Réserve naturelle de Cortil-Wodon

Le fertilité de la Hesbaye est due aux limons qui la recouvrent et qui furent apportés par le vent au Pléistocène. C'est donc traditionnellement une région de cultures. Ici, il n'y a plus beaucoup de place pour les sites naturels ou semi-naturels: de vastes champs de céréales, de betteraves, de pommes de terre...s'étendent à perte de vue, entrecoupés par des chemins agricoles. De rares haies, quelques rideaux de peupliers, des galeries d'aulnes le long des ruisseaux rompent la monotonie du paysage.
Les fonds de vallons fangeux, soulignés au printemps par la floraison dorée des populages des marais, disparaissent les uns après les autres sous les remblais.
La réserve naturelle de Cortil-Wodon est une véritable oasis dans cette Hesbaye entièrement vouée à l'agriculture.

Au sud-est de la réserve, le "Grand Marais" abrite une flore et une végétation très originales. Les vases portent une très belle population d'une graminée rare, la catabrose aquatique (Catabrosa aquatica) accompagnée de renoncule scélérate (Ranunculus sceleratus).
Les suintements sont occupés par la petite berle (Berula erecta), l'ache faux -cresson (Apium nodiflorum), la véronique des ruisseaux (Veronica beccabunga), la menthe aquatique (Mentha aquatica), la laîche noire(Carex nigra), la renoncule flammette (Ranunculus flammula)...
Mais la plus grande partie de ce vaste marais est formée d'une roselière à prêle des eaux (Equisetum fluviatile) qui abrite des nichées de bécassine des marais.


Catabrosa aquatica (Catabrose aquatique)
Carex nigra (laîche noire)

Au nord-ouest de la réserve, des travaux ont été réalisés récemment. Ils ont consisté principalement en l'établissement d'un grand étang; ils ont entraîné des modifications du tapis végétal dont l'évolution sera suivie.

Les abords du ruisseau de Forville sont très humides et les espèces de mégaphorbiaies* y poussent régulièrement : reine des prés (Filipendula ulmaria), épilobe hérissé (Epilobium hirsutum), scrofulaire aquatique (Scrophularia auriculata)...mais aussi des peuplements de scirpe des bois (Scirpus sylvaticus) et un groupement de laîche distique (Carex disticha) et prêle des marais (Equisetum palustre), typique des zones humides de la région.

Une belle rangée de saules y subsiste.De telles rangées, poussant en bordure des ruisseaux et des fossés hesbignons, sont en voie de disparition. Taillés en têtards, ils formaient des rideaux très fréquentés par les oiseaux et les petits mammifères qui trouvaient dans les troncs tourmentés et creux de précieux abris. Les fleurs, très riches en nectar, étaient visitées par les insectes, en particulier par les abeilles, qui trouvaient là une abondante provende au sortir de l'hiver. Atteints par la maladie, arrachés pour des raisons de remembrement ou de facilité, brûlés par l'intérieur, ils ont disparu de bien des ruisselets pittoresques.

Le bruant des roseaux

Le site est un lieu de reproduction très important pour les batraciens (salamandres, tritons alpestre, crêté et palmé, grenouilles rousse et vertes, crapaud commun, etc.). Il héberge de nombreuses libellules. Les oiseaux y abondent. En plus de la bécassine des marais dont on peut entendre et voir au printemps le vol nuptial "ronflant", le phragmite des joncs, le bruant des roseaux, le grèbe castagneux, le fuligule milouin peuvent y être observés.


La salamandre Le triton palmé

*mégaphorbiaie : prairie à hautes herbes.


Cette étude a été réalisée par Jacqueline Saintenoy-Simon.
Elle est extraite du livre intitulé "Les réserves naturelles d'Ardenne et Gaume", publié par l'ASBL Ardenne et Gaume en 1997.

http://www.ardenne-et-gaume.be