochon rond vu de profil, se place plus haut qu’à Trèves, la perle qui en orne parfois l’arrière se place plutôt au-dessus de la tête que sur la chevelure. Entre les jambes de l’empereur, on voit de nombreux plis formés par son paludamentum, la femme, coiffée d’une couronne très haute et pointue, tient la cuisse gauche en position horizontale et laisse retomber la jambe droite (pl. II, 770, 774).

Enfin, à Rome, un cabochon ovale vu de haut, termine le diadème et surmonte l’effigie impériale. Le cabochon est rarement orné d’une perle à l’arrière. Au revers, une femme à la petite tête surmontée d’une petite couronne se trient assez loin de l’empereur, lui aussi de faible taille et d’allure massive (pl. II, 790, 806, 823).
L’atelier de Siscia est trop faiblement représenté dans le trésor de Hemptinne pour que nous puissions déterminer les caractères stylistiques qu’il produit.
Les monnaies émises par Magnus Maximus, à Lyon et en Arles, au type Victoria augg témoignent d’une exécution plus soignée que celle des pièces au revers Reparatio reipub. Leur style reste toutefois celui des monnaies de l’émission précédente. A Lyon, l’empereur du revers, de grande taille, tient sur un globe une Victoire qui rejette le haut du corps quelque peu en arrière tandis qu’en Arles nous rencontrons deux styles de revers. L’empereur est, soit petit et trapu, soit plus grand et mince ; dans les deux cas, la Victoire qui se penche vers lui, s’appuie sur la jambe gauche et rejette la droite en arrière (pl. II, 756-757, 759-761).
Le trésor de Hemptinne, par son ampleur, nous apporte quelques renseignements nouveaux sur la structure des émissions d’aes 2 dans les ateliers gaulois, Trèves, Lyon et Arles, pendant la période 381-386.

(36) Trèves, Gratien : 4 (2 x 2) pièces liées sur 14 ; Valentinien II : 4 (2 x 2) sur 219 ; Théodose Ier : 4 (2 x 2) sur 12 ; Maximus 16 (8 x 2) sur 91.
Lyon, Gratien 29 (13 x 2, 1 x 3) sur 127 ; Maximus, Reparatio : 33 (12 x 2, 3 x 3) ; Maximus, Victoria : 11 (4 x 2, 1 x 3) sur 31.
Arles, Gratien 2 sur 77 ; Valentinien II : 5 (2 + 3) sur 20 ; Maximus, Reparatio : 35 (16 x 2, 1 x 3) sur 190 ; Maximus, Victoria : 2 sur 10.
Aquilée, Théodose Ier : 4 (2 x 2) sur 28.
Rome, Gratien : 4 (2 x 2) sur 28.
Atelier indéterminé (Lyon ?), Maximus : 2 sur 28.
(37) Voir, par exemple : Paul NASTER, La trouvaille d’antoniniani de Grotenberge et le monnayage de Postume, dans Revue belge de numismatique, t. 97, 1951, p. 64-74.

Trèves.
(38) Une pièce sans marque d’atelier (n° 52), mais provenant du même coin de droit qu’une pièce de Trèves (n° 51)
(39) Une pièce sans marque (n° 65) provenant du même coin de droit qu’une pièce de Trèves (n° 61).
(40) Une pièce SMT (n° 147) provient de la même paire de coins qu’une pièce SMTRP (n° 117), une pièce sans marque (n° 156) du même coin de revers qu’une pièce SMTRP (n° 70).
(41) Six pièces sans marque attribuées à Trèves à cause de la césure MAX / IMVS au droit.



Le trésor de Hemptinne nous montre que la seconde officine (SMTRS) de l’atelier de Trèves qui disparaîtra après 388, ne manifeste plus qu’une activité insignifiante dès avant la mort de Gratien, en 383.
Toutes les pièces de Valentinien II portent, au droit, la légende DNVALENTINIANVSIVNPFAVG, 10 d’entre elles présentent la ligature IVNP (pl. I, 42), 3 autres les ligatures IVNP et AVG. Pearce signale de telles ligatures pour des siliques de Valentinien II (RIC 43, 57a, 59a), de Valens (RIC 45b, 46a), de Gratien (RIC 45c, 46b) et de Magnus Maximus (RIC 83b et c), ainsi que pour des aes 3 de Gratien, Valentinien II et Théodose (RIC 68, 69, 71a et c), tous émis à Trèves, mais il ne semble pas en avoir rencontré sur les aes 2.

Lyon

La seconde officine de Lyon produit un peu moins de pièces que la première pour chacune des séries en présence. Gratien semble n’avoir guère émis de pièce au nom de ses collègues Valentinien II et Théodose : Pearce connaît des aes 2 de Lyon au nom de Théodose et à la marque LVGP, S (RIC 28c) qu’il considère d’ailleurs comme très rares (R²) ; il cite, en outre, une pièce de Valentinien II de la série LVGP, sans S dans le champ, série qui est également absente à Hemptinne (RIC 28b, 1).
D’après les données du trésor d’Hemptinne, il semblerait que l’émission caractérisée par la lettre S à droite dans le champ du revers soit réservée à Gratien et à Valentinien II, tandis que les lettres P et C n’apparaîtraient que sous Magnus Maximus. Pearce cite, d’une part, au aes 2 de Gratien à la marque ___P_
LVGS’ , conservé à l’Ermitage ; d’autre part, un aes 2 de Magnus Maximus à la marque ____S_
LVGS’ , conservé à Copenhague (RIC 28a ; 32, 5). Sur la pièce de Copenhague, le début du nom de l’empereur est, en partie, hors flan, mais il semble bien que l’on doive lire DNGRATI[A]/[ ; la pièce de l’Ermitage, par contre, est fort usée et le début du nom impérial n’y figure plus ; toutefois la lette qui suit la césure ressemble plus à un M qu’à un N (42) . L’existence de pièces ___P_ au nom de Gratien et de pièces ___S_ au nom
LVGP LVGP
de Magnus Maximus devrait donc être confirmée par des monnaies plus probantes que celles citées par Pearce.

(42) Nous remercions Madame L. N. BIELOVA (Leningrad) et Mademoiselle Anne Jacobsen (Copenhague) de nous avoir procuré un moulage de ces pièces. Mademoiselle Jacobsen a bien voulu, en outre, vérifier notre lecture sur la pièce. La pièce de Leningrad porte le n° d’inventaire 17.374, elle pèse 4,63 g., la position relative de ses coins est 6.

(1)
(2)
(3)
(4)
(5)
(6)
(7)
(8)
(9)
(10)
(11)
(12)
(13)
Total
Gratien
15
10
6
48
35(43)
13
-
-
-
-
-
-
-
127
Valentinien II
-
-
-
3
1
-
-
-
-
-
-
-
-
4
Magnus Maximus Reparatio
32
29
9
-
-
-
20
16
12
11
4
8
3
144
Magnus Maximus Victoria
18
13
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
31
Empereur indéterm.
1
1
-
1-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
31
66
53
15
52
36
13
20
16
13
11
4
8
3
310


(43) Pour les 4 notes de ce tableau, vous référer au livre.


(1)= LVGP ; (2) = LVGS ; (3) = LVG[ ; (4) = __S_ ; (5) = __S_ ; (6) = __S_ ; (7) =
LVGP LVGS LVG[

__S_ ; (8) = __P_ ; (9) = __P_; (10) = __C_; (11) = __C_; (11) = __C_
LVGP LVGS LVG[ LVGP LVGS LVG[


Arles.

PCON
SCON
TCON
JCON
Total
Gratien
20
26
21
10 (44)
77
Valentinien II
8
6
3
3
20
M. Maximus, Reparatio, diad. perles
60
63
54 (45)
11
188
M. Maximus, Reparatio, diad. rosettes
1
1
-
-
2
M. Maximus, Victoria, diad. Perles
2
2
3
-
7
M. Maximus, Victoria, diad. rosettes
2
1
-
-
3
Empereur indéterminé
2
2
1
1
6
95
101
82
25
303



(44) 1 pièce sans marque (n° 543) provient du même coin de droit qu’une pièce PCON (n° 508)
(45) 2 pièces sans marque (n° 741 et 742) proviennent, respectivement, de la même paire de coins et du même coin de revers que des pièces TCON (n° 719 et 728)




Les trois officines d’Arles manifestent une activité à peu près semblable. Ici comme à Lyon, Gratien doit avoir émis fort peu de pièces au nom de Théodose Ier : Pearce (RIC 20d) en cite deux, l’une à la marque PVCON, l’autre à la marque TCON, qu’il considère comme fort rares, de même que les pièces de Valentinien II à la légende DNVALENTINIANVSPFAVG (RIC 20b, PCON). Les 2Z0 pièces de Valentinien II de l’atelier d’Arles que contient le trésor d’Hemptinne, portent toutes la légende courante DNVALENTIANVSIVNPFAVG. De même, les 20 pièces de Magnus Maximus ont toutes, au droit, la césure MAXI / MVS, bien que Pearce connaisse également, pour le type de revers VICTORI / AAVGG, la césure MA / XIMVS (RIC 27a).
Un diadème formé alternativement d’un bijou en forme de rosette et de deux perles remplace parfois, pour l’effigie de Magnus Maximus, le diadème à deux rangs de perles. Le diadème de perles est beaucoup pus commun que le diadème de rosettes sur les pièces au revers Reparatio reipub (188 / 2) ; sur les pièces de l’émission Victoria augg, le diadème de perles apparaît aussi plus souvent (7 / 3).
Le trésor de Hemptinne comprend une pièce avec le diadème de rosettes au revers Reparatio reipub et à la marque PCON (pl. II, 617) alors que Pearce (RIC 26b) ne connaît cette variante que pour la marque SCON.
Pour le type Victoria augg, Pearce n’a rencontré que la marque PCON sur les pièces au diadème de perles (RIC 27b), tandis qu’il cite les trois officines P, S et TCON pour celles au diadème de rosettes (RIC 27c).Toutefois, l’exemplaire du Cabinet des Médailles de Bruxelles (RIC 27c 3) qu’il cite comme référence pour la marque TCON porte en fait, le diadème de perles et doit donc être reporté à son n° 27b. Le trésor de Hemptinne nous apporte 2 exemplaires ç ce type de revers qui sont à la fois le diadème de perles et la marque SCON (pl. II, 759), non encore attestée pour cette variante.
Les perles qui séparent les rosettes dans le diadème de rosettes sont remplacées par de petites feuilles de laurier sur une des pièces de Hemptinne (pl. II, 756, Victoria augg, PCON). Il s’agit peut-être d’une variante accidentelle, de l’erreur d’un graveur qui aura mal compris son modèle.
Les pièces du trésor de Hemptinne témoignent d’une fabrication très soignée, tant au point de vue de la gravure des coins que de celui de la technique de frappe.

Les erreurs de gravures, ou de poinçonnage, des légendes se rencontrent très rarement : à Trèves, le n° 421 (Valentinien II) porte REIPVS pour REIPB au revers, tandis que le R de PEUPIVB est retourné (ß) sur le n° 71 (Magnus Maximus).

Nous avons également relevé fort peu de doubles frappes, c’est-à-dire de pièces qui portent une double empreinte parce que l’un des coins a glissé au moment de la frappe. Ce défaut se remarque au droit des n° 177 (Lyon, Gratien), 613 ( Arles, Magnus Maximus) et 821 (Rome, Théodose Ier), au revers du 611 (Arles, Magnus Maximus). Il arrive, en effet, que, au cours de la frappe, un flan adhère au coin supérieur (coin de revers), de ce fait, la pièce suivante porte en relief,l’empreinte du coin inférieur (coin de droit) et, sur l’autre face, en creux, celle du droit déjà imprimé sur le flan accroché au coin supérieur ; cet accident produit une pièce incuse de droit. Les incuses du revers se rencontrent moins souvent que les incuses du droit, sans doute parce que, si le flan adhère au coin inférieur, l’ouvrier s’en aperçoit plus facilement. Le trésor de Hemptinne contient une seule incuse du droit, le n° 857, à l’effigie de Magnus Maximus ; tandis que le n° 562 (Arles, Valentinien II) est une incuse du droit corrigée, c’est-à-dire refrappées ; le buste impérial en creux se voit fort bien sous le type de revers.

La position relative des coins de droit et de revers peut être établie pour 853 pièces : sur 446 d’entre elles, les coins se placent en position 6 par rapport au cadran horaire, c’est-à-dire tête-bêche, sur 354 autres les axes des colins correspondent, les coins sont, par conséquent, en position 12. Les axes de coins divergents sont peu nombreux et leur position se rapproche, le plus souvent, des positions 12 ou 6 : nous avons ainsi les positions 1 sur 23 pièces, 11 sur 8 pièces, 5 sur 5 pièces, 7 sur 15 pièces, tandis que 2 pièces seulement présentent des axes nettement divergents, placés respectivement en position 4 et 8.

Les différentes pièces issues de la même paire de coins présentent, en majorité, une même position des axes. Il arrive cependant que, de deux pièces provenant des mêmes coins de droit et de revers, l’une ait la position 6, l’autre la position 12 (46) . La frappe emble donc avoir été effectuée au moyen de coins mobiles. En effet, si les coins avaient été fixés, par exemple, aux extrémités des deux bras d’une sorte de tenaille, les monnaies issues de la même paire de coins auraient été nécessairement une position identique des axes de coins. Toutefois, les cons devaient être munis de repères qui permettaient de les placer facilement en position 6 ou 12, puisque ces deux positions ou celles qui s’en rapprochent sont nettement majoritaires.
La proportion de pièces en position 6 et de pièces en position 12 semble à peu près équivalente dans chacun des quatre ateliers, les trois ateliers gaulois et Rome, pour lesquels le trésor de Hemptinne nous fournit un matériel suffisant en nombre (47) . Aucune de ces deux positions ne caractérise donc les produits de l’un des ateliers en présence. Par contre, il semble que la position 6 se rencontre beaucoup plus fréquemment parmi les pièces au type Victoria augg que parmi celles au revers Reparatio reipub. Pour les 41 aes 2 au type Victoria augg, nous avons 33 pièces en position 12, auxquelles il faut ajouter 1 pièce en position 7 (48) .
Il semble donc que la position 6 soit, à cette époque tout au moins, celle que l’on désire obtenir et que la frappe des Victoria augg soit encore plus soignée que celle des Reparatio reipub, peut-être parce qu’il s’agit d’une émission beaucoup plus restreinte.

(46) Tel est le cas des monnaies n° 66 et 110, 217 et 231, 250 et 276, 694 et 731. Trois autres couples ont des axes de coins presque identiques : n° 117 et 147 : 6 et 7 ; 321 et 328 : 7 et 6 ; 794 et 798 : 12 et 1.
(47) Trèves : 73 x 6,53 x 12 ; Lyon : 191 x 6, 106 x 12 ; Arles : 142 x 6, 140 x 12 ; Rome : 23 x 6, 27 x 121.
(48) Pour Reparatio reipub : 413 x 6, 347 x 12, 52 positions divergentes pour 812 pièces. Les chiffres donnés ci avant se rapportent à l’ensemble des aes 2 du trésor.

Les imitations.


Beaucoup d’imitations se distinguent immédiatement des pièces officielles par le gravure maladroite et les mauvaises proportions de leur type de revers ou même, bien que moins fréquemment, de leur type de droit (voir en particulier, les pièces reproduites aux pl. V et VI). Leurs légendes sont fréquemment incorrectes parce que le graveur a omis certaines lettres ou les a remplacées par d’autres. Nous trouvons, par exemple, sur la plupart des imitations découvertes à Hemptinne, des A écrits H ou N ou encore II, des B écrits D, des P remplaçant des R ou le contraire, des confusions entre A (A sans traverses), et V, tandis que les S, les N et même le D (pour B) sont fréquemment écrits de droite à gauche. Dans les cas extrêmes, mais ceux-ci se rencontrent moins fréquemment parmi les pièces de Hemptinne que dans d’autres séries, les légendes ne sont plus qu’une suite de traits ou de signes à peu près dépourvus de sens (par exemple : DIIGPIII / IISCIIIIC qui remplace le nom de Gratien au droit du n° 923, pl. IV). La formule PFAVG du droit devient PTAVG (n° 881-2, 881, pl. III), PAVG (n° 883-4, pl. III), FAVG (n° 914, pl. IV), PFAB (n° 959, pl. VI) et même PFAPC sur trois pièces de coins différents (n° 906-908, pl. IV) ; tandis que, pour GRATIANVS, nous trouvons notamment, GRTIANVS (n° 897-898, pl. III, 901, pl. IV), GRATINS (n° 906-907, pl. IV), GRATAINS (n° 908, pl. IV), et pour DNMAGMAXI / MUSPFAVG, DNIA….XI / MASPPA[ sur une pièce de style assez élégant (n° 891, pl. III).

Les imitations les plus adroites, par contre , peuvent aisément se confondre avec des pièces officielles et réciproquement. Les n° 883-885 ont bon aspect et l’erreur PAVG au droit de 883-884 est de celles que l’on pourrait, à la rigueur, rencontrer sur une pièce officielle, mais ce droit lie un revers de Lyon (n° 883) à un revers de Trèves (n° 884), ce qui rend une origine officielle fort peu probable et, en outre, parmi les pièces n° 883-886 étroitement liées par leurs coins (49), nous rencontrons le n° 886 au revers grotesque et à la marque LGVS pour LVGS (pl. III). Les n° 887-888, issus de la même paire de coins (pl. III) ont un droit d’un style excellent, bien qu’il ne ressemble en rien à celui des pièces officielles de Lyon dont ces deux pièces portent la marque. Cependant, leur revers, assez mal proportionné ressemble étrangement à celui des n° 889-890 (pl. III) à la marque CONP et à celui du n° 891 (pl. III) à la légende de droit fort incorrecte. Nous avons classé aux imitations les n° 893-894 (pl. III) dont les légendes sont, apparemment, correctes parce que leur style assez grossier nous paraissait incompatible avec la finesse extrême des aes 2 officiels de Magnus Maximus au type Victoria augg. Enfin, le droit des n° 895-896 (pl. III) est très bon, mais ces pièces joignent le nom de Gratien au revers Victoria augg qui n’apparaît que quelques années après sa mort, tandis que la pièce n° 972 joint à un droit excellent (pl. IV) un revers tout à fait disproportionné, avec la marque d’atelier aberrante SNAQ.

Chaque groupe de pièces liées par des identités de coins provient évidemment d’un même atelier, il en est sans doute de même pour les imitations que leur parenté de style rapproche, ou qui se rattachent, par le style de leur droit ou de leur revers, à un ensemble de pièces liées par les coins. Tel est le cas des n° 878 à 905 qui se répartissent en 11 groupes de pièces liées par les coins ou de pièces apparentées à celles-ci par le style et les n° 906 à 921 qui forment 2 ensembles de pièces liées uniquement par le style. Ces 13 groupes intéressent 41 des 161 pièces que nous avons classées parmi les imitations (pl. III et IV). Les 120 autres ne présentent pas, entre elles, de ressemblances suffisamment évidentes pour que nous puissions les grouper.
Il est impossible dans l’état actuel de nos connaissances, de déterminer si les imitations trouvées à Hemptinne proviennent d’un ou de plusieurs ateliers locaux. En effet, certaines pièces issues d’un même coin de droit ou de revers ont, respectivement, des revers ou des droits entièrement différents : le n° 886, par exemple, a le même coin de droit que le n° 885, mais son revers ne ressemble en rien à celui de cette pièce (pl. III, 884 revers (= 885), 885 droit (= 886), 886 revers). Nous pouvons donc supposer que les ateliers locaux ont, de même d’ailleurs que les ateliers officiels, utilisés simultanément des cons exécutés par différents graveurs et, par conséquent, de styles très variés. Les ateliers locaux qui employaient des graveurs beaucoup moins habiles et donc moins actes à copier un modèle que ceux des ateliers officiels, offrent un choix de styles moins uniformisés. Il est donc fort possible que la découverte de nouvelles imitations nous permette d’assigner une origine commune, grâce aux combinaisons de coins, à des pièces qui, à première vue, ne se ressemblent guère.

La technique de fabrication des pièces imitées ne montre pas plus d’unité que leur style : certaines sont en cuivre rouge, d’autres en cuivre jaune, des flans minces et grands voisinent avec des flans petits et fort épais, les inscriptions et les types, en haut relief sur certaines pièces, sont à peine esquissés sur d’autres, ces différents caractères techniques se retrouvant dans un même groupe, voire, en ce qui concerne le relief, sur une même pièce (pl. III, n° 880 : relief ; n° 887-888 : dimension du flan).
Le poids des imitations est, dans l’ensemble, très inférieur à celui des pièces officielles : cette caractéristique représente, évidemment, le bénéfice de l’atelier local et, sans doute, l’une de ses raisons d’être. La médiane, ou point au-delà et en-deça duquel se situent 50 ù des poids d’une série, est de 4,889 g pour des pièces officielles au revers Reparatio reipub, et se place entre 4,83 et 4,86 g pour l’émission Victoria augg de Magnus Maximus tandis que, pour les imitations, elle descend à, 3,74–3,75 g. Trois imitations (n° 950, 997 et 1040) sont d’ailleurs surfrappées sur des aes 3 : la refrappe a, dans chaque cas, laisser subsister quelques lettres des inscriptions de la pièce primitive et celles-ci, plus petites que celles qui figurent sur les aes 2, permettent d’identifier la pièce.

(49) -N° 883-884 : même coin de droit, 884-885 ; même coin de revers, 885-886 : même coin de droit.
Les poids.


Le trésor de Hemptinne contient 801 aes 2 au type de revers Reparatio reipub aux quels ne manque aucun fragment et qui peuvent, par conséquent, servir à une recherche du poids théorique des aes 2 de cette époque.
Les données métrologiques dont nous disposons sont les suivantes :

Poids total : 3.917, 85 g
Nombre de pièces : 801
Poids moyen : 4,889 g.

La médiane se situe, pour cette série, à 4,889 g, c’est-à-dire qu’elle correspond exactement à la moyenne. Le mode, ou sommet de la courbe de fréquence des poids (fig. 2) se place entre 4,71 et 5,17 g à 4,94 g (113 / 114 exemplaires)
Nous avons établi la courbe en groupant les poids par tranches de 0,47 g (pour 0,475 g) ou 5 demi carats environ, l’emploi d’un intervalle de 0,48 g donnait une courbe plus abrupte.
L’écart moyen que l’on détermine en additionnant les écarts de chacun des poids individuels par rapport à la moyenne et en divisant le total obtenu par le nombre de pièces est de 0,62 g. 524 pièces, soit 65% de l’ensemble, se situent, de part et d’autre de la moyenne, dans les limites de l’écart moyen. Ce pourcentage est assez élevé, ce qui indique soit que l’on se trouve en présence de deux séries de poids légèrement différents, soit que les flans n’ont pas été ajustés, que la frappe s’effectue « à la livre », c’est-à-dire à tant de pièces par livre. Les monnaies de bronze antiques se frappent toujours « à la livre » et, dans le cas des pièces de Hemptinne, le partage de la livre semble s’être fait avec une indifférence toute particulière au poids de chaque monnaie puisque celle-ci varie de 2,93 à 7,45g.
Nous pouvons donc admettre, en dépit de la valeur élevée de l’écart moyen, que la série des aes 2 Reparatio reipub du trésor de Hemptinne est homogène. En effet, la courbe des poids est très régulière, la médiane et la moyenne ont la m^me valeur, et le mode se place dans la même tranche de poids, il ne leur est supérieur que de 5 centigrammes, ce qui constitue un ensemble de résultats très encourageants.
Elmer (50) admet pour les aes 2 de cette époque, une taille de 60 à la livre, soit un poids théorique de 5,45 g (pour une livre de 327,45 g). Un tel poids théorique suppose, par rapport au mode de 4,94 g, une correction de 0,51 g, ou d’un peu plus de 10%. Les pièces de Hemptinne sont fort bien conservées, mais la plupart d’entre elles étaient recouvertes d’une couche épaisse de carbonate de cuivre. Un simple brossage a suffi à nettoyer certaines pièces, d’autres ont subi un bain rapide d’ammoniaque suivi d’un rinçage à l’eau courante et d’un brossage.


Une correction de 10% par rapport au mode, correction effectuée pour tenir comte du frai, du nettoyage et d’une éventuelle tolérance lors de la frappe, paraît assez élevée dans un cas comme celui d’Hemptinne où les pièces, très bien conservées, n’ont subi qu’un léger nettoyage. Toutefois, la courbe établie par intervalles de 0,48 g nous aurait donné un mode de 5,03 g, mode pour lequel la correction ne serait plus que de 0,42 g ou 8% environ. En outre, M. A. Alföldi (51) donne comme poids moyen d’un groupe d’aes 2 émis à Siscia sous le règne de Gratien, 4,92 g.
Il semble donc que les moyennes fournies par les pièces trouvées à Hemptinne ne soient pas très élevées et qu’une correction de 10% par rapport au mode de 4,94 g ne soit pas excessive.

(50) G. ELMER, Verzeichnis des römischen Reichsprägungen von Augustus bis Anastasius, 2e éd. (posthume), Graz, 1956, p. 27.
(51) A. ALFÖLDI, Der Untergang der Römerherrschaft in Pannonien, Berlin-Leipzig, 1924, p. 10: moyenne calculée sur un lot de 50 pièces: 4,92 g; médiane: 5,05 g.

La date d’enfouissement.


Les pièces les plus récentes du trésor de Hemptinne sont, comme nous l’avons vu, les aes 2 au type Victoria augg de Magnus Maximus.
Le trésor ne contient que 41 pièces au revers Victoria augg pour 453 au nom de Magnus Maximus et au revers Reparatio reipub, ce qui signifie, soit que l’ensemble a été caché tout au début de l’émission d’aes 2 au type Victoria augg, soit que la frappe des pièces à ce type a, effectivement, été beaucoup moins abondante que celle des aes 2 au revers Reparatio reipub de Magnus Maximus.
La comparaison d’un trésor avec d’autres dépôts monétaires, contemporains et de composition analogue à la sienne, nous apporte souvent des enseignements précieux. Cette méthode ne peut pas s’appliquer au trésor de Hemptinne : la seul trésor analogue qui n’ait jamais été pillé est, à notre connaissance, le minuscule dépôt de Zweibrücken-Niederauerbach (Palatinat) qui ne comprenait que 12 pièces (52) .
Toutefois nous ne pensons pas que le trésor de Hemptinne ait été enfoui au début de l’émission des aes 2 au type Victoria augg, puisqu’il comprend aussi des imitations de ces pièces : lorsque des imitations apparaissent, on peut admettre que les pièces dont elles s’inspirent circulent depuis un certain temps déjà puisque l’imitateur a eu l’occasion de les connaître, de les imiter et de mettre sa production en circulation.

En outre, si les aes 2 de Magnus Maximus au type Reparatio reipub ne se rencontrent pas très fréquemment dans les sites du IVe siècle, ceux au type Victoria augg en sont pratiquement absents (53) . Il semble donc que l’émission que l’émission au type Victoria augg ait duré fort peu de temps : elle se place, probablement, pendant les quelques mois qui séparent le début de la célébration des vota V X de Magnus Maximus, à la fin de 386 ou au début de 387, de la nomination comme Auguste de son fils Flavius Victor et de l’émission d’aes 4 au type Spes romanorum, sans doute en été 387.
Le trésor de Hemptinne aurait donc été enfoui vers la fin de l’année 387. Il est fort probable, en effet, que la thésaurisateur de Hemptinne qui cesse d’épargner à partir du moment où la frappe des aes 2 s’interrompt s’est également empressé de mettre son pécule à l’abri de convoitises officielles ou privées qui ont dû s’affirmer lorsque les aes 4 ont commencé à envahir la circulation. Nous ne devons sans doute pas chercher d’autre cause à l’enfouissement du trésor de Hemptinne que la brusque mutation monétaire, le remplacement des aes 2 par des aes 4, qui a interrompu sa croissance.

(52) Die Fundmünzen der römischen Zeit in Deutschland, Berlin, 1960 (cité désormais FMRD), IV, 2 (Pfalz), 2329. Ce petit trésor se compose de : Commode (1 as), Constantin I (1 follis) et de 10 aes 2 au type Reparatio reipub (Gratien, Lyon, 2 ; Valentinien II, Lyon, 2 ; Théodose Ier, Rome, 1 ; Magnus Maximus, Arles, 4 ; atelier indéterminé, 1).
Nous remercions très vivement Madame M. R. Alföldi et mesdemoiselles A. S. Robertson et M. Mainjonet qui ont bien voulu nous confirmer qu’elles ne connaissaient pas de trésors parallèles à celui de Hemptinne découverts, respectivement, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France.

(53) Beaucoup de trouvailles de sites ont été publiées d’une façon sommaire pour que nous puissions les utiliser pour l es propos qui nous intéresse : un « moyen bronze » de Magnus Maximus, par exemple, peut évidemment désigner l’un ou l’autre des deux types d’aes 2 de l’usurpateur. Parmi les publications plus détaillées, nous avons noté comme aes 2 de Magnus Maximus au type Reparatio reipub : FMRD I, 7 (Schwaben), 7035, 4 ; 7132, 409 ; 7182 ? 1061 ; II, 2 (Südbaden) 2125, 496, 498 ; 2159, 113 ; III (Saarland) 1020, 161 ; 1032, 4 ; 1143, 327, 328 ; 1162, 76 ; 1221, 89 ; IV, 1 (Rheinhessen) 1002, 923 à 931 ; 1054, 350, 351 (imitation) ; 1062, 69 ; 1157, 899 ; 1183, 60 ; 1197, 120 ; 1251, 138-139 ; IV, 2 (Pfalz) 2028, 15; 2036, 23; 2068; 45; 2073, 723 à 729; 2075, 95; 2076, 3769; 2093, 67; 2094, 32 à 34; 2095, 41; 2205, 26-27; 2236, 29; 2237, 13-14; 2257, 9-10; 2264, 16; 2270, 13; 2317, 759 à 770 (768 = imitation); 2321, 63 ; J. S. BOERSMA, De romeinse mundvondsten in de provincie Noord-Brabant dans Jaarboek voor Munt- en Penningkunde, 50, 1963, p. 70 : 3 (coll. De Bekker). Les monnaies trouvées dans la Sambre à Namur et conservées au Musée Archéologique comprennent 7 aes 2 de Magnus Maximus : 6 au revers Reparution reipub, 1 au revers Victoria augg.




Pour le catalogue et les photos des différentes pièces
voir dans la revue de la Société Archéologique



A. O.
VILLA BELGO-ROMAINE
A HEMPTINNES-LEZ-EGHEZEE

EXTRAIT
DES ANNALES
DE LA
SOCIETE ARCHEOLOGIQUE DE
NAMUR

Tome XXI
Page 290
* *
*







En novembre 1895, l’Institut Archéologique liégeois transmettait à la Société Archéologique de Namur quelques objets trouvés dans une villa belgo-romaine à Hemptinnes et provenant des collections du docteur Tihon, acquises par la ville de Liège.
L’envoi de l’Institut Archéologique Liégeois, dont nous donnons plus loin la nomenclature, était l’application d’un principe de confraternité scientifique récemment admis. En reconnaissance de cet envoi, la commission de la Société Archéologique de Namur décida de faire don à l’Institut liégeois d’un drapeau d’une compagnie liégeoise ayant pris part à la révolution de 1830.
D’après les renseignements fournis par M. Tihon, les objets qu’i a recueilli à Hemptinnes viennent des substructions d’une villa romaine située au bord de la Mehaigne, ruines que traverse aujourd’hui le chemin empierré qui va de Hemptinnes à Hanret. Les substructions se voient à deux cents mètres environ des dernières maisons de Hemptinnes, à l’ouest du village. M. Tihon avait à peine commencé ses fouilles à gauche de la route, après en avoir obtenu la permission de M. Dupont, propriétaire à Merdorp, que ce dernier donna ordre de cesser tous travaux. M. Tihon s’adressa alors à M. Jadoul-Marchant, actuellement fermier à Bernedries (Saint-Trond), dons la dame possédait, à droite de la route, une terre où se voyaient des débris romains. Quelques déblais opérés à différents endroits amenèrent au jour les objets que nous possédons. Il est probable que c’est à gauche ou sous la route qui les a enlevées que se trouvaient les substructions les plus importantes. C’est à moins de cent mètres de là que furent découverts nos objets.
M. Dupont est la même personne qui a détruit, sans aucun profit pour la science, un cimetière franc dans sa propriété de Merdorp. Beaucoup de tombes, au dire de M. Tihon, avaient encore leurs coffres en bois auxquels les charnières étaient visibles.
Parmi les objets de Hemptinnes, nous signalerons une épingle à cheveux en verre d’un ton bleu pâle, un fer de lance, un fragment de fléau de balance (?), des débris de verre noir d’un bracelet et d’une anse d’urne à surface extérieure guillochée, deux fragments en bronze de poignée en bronze d’un dessin très classique, des débris divers de fer et de bronze tels qu’un long poinçon, un bouton, un morceau de scie, un clou, etc. Enfin, trois petits bronzes romains appartenant aux règnes de Valentinien II (383-392), de Théodose I (379-393) et d’Eugène (392-394).
En 1876, un trésor de monnaies a été retrouvé à Hemptinnes (1), aux environs de la villa, partiellement explorée et dont la présence fut déjà signalée alors avec d’autant plus de raison qu’à très courte distance de Hemptinnes, se trouvent les tumulus de Seron et d’Hanret, fouillés par la Société en 1854.
A ce sujet, un savant numismate, M. le chanoine Cajot, dans une étude remarquable publiée sur les trouvailles de monnaies romaines dans la province de Namur (2), supposait que l’enfouissement du trésor de Hemptinnes, composé de 1122 monnaies où se trouvaient en grand nombre des Valentinien II, des Théodose I et des Magnus Maximus, se rapportait peut-être à cette invasion des Francs qui eut lieu, sous la conduite de Genebaude, Marcomir et Sunnon, pendant le règne de Magnus Maximus. Ce fut cette invasion qui détermina, vers la fin du IVe siècle, le propriétaire du trésor et sans doute de la villa de Hemptinnes, à enfouir celui-ci dans un des jardins de son habitation qui fut détruite par les barbares. Une villa voisine, celle de Taviers, dut être détruite en même temps.

(1) Annales de la Société archéol., t. XIII, p. 523.
(2) Ibid., t. XIV, p. 106 et suiv.



A. BEQUET

MONNAIES ROMAINES
TROUVEES A
HEMPTINNE
EXTRAIT des
ANNALES de la SOCIETE
ARCHEOLOGIQUE
de NAMUR

Tome Treizième
Page 253

* *
*



Un trésor de monnaies romaines a été trouvé à Hemptinne, canton d’Eghezée, en 1876. Des cachettes de monnaies antiques ont été fréquemment découvertes dans la province de Namur ; l’été dernier, la Société a acquis un de ces trésors enfouis, qu’un agriculteur venait de découvrir en extrayant de la terre pour faire des briques. Il était composé de 1122 pièces romaines de moyen et de petit bronze ; l’urne qui contenait ces pièces est d’une terre noirâtre, bien cuite et très résistante, ce qui explique sa parfaite conservation ; une pierre la recouvrait. A trois exceptions près, les monnaies composant ce dépôt appartiennent à la fin du Ive siècle. En voici le détail ; Traianus, 1 ; Maximianus Herc., 1 ; Constans I, 1 ; Valentinianus I, 2 ; Valens, 3 ; Gratianus, 266 ; Theodosius I, 25 ; Magnus Maximus, 416 ; Valentinianus II, 50 ; indéchiffrables, 357. Des substructions antiques existent, paraît-il, à Hemptinne, près de l’endroit où fut faite cette découverte. Rappelons aussi que les tumulus de Seron et d’Hanret, fouillés par la Société en 1854, se trouvent à très peu de distance de ce village.
A. B.
Extrait de
LE GUETTEUR WALLON
7e Année – n° 1-2 – Février-Mars 1930

pages 11 - 15

Les petites chapelles de chez nous


XIII – Chapelle Saint-Roch


A perte de vue, jusqu’aux plus lointains horizons, la campagne hesbignonne est mollement étendue.
Tout est calme et silencieux en son immense décor. La paix couvre les champs et le ciel lui-même semble en un songe profond.
De temps en temps passe une charrette de marchand et l’on entend tinter les grelots de sa maigre haridelle ; ou bien c’est un lourd camion qui porte au village les denrées de la ville voisine, le moteur vrombit, la route tressaille, la poussière tourbillonne, puis, tout retombe dans le silence et la nature retourne à sa rêverie.
Dans un repli de terrain, derrière les talus buissonneux, le village laisse apparaître une douzaine de toits empanachés de fumée.
Du Brabant wallon, du pays de Liège, du Namurois, les routes paysannes, en de longs rubans que l’été poudroie de fine poussière, viennent tracer au carrefour une immense croix blanche dont les quatre bras s’étendent, à l’infini, à travers la plaine.
C’est là, au carrefour solitaire où s’allonge la croix des chemins au milieu de la campagne silencieuse, que se dresse la petite chapelle de saint Roch, fièrement campée au sommet d’un talus, et adossée à un vieux tilleul dont les bras se déploient, à droite, à gauche, comme les vergues d’un mât.
Telle une vigie explorant le large du haut de son hunier, la petite chapelle semble veiller sur la mer sans fin des froments et des orges.
Sa silhouette élégante, profilée sur l’azur cendré des ciels lointains, révèle un soubassement de granit supportant un fût cylindrique au chapiteau mouluré qui se termine lui-même par un cône de pierre en ruche d’abeilles aigretté d’une croix de fer.
Sous la niche grillagée creusée dans le fût, on peut lire l’inscription :
S. ROCH
P. P. NOUS
I. WERY
M. C. DESERVE
1796

Le tilleul, vieux géant plus que centenaire, protège la pierre sacrée contre les rafales et lui offre en même temps que son ombrage, le concert quotidien de ses chanteurs familiers : les oiseaux.
Dans la niche, entre deux bouquets de fleurs rustiques, une minuscule statue de plâtre naïvement enluminée, représente saint Roch dans l’accoutrement que les imagiers ont rendu populaire : une longue tunique de bure grossière que le saint retrousse pour montrer la plaie sanguinolente de sa jambe gauche et un large chapeau de feutre dont le bord relevé d’un côté est agrémenté de la coquille symbolique. Saint Roch tient à la main droite le bourdon de pèlerin surmonté de la traditionnelle calebasse. Blotti contre lui, un chien, tête levée, lui présente le petit pain qu’il tient dans ses mâchoires.
Toute la merveilleuse légende dorée de celui qui fut, au XIIIe siècle, le héros de la charité, est racontée en ces quelques menus détails.
Saint Roch naquit à Montpellier vers l’an 1284. Il était le fils du gouverneur de la ville sous les rois de Majorque de la maison d’Aragon, qui tenaient cette ville et tout son territoire en fief relevant de la couronne de France.
Orphelin à l’âge de vingt ans, il distribue aux pauvres tout ce qu’il peut tirer de son patrimoine et, déguisé en pèlerin, il prend le chemin de Rome, mendiant son pain et son gîte, de village en village.
Arrivé à Acquapendente, petite ville de Toscane, il apprend que la peste y règne avec violence, et, sans un moment d’hésitation, il se présente à l’administration de l’hôpital et réclame l’honneur de soigner les pestiférés. A peine est-il mêlé aux malades que le fléau cesse ses ravages.
Il ne s’en faisait que plus terrible dans la Romagne. Roch y court et, de nouveau, comme si la peste fuyait devant lui, le fléau disparaît.

Aussi est-ce avec des transports de joie que les Romains éprouvés à leur tour par l’épidémie, voient arriver dans leur ville le merveilleux pèlerin dont la renommée remplissait déjà toute l’Italie.
De même qu’en Toscane et en Romagne, la peste cessa à Rome. Roch demeura trois ans dans la ville éternelle, priant, soignant les malades et visitant les lieux baignés autrefois dans le sang des martyrs, puis il regagna par étapes sa patrie.
Epuisé par les fatigues et les privations, il tomba malade en arrivant à Palerme et une telle douleur le prit à la jambe qu’il ne pouvait se retenir de pousser de hauts cris. Pour ne pas être à charge aux autres, il quitta la ville et s’en fut demeurer à l’orée d’un bois, dans une hutte abandonnée.
A quelque trois cents pas de là, se trouvait un castel où vivait retiré, un gentilhomme de Plaisance.
Or, voici qu’un jour, un chien de la meute seigneuriale enleva un pain et s’enfuit. Le lendemain, le seigneur étant encore à table, le chien renouvela son larcin. Le gentilhomme crut qu’on laissait mourir de faim l’animal et gronda sévèrement celui qui était chargé d’en le suivit à travers champs et on le vit entrer dans la hutte du pèlerin, y déposer son pain, puis, tout joyeux, reprendre le chemin du caste. Voilà pourquoi peintres et statuaires ont accoutumé namurois « Saint Roch ne s’en va jamais sans son chien ».

Ayant recouvré la santé, Roch se remit en route vers son pays natal.
Il était arrivé à proximité de son ancien domaine quand il fut pris comme espion et jeté en prison par ordre du Gouverneur de la ville, son oncle.
C’est là, dans l’obscurité et la puanteur d’un cachot étroit et infect, que Roch mourut en 1319, reconnu seulement alors à une tache de naissance qu’il portait sur la poitrine.
Le gouverneur, les magistrats, le clergé et le peuple, se rendant compte, enfin, des vertus héroïques du sublime mendiant, lui firent des funérailles grandioses et voulurent porter son corps à travers les rues de la ville, en un cortège triomphal. L’année même, la ville de Montpellier fit construire une église en l’honneur de son illustre enfant qui, bientôt, fut l’objet de la vénération universelle.
Venise, qui l’avait choisi pour un de ses protecteurs, fit enlever furtivement une partie de ses reliques. Le maréchal de Boucicaut en transporta une autre partie en Arles.

Le culte de saint Roch se répandit bientôt en France, en Italie, en Espagne et jusque dans les Pays-Bas.
La Wallonie ne fut pas la moins enthousiaste ; on peut dire que le folklore wallon est tout rempli du souvenir du grand thaumaturge français.

Plus de vingt églises de nos provinces du sud lui sont dédiées ; il n’en est guère qui ne possède sa statue. Par douzaines, les chapelles de saint Roch sont semées le long des chemins de nos campagnes ou dressées dan les faubourgs de nos cités. Des fontaines, des quartiers, des rues, des hôpitaux, des bastions ont pris son nom. Chapelle-Saint-Lambert eut autrefois sa fontaine Saint- Roch, Dinant a sa rue et son quartier Saint-Roch, Namur connut dan le vieux temps le demi-bastion Saint-Roch, la tour Saint-Roch, l’hôpital ou maison petit-Saint-Roch et une chapelle dédiée à Monseigneur saint Roch, près de la porte Saint-Nicolas (1)

Des confréries de Saint-Roch jouirent autrefois d’une grande renommée et sont loin d’être, encore aujourd’hui, tombées dans l’oubli.
Les fripiers de Mons, les moissonneurs du pays de Namur, les paveurs de Verviers, comme les houblonniers d’Esschene, les apiculteurs de Boom et les chirurgiens de plusieurs pays l’ont choisi comme patron de leurs corporations.
Plusieurs plantes médicinales, bien connues du peuple, portent le nom d’herbes de Saint-Roch : la menthe pouliot à fleur jaune d’or, l’inule conize, et le lycopode communément appelé queue de renard ou patte de chat. Il fut un temps où l’on bénissait, le jour de Saint-Roch, des touffes de ces plantes, que l’on accrochait ensuite dans les étables pour préserver le bétail des épizooties.
Partout, en Wallonie, on invoque saint Roch contre les épidémies, le choléra, le typhus, les fièvres et les plaies. Les carriers le prient pour être préservés de la maladie des tailleurs de pierres.
Chaque année, nos villes et nos bourgades voient se dérouler les tours, les processions et la marche en l’honneur de saint Roch. C’est la procession de saint Roch à Dinant, ce sont les marches de saint Roch à Chastrès (lez-Walcourt) et de Ham-sur-Heure, c’est le cortège des sapeurs et des carabiniers de saint Roch de Jumet, ce sont les verriers d’Herbatte (Namur) et leur dais de cristal taillé figurant à la procession Saint-Roch de Namur, c’est encore le pèlerinage renommé de Bernardfagne (2) dans les Ardennes liégeoises, c’est enfin, brillante entre toutes, la marche militaire de Thuin.
Voici comment l’envoyé spécial de la « Nation Belge » rendait compte de cette célèbre procession de Thuin, dans le n° daté du 16 mai 1927 ;

« Parmi les rues étroites, le long des lacets qui gravissent les raidillons, au milieu du fracas des salves et dans la cacophonie des musiques, c’est un spectacle haut en couleur qui se déroule, véritable foire aux anachronismes, défilé ahurissant, incomplet et grave de l’uniforme à travers les âges.
Derrière des tambours qui font rage, des sapeurs barbus s’avancent, la hache à l’épaule, suivis de grenadiers du premier Empire en bonnet d’ourson. La pérennité de la compagnie militaire des sapeurs et grenadiers est assurée : des enfants de troupe, un minuscule fusil sur l’épaule, entourent le drapeau tricolore. Puis de appels de buccin signalent la venue des mousquetaires empanachés, le manteau de velours flottant sur la croupe de leur cheval. D’autres compagnies de mousquetaires sont à pied. Sur le velours des justaucorps on aperçoit, au hasard des rangs, des croix de guerre. Les musiciens qui précèdent une de ces compagnies à pied sont mi-partis. Leur uniforme réalise un curieux compromis entre le style Louis XV et le complet veston moderne.
Des chasseurs à pied vert bouteille à fourragère jaune passent, précédés de zouaves imposants à la vaste culotte de flanelle rouge. Un officier à deux étoiles scande le rythme des caisses : « une, deux, une, deux ». Tout cela est semé de musiques, de clairons, de tambours, et répand sur toute la ville une atmosphère guerrière. Saint Roch suit, au milieu du vacarme, oscillant sur les épaules de porteurs qui revêtent un uniforme de zouave pontifical. Son chien est à ses pieds.
Demain matin, une messe militaire réunira dans l’église de la Ville-Basse tous les marcheurs et le populaire des alentours. Ensuite les dîners traditionnels auront lieu et les compagnies militaires célébreront saint Roch autour d’une table bien garnie ».
Saint Roch ne connut jamais dans notre petit coin de Hesbaye ces grandioses manifestations, mais le culte dont il est l’objet dans tout la pays, pour être moins démonstratif, n’en est pas moins fervent.
La grippe ou le typhus font-ils des ravages dans la contrée ? vite, on va trouver saint Roch, là-bas, dans sa niche et le supplier d’éloigner le fléau.
L’on voit alors par les sentiers qui mènent au carrefour solitaire des groupes e pèlerins effeuillant le long de la route, comme des pétales de fleurs, les Ave maria de leur chapelet. Neuf jours durant, ils viendront, à la vesprée, s’agenouiller sur le tertre béni et glisser dans la niche par les barreaux du grillage leur obole de pauvres gens.

Et, lorsque l’été a doré les jolies grappes en corymbes du vieux tilleul et les a enrichies d’un subtil parfum patiemment distillé à leur intention, alors, comme les druides autrefois dans les forêts gauloises, deux gaillards hardis et vigoureux grimpent sur l’arbre et avec une serpette attachée à une gaule, coupent les branchettes garnies de fleurs. Des femmes et des enfants, au pied de l’arbre, ramassent en des corbeilles ou dans des sacs la précieuse récolte qui fournira, vienne l’hiver, une tisane aromatique capable de guérir tous les maux.
Bien des tilleuls ornent les places et les jardins du village, mais aucun, affirment les gens du pays, ne possède la finesse de parfum et l’efficacité du tilleul de Saint-Roch.
Deux fois par année, la petite chapelle sort e son silence accoutumé pour prendre pat à la fête commune : c’est à la procession de la Fête-Dieu et à celle de l’Assomption. Du haut de tous les clochers à la ronde tintent les alléluia, les chants de la liturgie s’envolent vers le clair azur des cieux avec la fumée des encensoirs, d’angéliques enfants sèment sur le chemin les fleurs des jardins et des champs, l’ostensoir d’or sous un dais de soie blanche s’avance majestueusement ; alors, la petite chapelle unit son hymne à celui du peuple fidèle et redit en son langage muet l’acte de foi qu’exprimèrent en son granit ceux qui la firent jaillir autrefois de la terre es aïeux.
Puis, de nouveau, c’est la solitude et le silence.
Et le bon saint Roch, comme une vigie du haut de son hunier, continue à veiller sur la plaine immense et sur le village confiés à sa garde.

R. H.

(1) La fête de saint Roch était très populaire autrefois dans le Namurois.
Le chansonnier WEROTTE a écrit à ce sujet :
Al’saint Roch on va portohessî
Po z’awè des tchandèles. Autrefois, on y allait le 15 août et le 3e dimanche de septembre, afin d’invoquer le saint contre les maladies contagieuses. Les pèlerins ne manquaient pas de couper dans les taillis de longues traînes e lycopodes qu’ils enroulaient autour de leur bâton et de leur coiffure (d’après van HEURCK, Drapelets de pèlerinage)
Le lundi de la fête de Chénée, de véritables processions composées de pèlerins de toute la banlieue liégeoise se réunissaient le dimanche vers minuit sur le pont de la Vesdre et par le « thier des crikious » faisaient à pied le parcours de 5 lieues pour arriver de bon matin à Bernardfagne (d’après CHALON, Fétiches, …).



BICENTENAIRE
DE
L’EGLISE
D’
HEMPTINNE

* *
*


ORGANISE PAR LE COMITE DES FÊTES
en collaboration avec

l’Action Catholique Rurale Féminine
l’Administration communale
l’Alliance Sportive Hemptinne
l’Amicale des Victimes de la Guerre
le Club de Danses d’Hemptinne
le Club des Jeunes, le « Fournil »
la Commission d’Assistance Publique
la Commission de Constats de Dégâts Agricoles
les « Echos de la Soile »
l’Equipe Liturgique
la Fabrique d’église
la Fédération Nationale des Anciens Prisonniers de Guerre

…et tous les habitants d’Hemptinne


Plan

ORIGINE et ETYMOLOGIE
de HEMPTINNE



La localité était habitée à l’époque gallo-romaine. Les restes d’une villa romaine furent découverts à l’ouest du village.
Des fouilles pratiquées au siècle dernier ont mis à jour des monnaies appartenant aux règnes de Valentinien (383-392) et d’Eugène (392-304). A la fin du IVe siècle, une invasion franque vint dévaster nos contrées et ruiner les villas romaines ; Un leude franc, nommé HAIMO, se fixa chez nous avec sa famille et ses serfs. Le groupe d’habitations qu’il établit, constitua les CASAS HAIMETINAS et HAIMETINAS devint le nom du village. Il était compris dans le pagus de la Hesbaye et était encore attribué à ce district en 1050.
* * * * * *

HAIMETINAS (1050) HAMMETINAS (1166) HAIMETINES (1224) HEMMETINNES (1246) HEMETINES (1317) HEMPTINES (1342)
LE VILLAGE DOIT SON NOM A UN FRANC NOMMÉ H A I M O.


La PAROISSE



Avant l’érection de l’évêché de Namur (1559), la paroisse de Hemptinne ressortissait de l’évêché de Liège et était comprise dans le concile (doyenné) d’Hanret, archidiaconné du Condroz.
· A l’origine, le droit de patronage, c’est-à-dire le droit de nommer ou de présenter le curé, était exercé par Godefroid de BONEFFE, avec l’assentiment du Hugues de Pierrepont, évêque de Liège (1200-1229).
· Lorsque Hugues de Pierrepont prend sous sa direction l’abbaye d’Aywières, il lui< donne les droits à Boneffe et à Hemptinne. · En 1244, un prêtre, nommé GRORGES, est présenté à la cure d’Hemptinne, par l’abbesse d’Aywières. Ce fut le premier curé connu de la paroisse (Ce serait peut-être la raison pour laquelle l’église de Hemptinne est dédiée à saint Georges).
· La bulle « Ex Injuncto » du 12 mars 1560 attache Hemptinne au diocèse de Namur, nouvellement créé.
· A la suite du concordat de 1801, Hemptinne passe au diocèse de Liège, doyenné de Couthuin. Le décret impérial du 28 août 1808 l’annexe à la succursale de Meeffe.
· En 1838, Hemptinne retrouve son titre de succursale (paroisse).
· Le 15 janvier 1843, le pape Grégoire XVI replace la paroisse d’Hemptinne sous la juridiction de l’évêque de Namur.

L’ÉGLISE



Dédiée à saint Georges, elle avait rang d’église médiane.
En 1556, le doyen d’Hanret déclare que l’abbaye d’Aywières a fait reconstruire la tour de l’église.
Etant devenue vétuste, cette dernière fut rebâtie et achevée la même année. La première pierre fut posée par dom JACQUET, abbé de Boneffe, le 9 avril 1776.
L’exécuteur en fut Monsieur GERARD, entrepreneur à Namur.

Dom JACQUET mit beaucoup de zèle à garnir l’église du mobilier nécessaire à l’accomplissement du culte :

Les CLOCHES



La cloche décimale survécut à la Révolution. Elle portait l’inscription :

« J’AY ETE FAITE PAR ORDRE DE MADAME ELEONORE DE HARVENG, ABBESSE D’AYWIERES, DAME FONCIERE ET DECIMATRICE A HEMPTINNE
NICOLAS BINAME M’A FAITE EN 1764 »

Fêlée en 1901, elle fut refondue la même année, par CAUSARD de Tellin et dédiée à saint Georges.
Deux autres cloches, plus grosses, ont été données en 1853 par Monsieur Fernand LEMAIRE, ancien notaire à Eghezée et fermier à Hemptinne. Elles sortent des usines de Monsieur le baron de ROSEE à Moulins.
Ces cloches furent emportées par l’occupant lors de la guerre 1940-45. Le 1er octobre 1943, se réunissait un comité « LES AMIS DES CLOCHES », qui avait comme but le remplacement des cloches.
Suite à l’activité de ce comité, trois nouvelles cloches furent fondues. Monseigneur BLAIMONT, évêque de Namur, les bénit
Le 12 octobre 1947

Depuis cette date, elles continuent à chanter la paix, à annoncer nos joies et adoucir nos peines.

La grosse cloche

Dédiée à la Sainte Vierge, elle s’appelle F E L I X.
Elle fut offerte par la famille de HEMPTINNE, et porte les inscriptions suivantes :

Felix nominor Je m’appelle Felix
Dominum deum nostrum benedico per saecula Je bénis Dieu, notre Seigneur pour les siècles
Me susceperunt die 12 octobris 1947 Domes M. Alexandre de HEMPTINNE et Mme
Alexander de HEMPTINNE et Domina vidua veuve Stéphanie de HEMPTINNE
Stephani de HEMPTINNE m’offrirent le 12 octobre 1947
VIRGO VIRGINEM ORA PRO NOBIS VIERGE DES PAUVRES PRIEZ POUR NOUS
Piae et gloriosae memoriae nostrum A la pieuse et glorieuse mémoire des nôtres
Eduardus Edouard
Stephanus Stéphane (Etienne)
Herveus Hervé
Boduinus Baudouin
Rodolphus Rodolphe
Joannes Jean
Robertus Robert
Qui pro deo, regge et patriae dedierunt in Qui se sacrifièrent pour Dieu, le Roi et la
Utroque bello 14-18 et 40-45 patrie pendant les deux guerres 14-18 et 40-45

Y sont également gravés : la Vierge
La cloche moyenne

Elle s’appelle G A B R I E L L E et est dédiée à saint Georges.
Elle porte les inscriptions suivantes :

Gabrielle est mon nom
J’ai été baptisée par Monseigneur BLAIMONT
Le 12 octobre 1947
J’ai été fondue à Tellin par le petit-fils des CAUSART

SAINT GEORGES, GLORIEUX PATRON, VEILLEZ SUR LA PAROISSE

Ont été mes parrains les prisonniers de la guerre 40-45 dont les noms suivent :

HAMENDE Eugène BADOT Marcel
CHARLET Jérôme MOTTET Edouard
MONTULET Emile FERON Léopold
MARTIN Désiré GERGEAY Alphonse
MOTTET Constant DETHIER Marcel
THIRION Paul BONSIR Fernand
GUSTIN Henri

Ma marraine a été Madame P. DUPONT

La petite cloche


Elle s’appelle P A U L et est dédiée à saint Louis.
Elle porte les inscriptions suivantes :
Paul est mon nom
J’ai été baptisée par Monseigneur BLAIMONT
Le 12 octobre 1947
J’ai été fondue à Tellin par le petit-fils des CAUSART

SAINT LOUIS, PROTEGEZ TOUTE NOTRE CHERE JEUNESSE

Mes parrains ont été les prisonniers de la guerre 40-45 dont les noms suivent :

DELOYER l2ON LALLEMENT Constant
CHARLET Charles GUJYOT Ernest
LEROY Gaston BEGON Camille
DEDOBBELEER Albert VAN HEVELE Robert
GUSTIN Désiré MOREAU Désiré
GUYOT Gustave GUSTIN Nestor

Ma marraine a été madame Hubert DEGIVE


Le CIMETIERE



Depuis un temps immémorial, le cimetière entoure l’église.
En 1731 déjà, le cimetière était flanqué aux quatre coins, de tourelles munies de meurtrières pour se mettre en défense en temps de guerre.
L’entrée est garnie d’un portail en pierre de taille. Les fondements de portail existent toujours ; quant aux tourelles, elles ont complètement disparu.
La commune a fait réparer les murailles au début du siècle. Le nouveau mur date de 1971. Lorsque l’école des filles fut démolie, on aménagea son emplacement en parking et on répara le mur.

Un nouveau cimetière doit être aménagé le long de la route de Meeffe, à la fin de 1976.


Le PRESBYTERE



Le premier presbytère remonte au 13 septembre 1647. Il provient de la fondation de Messire Guillaume de HUCCORGNE.
Maître H. COLLART en parle dans son registre de 1673 et dit : « Pour l’anniversaire Messire Guillaume de HUCCORGNE et de son père et de sa mère, qui at laissé au vesty sa maison d’auprès l’église de Hemptinne, c’est notre maison pastorale ».

Dom Pierre MICHAUX, à son entrée à la cure, en 1764, trouva la maison pastorale dans un délabrement tel que cela était à peine habitable. Il s’adressa aux Dames d’Aywières qui refusèrent.
Il fut cependant rebâti en 1769. Vendu à la Révolution, il est actuellement occupé par Monsieur Hector SELVAIS, bourgmestre d’Hemptinne.

On bâtit un nouveau presbytère en 1837, dans le fond du jardin actuel, sur un terrain marécageux. Il devient bientôt insalubre et inhabitable. La commune le démolit en 1881, après avoir reconstruit le presbytère actuel, en 1878-1879, en face de l’église dans le même jardin.


UNE VISITE A L’EGLISE

Entouré du cimetière, édifice classique construit en 1776 par l’abbaye d’Aywières, en briques et pierres bleues, sur soubassement en calcaire.
Bâtisse composée d’une tour imbriquée dans la nef de quatre travées et d’un chœur à trois pans, précédé de deux travées droites.
Tour harpée à quatre niveaux avec porte cintrée à clé, impostes saillantes et encadrement mouluré.
Aux étages, ouverture à linteau bombé, clé et montant harpé.
Flèche d’ardoises, octogonale, à coyau, bordée d’une corniche de pierre en doucine.

à l’intérieur

Plafond plat daté par un médaillon
ANNO DOMINI = 1776

I. L’autel majeur exécuté en 1779 par LEMPEREUR de Nivelles, est dépourvu de retable. Le trône d’exposition est décoré d’un calice surmonté d’une hostie d’où s’échappent des rayons, le tout figurant un soleil. II. À gauche de l’autel majeur se trouve la statue de saint Georges, patron de la paroisse.
« A la saint Georges,
Ne te découvre pas d’un fil »

III. À droite de l’autel majeur, est placée la statue de saint Roch. Bois polychrome, vers 1700.
IV et V. Les autels latéraux possèdent un retable dont le fronton porte, l’un, le monogramme de la Vierge, l’autre, la colombe de l’Esprit Saint, tous deux entourés de rayons et de nuées où apparaissent des têtes de chérubins.
VI. Au mur latéral de droite, est suspendue la croix de mission dont le beau Christ, en bois polychrome, date de vers 1600.

VII. Au mur latéral de gauche, est accrochée la chaire de vérité. Elle possède trois panneaux sculptés où l’on voit : le Bon Pasteur, la Vierge et saint Georges dans un décor Louis XV.
VIII. Dans les deux niches à statues du fond : sainte Brigitte. Elle a été offerte à la paroisse en 1881.
Saint Corneille fut acquit suite aux produits des troncs.


à l’extérieur


IX. Sur la façade de l’église, à droite de la porte d’entrée, est reprise dans la maçonnerie une dalle en pierre grise avec un gisant, nu, au pied d’un crucifix et la date 1671.

X. Au pied de cette dalle, deux contrepoids de l’ancienne horloge qui avait été acquise à l’abbaye de Boneffe.
Un de ces contrepoids est un chasse-roue, l’autre, le chapiteau d’une ancienne colonne.

XI. La croix du clocher de l’église a été renouvelée par Monsieur VAN LUNTER de Hemptinne, et le coq réalisé par Philippe DENIS de Waterloo.

XII. Le long du mur du cimetière, une intéressante série de pierres tombales datant des XIVe et XVIIIe siècles, dont l’une appartient à la famille de HEMPTINNE.

XIII. Dans l’encoignure des deux murs, se trouve la base des fonts baptismaux romans de l’ancienne église paroissiale.
ART SACRE ET PIETE POPULAIRE



Une belle maison classique du XIXe siècle, située à droite de l’église est recouverte de tuiles et blanchie à la chaux. Bordée d’un massif et d’un mur où s’ouvre une longue grille noire, sa coquetterie ne la laisse pas échapper aux regards.

Son vestibule nous accueille par un vieux banc d’église du XVIIIe siècle. Au-dessus, une bannière de saint Joseph, peinte à la main.
Dans le fond, sur un chevalet, une peinture représentant l’abbé Jean-Baptiste DANDOY, décédé à Hemptinne en 1883.
Au pied de l’escalier, un grand chandelier, en fonte, monte la garde.

Et maintenant, entrons dans la pièce de droite ….

I. Dans l’angle de la pièce, se trouve un autel encoignure du XVIIIe siècle. Son retable ²encadre une toile représentant sainte Lutgarde.
II. Sur la cheminée de la pièce. De chaque côté de la statue, deux bouquets sous globe du XIVe siècle.
III et IV. Sur deux socles : deux statues.
V. Sur une table crédence :
Une statue de sainte ANNE, en terre cuite. La sainte apprend à lire à la Vierge.

VI. Sur un lutrin :
Est posé un missel de 1845, à fermoir et coins d’argent ornés de feuillage.

VII. Dans la vitrine, à côté de la cheminée, quelques pièces d’orfèvrerie :

A. Ciboire en argent.
B. Ostensoir soleil en argent.
Pièce du XVIIIe siècle, poinçon de Namur. D. Calice en argent : Poinçon : Minerve et J L (début XIXe siècle)
E. Couronne de la Vierge en argent : Poinçon : un lion, J B F, une couronne.
F. Calice en argent : G. Couronne de l’enfant Jésus en argent : H. Sceptre de la Vierge en argent :
Riche décor de motifs de rocaille.
Trace de poinçon.
VIII. Le luminaire de l’église :
C. Une paire de chandeliers à tige en porcelaine décorée de motifs floraux.
IX. Dans une vitrine, à côté de la porte d’entrée, une collection de statues et de bénitiers.
F. Saint Antoine. La couleur brune de sa bure est effacée par le temps. I. Un groupe de la Sainte Famille en biscuit. K. Un Christ sur socle en porcelaine d’Andenne. M. Un bénitier en biscuit figurant un ange en prière.
N. Un bénitier en biscuit : un ange porte une coquille servant à contenir l’eau.
O. Un « Agnus Dei » en cire.
P. Une bouteille contenant les instruments de la passion.
X. Dans une autre vitrine, des objets de piété populaire.

A. Le Christ sur la croix et deux chandeliers en laiton.
B. Une Vierge et deux chandeliers en verre sulfure
C. Un rosaire (15 dizaines)
D. Un chemin de croix de poche, sous forme de chapelet. G. Chapelle de poche dédiée à saint Benoît.
H. Médaillon en laiton représentant Jean l’évangéliste.
I. Un enfant Jésus de crèche en cire.
XI. Devant la fenêtre, une vitrine présente :
B. Un ancien registre de baptêmes de la paroisse.
C. Un faire-part mortuaire d’un ancien curé de la paroisse.
D. Un souvenir mortuaire d’un autre curé de la paroisse.
E. Quelques souvenirs de missions paroissiales.
F. Des images de missel à bords de papier découpés en dentelle.
G. Souvenirs de communion.

XII. Sur la fenêtre :

L’ancien coq de l’église tombé du clocher le 3 janvier 1976.

XIII. Accrochés au mur :

A. Une bannière de la sainte Vierge.
B. Un grand chapelet de Lourdes (6 dizaines).
C. Un lavabo de sacristie en laiton. E. Un souvenir mortuaire sous cadre.
F. Deux « obit » de la famille de Hemptinne.

VIE RURALE

Autrefois les habitants de Hemptinne trouvaient leur moyen de subsistance dans la culture des terres.
Nous pouvons diviser ces habitants en trois catégories : Les habitants de Hemptinne avaient droit de pâturages pour leurs bêtes dans certaines prairies des dames d’Aywières, après « four et wayin ».
Les habitants devaient aussi payer les tailles (contributions) qui étaient de 750 florins en 1762, de même que les corvées (pour l’entretien des routes).


Entrons dans la cour de l’ancien presbytère, par un très beau porche colombier du XVIIIe siècle, édifié, comme la plupart des bâtiments de cette ferme, aux frais de dom Pierre MICHAUX, abbé de Boneffe (1769-1776).
Remarquons le portail en arc surbaissé, coiffé d’un toit à la Mansart et le chasse-roues.
Dans la cour, sont disposés d’anciens outils servant au travail agricole. Ils évoquent le labour, les semailles, la moisson, le battage, le triage et le nettoyage du grain, la culture des betteraves, l’élevage des bovins et de la basse-cour ainsi que tout ce qui a trait au cheval, auxiliaire indispensable du paysan.

Pénétrons dans le fournil dont la porte s’ouvre devant le puits. Nous y découvrons, à gauche, le pétrin (li maie), où l’on pétrissait la pâte pour faire du pain.
Sur le couvercle :
Contre le mur, face à la porte : Sur cette table :
Au-dessus de cette table :
A côté du bac à eau en pierre : Au fond de la pièce :
Au dessus du « cabolwet » :
Au-dessus du four :
Des fagots de bois et une scie passe-partout (one ricèpresse)

En sortant, à côté de la fenêtre, nous remarquons :
Nous retournons dans la cour et nous gravissons les marches d’un perron à double volées que limite un garde-corps Louis XV en fer forgé, avec les initiales C. D. L. C.

Et nous entrons dans le vestibule :

A gauche, en entrant, un grand meuble en chêne, à deux corps sert de vitrine d’exposition.
Les objets y sont rangés par thèmes : Une bouillotte, en étain,
Un fer à friser. C. La lumière : D. La cuisine E. Les grès
En face de cette vitrine, un coffre en chêne, daté de 1760, muni, autrefois, de trois serrures.
Les traces des trois serrures laissent supposer que ce coffre a servi à enfermer des archives officielles.
Pour l’ouvrir, il fallait trois personnes possédant chacune une clef différente.

Au-dessus du coffre, un tableau représentant un intérieur ancien.

Au pied du superbe escalier en chêne, une table garnie d’un quinquet, présente le livre d’or de l’exposition.
De chaque côté de la table, une chaise rustique invite le visiteur à s’asseoir quelques instants, pour laisser un souvenir de son passage, dans le livre ouvert.

Au portemanteau, sont accrochés des chapeaux, des cannes, des ombrelles, des parapluies et une aumônière de dame

Sur une marche de l’escalier, un pot à tabac ayant servi chez un négociant du village.

Au milieu du vestibule, une première vitrine est garnie dans une partie supérieure d’objets en verre.
Au mur du fond, sont accrochées quelques photos, souvenirs du passé de Hemptinne.
La porte du fond s’ouvre sur le jardin …
Mais, ne quittons pas le vestibule sans avoir visité le « belle pièce ». Au milieu se trouve la table, en chêne, à pieds fuselés, entourée de chaises du même style, comportant des cannelures et des ornementations de la fin du XVIIIe siècle.
Sur la table, un service à goûter, en vieil Andenne, et un plateau à tarte.
Au-dessus de la table, une suspension en laiton, porte la lampe à pétrole.
La cheminée en marbre (carrière sainte Anne de Soulmes) est garnie d’un grand miroir.
Sur la tablette de la cheminée, deux lampes à pétrole avec abat-jour tulipe, deux vases en vieux Bruxelles et un bronze représentant une faneuse.
A gauche de la cheminée, un bahut à deux portes et deux tiroirs, finement sculpté, de la fin du XVIIIe siècle.
Sur ce meuble, est placé un moulin à café. Il est sur plan carré, reposant sur une base moulurée et sur ses parois, figure un décor de cannelures.
A côté, sont posés une statuette de la Vierge en porcelaine et un vase garni de fleurs.
A droite
Entre de la cheminée, un fauteuil rustique et un rouet.
Entre les deux fenêtres, se dresse l’horloge en gaine, meuble élégant, à fronton sculpté, aux angles amortis, dont le mécanisme provient de A. ULENS-PAULY de Seron-Forville.
Sur un appui de fenêtre, une bouteille attrape-mouches.
Dans l’encoignure, à gauche de la porte d’entrée, un meuble de coin porte un cache-pot en faïence, avec décor floral.
A côté, un secrétaire garni d’un chandelier et d’un encrier en verre où trempe une plume d’oie.

Contre le mur qui fait face aux fenêtres, du côté de la cheminée, un meuble à deux corps, aux angles amortis, dont la partie supérieure sert de vitrine.
La planche supérieure présente un assortiment de vaisselle en vieux Tournai avec le décor à la mouche,
Sur la planche du milieu, se découpant sur un fond garni d’assiettes bleues, on remarque une saucière en vieux Bruxelles, un déjeuner à décor de fleurs et d’arabesques, un moutardier en vieux Tournai, un coquetier en Strasbourg, un sucrier saupoudroir, trois vieux verres à vin dont la coupe est teintée en rouge, deux verre « à goutte » bleus et un « caty » (verre à goutte, à alcool) ordinaire.

Sur la planche inférieure, un assortiment de vaisselle en vieil Andenne.

Du côté de la porte d’entrée, un vaisselier de type régional. Il présente :

Sur la planche du dessus : des plats en étain, le traditionnel Christ et les deux chandeliers en laiton, un pichet en opaline nacrée et une théière en étain,
Aux crochets, sont suspendus des pichets en faïence et des tasses décotées à la main,
Sur la planche du milieu, plusieurs assiettes décorées,
Sur la planche inférieure, une bouilloire et une cafetière en cuivre encadrent une jambonnière en laiton.
Au mur, sont suspendus plusieurs tableaux, dont :
La prairie de Perwez, chez Leurquin,
L’ancien moulin de Branchon,
Un coq et de poules de Van Schouten, peintre animalier du XVIIIe siècle,
La photo d’un étalon de concours de la ferme Dupont (ferme des dames d’Aywières).

On remarque aussi un vieux baromètre, à mercure, outil de travail indispensable à tous les agriculteurs.
PEINTURE


Quelle heureuse surprise pour le visiteur, de découvrir à Hemptinne, un peintre authentique, un artiste qui a su révéler l’âme de son village !
Né à Hemptinne en 1930, René FERON, dès l’école primaire, tient un crayon et désire dessiner des croquis. C’est sa vocation et c’est sa joie. Cette vocation qui le pousse à suivre les cours de l’Académie des Beaux-arts de Namur, cours de peinture, de dessin et de décoration. Il est l’élève de Albert DANDOY.
René FEREON nous confie que la contemplation de la nature l’a amené à vouloir en décrire la beauté et le mystère.
« C’est là mon but, dit-il, et je travaille à mieux cerner et traduire ce que je découvre, c’est une continuelle recherche et un grand bonheur ».
Il y a chez René FERON, une mysticité de la nature – la nature avec les maisons qui abritent les êtres, avec les clochers de nos églises qui sont des actes de foi - . De là, se révèle la mysticité du cœur, le cœur se trouve partout, dans un arbre, un toit, des roses, un personnage perdu, un visage illuminé de l’intérieur.
A l’occasion du bicentenaire de l’église paroissiale de Hemptinne, le curé MARCHAND a aimablement ouvert son presbytère aux œuvres de René FERON. Nous lui en sommes reconnaissants, ô combien !

Voici la liste des principales œuvres exposées :

1. Visage
2. Des roses
3. Neige au village
4. Montagnes de Saas Fee (Suisse)
5. St Dalmas Valdeborre (France)
6. Eglise d’Ambresin
7. Vieux pont à Meeffe
8. Ferme Dardenne à Meeffe
9. Rue Sous les prés
10. Bétail en gros
11. Petite fermette à Hanret
12. Cour de vieille fermette
13. Prairies de Hemptinne
14. Pont du Waya à Hemptinne
15. Ancienne fermette
16. Vieux saules
17. Rue des Arsys à Seron
18. Moulin en Ardenne
19. Cure de Hanret
20. Rivière en automne
21 Eglise de Hemptinne
22. Ferme Depry à Wasseiges
23. Vieux pont sous les prés
24. Entrée latérale
25. Vieille maison campagnarde
26. Ferme du bourgmestre (du presbytère)
27. Village de Boneffe
28 Ferme Dupont (des dames d’Aywières)
29. Villa à Coxyde


Le comité des fêtes remercie toutes les personnes
qui ont permis et collaboré à la réalisation de cette exposition et de ce catalogue

Le Ministère de la Culture Française,
Le Centre d’éducation culturelle dans la province de Namur,
Monsieur et Madame Hector SELVAIS,
Monsieur et Madame Charles DELMELLE,
Madame MARCHAND,
Qui ont mis leur maison à la disposition des organisateurs,
Les personnes qui ont prêté des objets,
Les personnes qui ont travaillé à l’aménagement des locaux,
Monsieur René FERON qui a illustré le catalogue,
Les abbés PALIGOT et MARCHAND,
Monsieur et Madame Eugène ABSIL qui ont assuré la mise en page et l’impression du catalogue .


Achevé d’imprimer le mardi 18 mai 1976.
102, rue de la Gohiette, 5074- Hemptinne.