Château de Tillier





Propriété privée.

LE CHATEAU " DE LA MOTTE " A TILLIER

Des études très complètes sur le château de Tillier et sur ses possesseurs ont déjà été réalisées. Aussi m'en inspirerai-je très largement (1) et puiserai-je dans celles-ci les sources de ce travail.

GALLIOT, dans son Histoire Ecclésiastique et civile de la ville et province de Namur, en 1788, écrit dans le tome III:

“Le village de Tillier est situé à trois lieues de Namur, on y “voit un château qui s'élève au bord d'un étang, qui fait face “à son entrée. Ce petit château dont les environs sont ornés “de quelques avenues, jouit de la vue d'un paysage, dont les “diverses parties paraissent rassemblées pour former des “contrastes. D'un côté c'est une plaine unie et fertile, de “l'autre c'est un coteau, dont la pente quoique rude donne “l'assiette à plusieurs maisons; plus loin c'est un bois à “haute futaye qui offre de belles promenades; tout auprès ce “ne sont plus que des broussailles que la nature arrache à “peine d'un terrain triste et ingrat. Un grand étang fait la “seule richesse de ce lieu solitaire, qui ne laisse cependant “pas de donner de l'agrément au paysage, comme les ombres dans “un tableau”.

L'architecture

Les différents propriétaires


Ce manoir, avec sa ferme et environ soixante hectares de terres, prés et bois, constituait anciennement un fief dépendant du comté de Namur. Il était connu sur la dénomination de " Fief de la Motte '.

I. BORMANS dans son ouvrage étudiant les fiefs du comté de Namur, nous fait connaître le nom du plus ancien possesseur connu. Il s'agit de Weris ( ou Werion ) de TILILURES qui, vers 1365, est déclaré tenir IX journaux de terre " gissans entre Tilhires et Tilheroule " (3).

II. Libert

III. Cet Arnould GOBIN était l'époux de Hawy de FENAL. Il était probablement bourgeois de Namur.
D'après le texte cité ci-dessus, il semblerait provenir de la famille d'AVIN.

IV. Après son décès, son fils, Jehan GOBIN, relève le fief, le 30 juillet 1419 (7).

V. Le 3 février 1423, quatre ans plus tard, c'est son frère, Wathelet GOBIN, qui à son tour relève le fief, suite à la mort de Jehan (8).

VI. Guillaume I (Wuillemet) GOBIN


VII.Williame (Guillaume II) GOBIN

VIII. Ce fut ce dernier, Guillaume III GOBIN, qui, le 18 juillet 1526, releva le fief de la Motte, après le décès de son père (13).

IX. C'est le fils aîné, Guillaume IV GOBIN, qui hérita du fief de Tillier et qui en fit relief le 14 février 1554 (14).

X. Guillaume V GOBIN, que nous avons cité plus haut, releva pour la propriété le fief de Tillier (16), le 23 mai 1573.

XI. Nicolas d'ERPENT, dit Bisteau, fait relief du fief le 27 mai 1645 (19). Marié avec Anne de BARE, il meurt en 1658, treize ans après son oncle.

XII.Son fils, Guillaume Jacques d'ERPENT, relève le 29 octobre 1658, la seigneurie de Tillier pour la propriété, et sa mère Anne de BARE, pour l'usufruit. 


XIII. Or, en 1701, il ne restait qu'une seule survivante de ceux-ci. Jacqueline DOUCET, née le 12 mars 1665, veuve de Jean Baptiste TUTELAIRE, brasseur et bourgeois de Namur et possesseur d'une forge dans la vallée du Samson, reçut l'héritage.
Elle en fait relief le 22 septembre 1701 (21). Si, pour sa part, elle continua à habiter Namur, en revanche, son seul enfant survivant, François Philippe réside à Tillier. Il y exerce les fonctions de receveur pour les religieuses de l'abbaye de Marche-les-dames (22), charges auxquelles il renonce lorsque sa mère meurt en 1705.

XIV. François Philippe TUTELAIRE relève le fief et la seigneurie le 12 mai 1705 (23).

XV. Martin DOUCET, l'héritier désigné, relève le fief de la Motte et la seigneurie de Tillier, le 28 avril 1714 (25).

XVI.Reste le fils aîné, Henry Léonard dont nous avons déjà parlé. Ce fut lui qui recueillit officiellement la totalité de l'héritage. Il en fit relief le 5 octobre 1737. Toutefois les biens restèrent en réalité en indivis entre sa mère, veuve de Martin, ses frères et soeurs et lui-même (27).

XVII. Les événements devenaient de plus en plus préoccupants. Les armées françaises envahissaient le pays répandant partout les idées révolutionnaires. Dans ces circonstances, la dame de Tillier préféra remettre les rênes du pouvoir à son fils. Pierre Henry DOUCET releva le fief et la seigneurie le 22 janvier 1794 (29)


XVIII. Les trois enfants célibataires vivaient en rentiers. Joseph Jean Baptiste DOUCET, bourgmestre de Tillier, en était le vrai chatelain. Il mourut en 1855. Entretemps, Charles, leur frère de Noville, y décède en 1852, en laissant l'usufruit de ses biens à son épouse tout en légant la nue-propriété à ses frères et soeurs.

XIX. Le dernier des célibataires, héritier du domaine, fut Lambert Auguste DOUCET. Il décéda en 1876, quatre ans après sa soeur Victoire.

XX. Il laissa tous ses biens à ses quatre neveux et nièces, enfants de son frère André Henri, le notaire de Leuze, et de Marie Rose MATHOT. Deux de ceux-ci, Alexandre, jésuite, et Cécile, petite soeur des pauvres aux USA, renoncèrent à leur part moyennant payement d'une somme de 20.000 francs à leurs congrégation religieuse. Les seuls héritiers furent donc les deux autres enfants : Charles Auguste et Auguste Henri. On partagea les biens en deux parties égale et on tira au sort. Charles Auguste reçut le château et diverses terres, tandis qu'à Auguste Henri échut le moulin de la Broque et d'autres terres. Mais devant le désir de Charles de remplacer le vieux bâtiment castral par un autre plus "moderne", ils échangèrent leurs parts.
Auguste Henri DOUCET de TILLIER devint donc le nouveau châtelain.

XXI. Henry DOUCET de TILLIER, son fils, était né à Namur le 13 avril 1875. Il épousa le 4 avril 1900, Marie Thérèse VAN DROMME, fille d'un médecin de Bruges. Après leur mariage, ils se fixèrent au château et exploitèrent la ferme. I

XXII. C'est le baron Edouard de STREEL qui s'en porte acquéreur. Secrétaire de la Reine Elisabeth, il était né en juillet 1896 et s'était marié peu de temps avant son achat, en 1929. Ils reçurent régulièrement la visite des anciens propriétaires et leur ouvrirent même leur portes durant plusieurs semaines lors des bombardements de Namur en 1944.
Ne pouvant plus, vu son âge, s'occuper activement du domaine, il en fit don à sa fille et son fils aîné en 1974. Il décéda en 1981.

XXIII. Les nouveaux propriétaires, le baron Jean Paul de STREEL et sa soeur, Madame Robert de WASSEIGE, se partagèrent le château. Ils en occupent aujourd'hui chacun une aile.

Pour paraphraser la devise des de STREEL, "Spe et labore", c'est par l'espoir et le travail de chacun de ses occupants que ce manoir continuera à vivre, comme il le fait depuis si longtemps à travers toutes les guerres.

Serge CHASSEUR


GLOSSAIRE.
Alleu.- Terre de pleine propriété, affranchie de toute redevance, mais soumise à la justice du prince.
Fief.- Domaine concédé à titre de tenure par le seigneur à son vassal, à charge de certains services et redevances.
Relief.- Droit payé par les vassaux à leur suzerain lorsqu'ils prenaient possession de leur fief.
Fideïcommis.- Disposition testamentaire par laquelle une personne dispose d'un bien à des conditions prescrites.
Maire.- Président de la cour de justice.
Echevin.- Adjoint du maire.
Bourgmestre.- Sous l'ancien régime, représentant des manants, chargé de rassembler la dîme.
Verge grande.- A Liège: 4 ares 3589
A Namur: 4 ares 7288
Verge petite.- 1/20ème de grande verge.
Bonnier.- 20 verges grandes, soit à Liége, 87 ares 18, à Namur 94 ares 57. Charrue.- ce que l'on pouvait cultiver avec un seul soc, soit environ trente bonniers.


NOTES.

(1) Voici la liste de tous les ouvrages qui ont servi de base à ce travail :


Le Patrimoine monumental de la Belgique, Ed. SOLEDI, Liège, 1975, vol. 5, tome 2, p.765.
Aug. DOUCET de TILLIER, le fief de la Motte à et la seigneurie de Tillier - Liste chronologique des possesseurs du fief et des seigneurs de Tillier, Ed. Godenne, Namur, 1905.
Robert DE DECKER DOUCET de TILLIER, Généalogie de la famille DOUCET de TILLIER - 1420-1970, Imprimerie du Chatelain, Ixelles, 1971
Robert DE DECKER DOUCET de TILLIER, Histoire du village et des habitants du château de Tillier de l'an 1200 à 1930, manuscrit dactylographié, Bruxelles, 1975.
Robert DE DECKER de TILLIER, Souvenirs de la Révolution brabançonne et de l'ancien régime, La Revue Nationale, 1974, nº 468.
Robert DE DECKER DOUCET de TILLIER, L'armée française eu village de Tillier en 1831, La Revue Nationale, 1974, nº 464.

(3) St. BORMANS, Les fiefs du comté de Namur - XIIème et XIVème s., p. 53.
(7) St. BORMANS, op. cit. XVème s., pp. 237 et 240.
(8) idem, p. 245.(18) St. BORMANS, op.cit., XVIIème s., p.92.
(19) GAILLOT, Histoire écclésaistique et civile de la ville et province de Namur, 1788, tome III, p.136.
(20) idem, p.384.
St BORMANS, op. cit., p. 109 et 110.
(21) idem, pp. 146 et 147.
(22) idem, XVIIIème s., p. 8.

(24) St. BORMANS, op. cit., p. 19.




(30) Annales de la société archéologique de Namur, tome XXII, p. 641.