Château du Tronquoy à Tillier




©S. Ernst de la Graete


Propriété privée

L'ancien presbytère, qui est aujourd'hui le château du Tronquoy, contenait la maison pastorale avec grange, courtil, cour et prairie contenant ensemble un bonnier, sept verges grandes et huit et demi petites.
L'abbaye de Marche-sur-Meuse ( Marche-les-Dames ), qui possédait à Tillier la moitié du village dont une grande partie était encore boisée, avec le concours de l'abbaye de Salzinne qui possédait également des terres à Tillier, construisirent, en 1761, sur une de leurs terres, non loin de l'église, ce très beau presbytère entouré d'un grand jardin, d'une prairie et d'une grange pour y placer les dîmes.
Les deux abbayes gardèrent conjointement le droit de nomination du curé qu'elles exercèrent alternativement.

Lors de la conquête de nos provinces par les révolutionnaires français, les biens religieux furent saisis. En 1796, l'église fut fermée et, avec le presbytère, placée sous séquestre.
C'est le 17 nivôse An VII ( 6 janvier 1798 ), que les administrateurs du département de l'Ourthe, chargés de la vente des biens nationaux, accompagnés du commissaire du Directoire exécutif, vendirent, dans la salle de vente de la dite administration à Liége, l'ancien presbytère. 


Le bien fut adjugé pour la somme de quatre mille sept cent quatre vingt six francs au citoyen Théodore BRIALMONT père.
L'année suivante, par un autre acte passé par-devant le notaire J.B. PIROT de Liége, le 29 germinal an VII ( 7 juillet 1799 ), BRIALMONT rétrocède son achat au citoyen Pierre LIBOTTON. Ce dernier, le 18 nivôse an VIII ( 7 juillet 1800 ), paie au receveur de l'administration, cinquante et un mille francs “ pour solde et parfait payement de la présente acquisition ”.
Les rentes sur l'Etat français ayant perdu presque toute leur valeur du fait de la dépréciation de l'assignat, l'acquéreur obtenait ainsi une très belle propriété pour un prix dérisoire.

L'ancien curé, l'abbé FONTAINE, pasteur du village depuis plus de trente années, s'éteignit à Tillier le 30 juillet 1805, à l'âge de 72 ans. L'évêché nomma un nouveau curé. Mais il était âgé et maladif. En 1806, la famille DOUCET, anciens seigneurs du lieu, pour lui procurer un logement, racheta l'ancien presbytère. Mais le nouveau pasteur décédait bientôt et ne put l'habiter.
L'évêché, vu le manque de prêtres, ne put procéder à la nomination d'un nouveau curé. La famille DOUCET, devant cette situation, et ne voulant point garder un bien " noir ", qu'elle estimait volé aux religieuses, revendit le presbytère.
Il fut acquis, vers 1809, par Isidore LOMBA, qui avait déjà racheté la ferme de l'abbaye et les anciennes propriétés des dames de Marche.
Il décida de venir habiter l'ancienne maison pastorale. Il l'agrandit en y ajoutant deux petites tourelles qui ornent joliment la façade. A l'arrière, il fit construire une sorte de donjon, muni de créneaux, transformant ainsi l'ancienne "maison du curé" en un vrai château tel qu'il existe encore aujourd'hui. Il est devenu " le château du Tronquoy ".

Le château du Tronquoy est composé comme suit :
- à l'entrée, un couloir.
- à gauche, une petite salle à manger.
- à droite, le salon; un divan et deux fauteuils qui l'ornent provenaient du château de Laeken et appartenaient au Roi ALBERT.
Toujours à droite, un boudoir suivi d'un vestiaire avec toilette.
Devant, la salle à manger donnant sur le donjon arrière.
Prenons l'escalier principal, entièrement en chêne, et arrivons au premier étage.
- à droite, une salle de bain et trois chambres à coucher.
- à gauche, trois autres chambres à coucher ainsi qu'un cabinet de toilette et une lingerie.
Avant d'arriver aux quatres greniers, un grand espace était destiné à l'origine à l'emplacement d'un grand billard.

Initialement, les entrées des deux tourelles étaient deux portes cochères destinées à l'entrée des calèches.
Par après, l'automobile ayant détrôné la traction hippomobile, les portes cochères furent remplacées par des fenêtres, ce qui rendit plus spacieux l'espace habitable. Trois garages non attenants à la construction furent construits.

Un grand parc entoure cette construction néo-classique à double corps et à deux niveaux, cantonnée de deux tours en légère avancée.

Le château fut acheté vers le milieu du XIXème siècle par la famille de PIERPONT.
Monsieur Jules de PIERPONT, rentier, fit procéder à des agrandissements et à des aménagements vers l'arrière, vers la fin du siècle, dans un esprit médiéval, très à la mode à cette époque.

En 1902, la famille WALRAVENS se porta acquéreur du domaine. Monsieur Léon WALRAVENS et son épouse, Hélène VANLAGENDONCK eurent cinq enfants :
- Henriette, née en 1897.
- Léon, né en 1900.
- Emilien, né en 1901.
- Edwige, née en 1904.
- Madeleine, née en 1911.
Léon WALRAVENS décéda à Tillier en 1944.
Il avait été élu conseiller provincial pour le canton d'Eghezée en 1912, et faisait partie du conseil communal de Tillier.

Durant la guerre mondiale 1940 - 1945, l'école de Tillier fut brûlée par les allemands. Les châtelains du Tronquoy prêtèrent leur salle à manger à l'instituteur et à ses élèves. Les cours purent se poursuivre durant la période de reconstruction de l'école.

Au décès de Léon WALRAVENS, les occupants allemands arrêtèrent un de ses fils, Emilien. Il l'emmenèrent en captivité en Allemagne où il fut interné dans les camps de concentration de Dachau et de Buchenwald. Il y demeura jusqu'à la fin de la guerre.

De ces cinq enfants, un seul se maria, le fils aîné, Léon WALRAVENS, portant le même nom que son père.
Il eut trois enfants : 


- Martine, épouse de Matevz HAFNER.
- Jean qui épousa Mireille MARTENS.
- Marc qui se marie avec Marianne TEUGHELS.

La seule survivante des cinq enfants de Léon est Madeleine qui vit actuellement à Waterloo.

Le château fut vendu à la mort d'Henriette WALRAVENS, en 1961.

Monsieur DELCOURT, de Namur s'en porta acquéreur, mais il le revendit deux ans plus tard à Monsieur SCHEID.

En 2000, la propriété a été vendue par Madame Scheid à Monsieur et Madame Stéphan Ernst de la Graete qui en sont les actuels occupants avec leurs cinq enfants.


Martine HAFNER - WALRAVENS.

GLOSSAIRE.
Alleu.- Terre de pleine propriété, affranchie de toute redevance, mais soumise à la justice du prince.
Fief.- Domaine concédé à titre de tenure par le seigneur à son vassal, à charge de certains services et redevances.
Relief.- Droit payé par les vassaux à leur suzerain lorsqu'ils prenaient possession de leur fief.
Fideïcommis.- Disposition testamentaire par laquelle une personne dispose d'un bien à des conditions prescrites.
Maire.- Président de la cour de justice.
Echevin.- Adjoint du maire.
Bourgmestre.- Sous l'ancien régime, représentant des manants, chargé de rassembler la dîme.
Verge grande.- A Liège: 4 ares 3589
A Namur: 4 ares 7288
Verge petite.- 1/20ème de grande verge.
Bonnier.- 20 verges grandes, soit à Liége, 87 ares 18, à Namur 94 ares 57. Charrue.- ce que l'on pouvait cultiver avec un seul soc, soit environ trente bonniers.